L’École autrichienne d’économie selon Ron Paul

L’homme politique américain qui a brigué à deux reprises l’investiture du Parti républicain en vue de défendre les idées libertariennes lors des élections présidentielles nous présente ce qu’est l’école autrichienne d’économie.

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L’École autrichienne d’économie selon Ron Paul

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 21 mars 2014
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Par Ron Paul.

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Je n’aurais jamais espéré que le terme d’« École autrichienne » ou d’« économie autrichienne » entre dans le vocabulaire de la politique ou des médias, mais depuis 2008 c’est le cas. Les journalistes utilisent cette expression en sachant dans une certaine mesure de quoi il s’agit, et s’attendent à ce qu’il en soit de même pour leurs lecteurs et leurs téléspectateurs. Cela m’enthousiasme, car j’étudie depuis longtemps la tradition de pensée autrichienne.

L’expression est souvent utilisée comme synonyme d’économie de marché libre. Je ne m’oppose pas à cette caractérisation, mais je la trouve trop imprécise. Il est possible d’apprécier le rôle des marchés sans embrasser réellement la tradition autrichienne, et il est possible d’apprendre de la tradition autrichienne sans adopter une position politique donnée. Quoi qu’il en soit, cette tradition a beaucoup à nous apprendre et elle va bien au-delà de la simple reconnaissance et de la défense de la libre entreprise.

Cette école de pensée est nommée d’après le pays d’origine de son fondateur moderne, Carl Menger (1840-1921), économiste à l’Université de Vienne, à qui l’on doit de grandes contributions à la théorie de la valeur. Il affirme que la valeur économique dépend de l’esprit humain seul et n’est pas quelque chose qui serait propre aux biens et aux services : la valeur change en fonction des besoins et des circonstances sociales. Nous avons besoin des marchés pour connaître les échelles de valeur des consommateurs et des producteurs : cela forme un système de prix fonctionnant dans un cadre de marché. Dans son œuvre, Menger ne faisait que revenir à une sagesse perdue bien comprise autrefois par Frédéric Bastiat (1801-1850), Jean-Baptiste Say (1767-1832), Turgot (1727-1781), et bien d’autres au cours de l’histoire. Mais l’histoire a besoin de gens comme Menger pour redécouvrir la sagesse oubliée.

Menger a construit en Autriche une nouvelle école de pensée, réunissant des penseurs comme Eugen von Böhm-Bawerk (1851-1914), Friedrich Hayek (1899-1992), Ludwig von Mises (1881-1973), Henry Hazlitt (1894-1993), Murray Rothbard (1926-1995), et Hans Sennholz (1922-2007). Il a donné essor à un grand nombre de philosophes, écrivains, analystes financiers, et bien d’autres aujourd’hui qui s’inspirent de cette tradition. L’École autrichienne promeut la propriété privée, les marchés libres, une monnaie saine, et de façon générale la société libérale. Elle fournit un moyen de considérer l’économie en prenant en compte le caractère imprévisible de l’action humaine (car absolument personne n’a une connaissance quantitative de l’avenir) et le rôle énorme du choix humain dans le fonctionnement de l’économie (dans les marchés, les consommateurs motivent les décisions de production) ; elle explique comment cet ordre peut émerger du chaos apparent de l’action individuelle. En bref, l’École autrichienne érige la défense du système économique libéral la plus solide qu’on ait jamais vue. C’est pourquoi je parle souvent aux gens de l’École autrichienne plutôt que d’Adam Smith ou de l’École classique, et encore moins des autres écoles de pensée comme les écoles keynésiennes ou marxistes.

Les gens oublient souvent que les économistes ne sont pas de simples techniciens qui manipulent des chiffres. Ce sont des philosophes dans leur genre, des penseurs qui échafaudent certaines hypothèses sur le fonctionnement de l’économie et sur la façon dont la société est constituée. L’École autrichienne était bien entrée dans les mœurs avant que la soi-disant révolution keynésienne des années 1930 ne balaie la sagesse ancienne. John Maynard Keynes renversa toute vérité, en prétendant que l’épargne n’était pas source d’investissement mais plutôt un frein économique. Il concevait les différents secteurs économiques (épargne, investissement, consommation, production, crédit) non comme intégrés dans le système des prix, mais comme un ensemble d’agrégats homogènes constamment en collision entre eux. Il s’imaginait que de sages planificateurs centraux pourraient en savoir plus que les acteurs irrationnels du marché, et pourraient corriger les déséquilibres macroéconomiques en manipulant les signaux de marché. La plupart du temps, il proposait l’expansion du crédit comme solution à tous les maux. Tout ce programme présuppose l’existence d’un État interventionniste avisé, impliqué dans la vie économique à tous les niveaux. La liberté était un sujet qui ne le concernait pas.

À l’époque où il écrivait son œuvre, le monde était tombé amoureux de l’idée d’une économie planifiée et d’une société planifiée ; il avait perdu son attachement à un idéal de liberté. Dès cette époque et jusqu’à nos jours, le système keynésien a tenu les commandes de l’économie. Mais aujourd’hui l’École autrichienne fait un retour massif dans de nombreux secteurs, y compris à l’université, et c’est en grande partie grâce au travail d’institutions privées comme l’Institut Ludwig von Mises que l’on a pu montrer que le paradigme autrichien rend meilleur compte du fonctionnement du monde que l’amas de sophismes qui caractérise le système keynésien.

Les idées sont capitales pour façonner la société. En fait, elles sont bien plus puissantes que les bombes, les armées ou les fusils, parce qu’elles peuvent se propager sans entrave. Elles sont derrière tous les choix que nous effectuons. Elles peuvent transformer le monde comme ne peuvent le faire les gouvernements et les armées. Lutter pour la liberté avec des idées a beaucoup plus de sens pour moi que de se battre avec des armes, ou de lutter par la politique ou par l’exercice du pouvoir. Grâce aux idées, nous pouvons opérer de réels changements, de façon durable.

L’École autrichienne le pense également, car elle accorde une très grande valeur à la subjectivité en économie et à ​​l’individu comme élément économique fondamental. Nous ne sommes pas des rouages ​​au sein d’une machine macroéconomique ; les gens refuseront toujours d’être traités ainsi. L’économie devrait être aussi humaniste que l’éthique, l’art ou tout autre champ d’activité humain.


Extrait de “Austrian Economics”, Liberty Defined, Ron Paul, 2011. Traduction Thierry Falissard.

Références :

  • Mises, Ludwig von. [1949] 1998. Human Action: The Scholars Edition. Auburn, AL: Mises Institute.
  • Paul, Ron. [1982] 2004. Mises and Austrian Economics: A Personal View. Auburn, AL: Mises Institute.
  • Rothbard, Murray. 1995. An Austrian Perspective on the History of Economic Thought. Auburn, AL: Mises Institute.

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