Il n’y a plus d’armes contre les bactéries multirésistantes

La résistance aux antibiotiques pourrait bien être un problème majeur dans les années à venir.

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NIAID-methicillin-resistant staphylococcus aureus(CC BY 2.0)

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Il n’y a plus d’armes contre les bactéries multirésistantes

Publié le 23 novembre 2015
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Par Jacques Henry

NIAID-methicillin-resistant staphylococcus aureus(CC BY 2.0)
NIAID-methicillin-resistant staphylococcus aureus(CC BY 2.0)

 

« Un temps arrivera quand la pénicilline pourra être achetée par n’importe qui dans les magasins. Alors il y aura un danger car l’ignorant pourra facilement se traiter avec de petites doses et exposant ses microbes à des doses non létales, ces derniers deviendront résistants ». — Alexander Fleming, lecture Nobel, 1945

L’antibiotique de « dernier recours » dont les hôpitaux disposaient encore pour tenter de sauver des malades atteints de graves infections par des bactéries multirésistantes est devenu inefficace. Il s’agit d’une polymyxine appelée colistine qui était encore active, car depuis près de 50 ans elle n’était plus utilisée en raison de sa toxicité. On l’a ressortie des tiroirs pour les traitements d’infections réfractaires à toutes les autres molécules connues mais par un effet du hasard, qui n’en est pas un comme on va le découvrir, une multitude d’autres bactéries outre le MRSA, le vilain staphylocoque doré multirésistant et bien d’autres bactéries sont devenues finalement résistantes à la colistine et vont se répandre partout.

Il faut peut-être mettre les points sur les i s’il en est encore temps… Malgré le fait que cet antibiotique ait été abandonné parce qu’il n’a jamais été recertifié selon les critères modernes – sa découverte remonte au début des années cinquante – et également parce qu’il est toxique pour les reins, il s’en produit, tenez-vous bien, 14 000 tonnes par an pour un usage exclusivement vétérinaire. On s’est aperçu en effet que si on administre cet antibiotique par exemple aux porcs dans les élevages intensifs comme en Chine, le premier consommateur de porc du monde, ces animaux grossissent plus rapidement. Comment ne pas comprendre qu’une telle pratique pourtant autorisée par les services vétérinaires chinois accélère la sélection des bactéries vers une résistance.

Le fait nouveau en ce qui concerne la colistine est que l’acquisition de la résistance à cet antibiotique était jusqu’alors chromosomique, c’est-à-dire qu’elle ne pouvait pas se transmettre à d’autres bactéries. Jusqu’à cette découverte de la transmission à d’autres bactéries : on parle alors de transmission horizontale. Le gène de résistance n’est plus chromosomique mais présent dans un petit ADN circulaire appelé plasmide qui est facilement transmissible à n’importe quelle autre bactérie par simple contact.

Les autorités sanitaires chinoises ont été prises de court par ce fait nouveau. Des analyses ont montré que des bactéries communes mais potentiellement dangereuses comme Escherichia coli, avaient acquis ce gène de résistance : 166 souches sur les 804 analysées après prélèvement sur des porcs. Pire encore, sur 523 échantillons de viande crue, 78 souches ont été identifiées comme résistantes aux polymyxines. La résistance a déjà atteint les hôpitaux de Guangzhou. 16 souches de E.coli et de Klebsiella pneumoniae résistantes à la polymyxine ont été repérées sur 1322 malades !

Le pire est à venir : cette résistance nouvelle amplifie le gène appelé NDM-1 qui code pour une enzyme du nom de New Delhi metallo-beta-lactamase-1 et rend les bactéries quasiment résistantes à tous les antibiotiques connus dont les carbapenems. Par exemple des souches de Pseudomonas aeruginosa, une bactérie opportuniste qui provoque de nombreuses infections, ont également été détectées en milieu hospitalier comme résistantes aux polymyxines dont la colistine.

Alors qu’on nous terrorise avec le changement climatique, ne faudrait-il pas agir dès à présent sur le risque bien plus terrifiant que constitue l’usage d’antibiotiques dans les élevages ? Car il s’agit d’une menace mondiale pour la santé, pas seulement en Chine mais également en Europe, en Amérique du Nord ou encore en Australie. Tous les animaux d’élevage sont concernés, y compris les truites et les saumons !

Source : Wired

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