Par Jacques Garello.

Il y a quelques semaines, l’administration des Douanes a publié les résultats de notre commerce extérieur. Par tradition, nous ne considérons pas le déficit de la balance comme une calamité, Bastiat a démontré que le déficit était un prétexte pour de nouvelles mesures protectionnistes de nature à pénaliser l’économie à terme. Donc le déficit annoncé pour mars et le premier trimestre 2016 ne devrait pas nous inquiéter outre mesure. Sauf à préciser que sa réduction n’est due qu’à des hasards conjoncturels et ne permet pas de conclure à la « reprise » : les faiblesses structurelles sont toujours là.
Les chiffres qui rassurent et qui inquiètent
Faisons comme si la baisse du déficit commercial s’était récemment confirmée, considérant qu’il s’agit d’une bonne nouvelle pour le pays… et le gouvernement. En mars, le chiffre du déficit aura été de 4,4 milliards d’euros, contre 5,1 en février. Mais sur l’ensemble du trimestre, le déficit de 14 milliards ne s’est pas amélioré par rapport aux trimestres précédents, et d’après Bercy il faut prévoir 40 milliards pour l’ensemble de l’année 2016.
Le commentaire qui s’impose est que ces « bons résultats » sont purement accidentels, liés d’une part à la baisse spectaculaire du prix du pétrole (exprimé en dollar, monnaie avec laquelle nous le payons, le prix a été divisé par plus de 2), d’autre part à la hausse du dollar, monnaie dans laquelle nous exportons nos produits phares, dont ceux de l’aéronautique.
En revanche, d’autres résultats sont plus inquiétants, comme le ralentissement actuel de notre commerce extérieur. Les exportations ont chuté en mars de 3,9 % et les importations de 5,2 %. Certes ce ralentissement traduit une léthargie mondiale, due sans doute aux difficultés conjoncturelles (pour l’instant !) de la Chine et des États-Unis. Mais elle concerne surtout nos échanges européens, ce qui est plus surprenant.
Des avions et des produits de beauté
À vrai dire, ce que révèle la situation présente, c’est que les chiffres de notre commerce extérieur dépendent avant tout des exportations d’avions et de produits pharmaceutiques (dont essentiellement les produits de beauté). Dans les mois où les ventes d’Airbus augmentent, le déficit se résorbe. Les produits pharmaceutiques se destinent aux États-Unis et rapportent davantage quand le dollar augmente. Les exportations d’agro-alimentaires (boissons surtout) représentent aussi un bon chiffre en moyenne, mais variable d’un mois à l’autre.
En comparaison de ces secteurs d’activité, les entreprises françaises sont plutôt mal placées à l’exportation, même si les performances des PME sont en progrès – mais sans commune mesure avec leurs concurrentes allemandes.
Quant aux importations, nous avons le sentiment qu’elles se substituent de plus en plus à des consommations de produits français, en dépit de la campagne « achetez français » qui est surtout « cosmétique » compte tenu de la facilité avec laquelle nous « nationalisons » de nombreux produits fabriqués partiellement ou totalement ailleurs. C’est particulièrement vrai pour les fruits et légumes : notre agriculture serait bien en peine de combler l’appétit des consommateurs français. On peut donc être sceptique sur les effets de la « relance » de la consommation comme stimulant de la croissance française.
Déficit et compétitivité
Le seul enseignement significatif de la balance commerciale c’est la mesure de la compétitivité nationale. Il est vrai que notre balance des services est en meilleur état : les recettes du tourisme et du transport compensent traditionnellement les échanges de marchandises. Mais là encore, la situation s’est dégradée depuis les attentats de novembre. On sait que la fréquentation de Paris a chuté de quelque 30 %. On peut espérer qu’il s’agit d’un simple accident, là encore.
Il n’en demeure pas moins que, marchandises ou services, les produits français supportent les lourds handicaps, et de la fiscalité et surtout des charges sociales. La main d’œuvre coûte plus cher, de 10 % par rapport aux Allemands – c’est une banalité de le rappeler tout en précisant que ce ne sont pas les salaires qui expliquent cette exception française mais bien les prélèvements d’un État pléthorique qui, de plus, met en place des réglementations paralysantes. Aujourd’hui, compte tenu des dépenses inconsidérées (ou plus précisément en considération des élections), le seul espoir à court terme sera dans la fréquentation des manifestations sportives qui débutent ce mois-ci.
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“La main d’œuvre coûte plus cher, de 10 % par rapport aux Allemands – c’est une banalité de le rappeler”. On a compris, les salariés coûtent trop chère, avec leurs prestations sociales marxisantes. Ça devient tellement prévisible, quand on lit un truc ici, on sait déjà ce qu’il va y avoir le paragraphe d’après
Quid des détails, dans l’automobile, et même une grande partie de l’industrie, le coût salarial en France est moindre qu’en Allemagne, pour autant on ne vend pas plus de voitures. Normal, du fait du libéralisme, les classes moyennes disparaissent alors que les classes aisées et précarisées augmentent : or nos gammes sont spécialisées dans les classes moyennes.
La part des salaires de ce qui reste de l’industrie en Occident, est devenue tellement faible que confondre compétitivité et charges sociales trop élevées n’a aucun sens. La formation professionnelle du personnel, la performance des machines, les stratégies des dirigeants, ont bien plus d’impact.
Et nos importations ? La présence massive de très grandes surfaces en France, rend l’économie hyper perméable aux importations, au détriment des petits commerces spécialisés qui fonctionnent un peu plus avec des pme, ce qui permet aussi de les propulser.
“Normal, du fait du libéralisme, les classes moyennes disparaissent alors que les classes aisées et précarisées augmentent”
Euh WTF ?!?
Et vous allez nous dire aussi que ce n’est pas du tout à cause du matraquage fiscale sur les classes moyennes qu’elles disparaissent…
Je suis impatient de lire vos explications.
Pour le reste, il n’y a qu’à voir la suisse: un niveau de salaire faramineux, une monnaie forte, et pourtant leader dans le classement de la compétitivité mondiale.
http://www.tdg.ch/economie/La-Suisse-est-reine-de-la-competitivite-pour-la-7e-fois-/story/12731268
Effectivement, l’organisation économique de la Suisse est basée sur une forte demande intérieure et donc sur un pouvoir d’achat important lui même lié à une moyenne de salaire élevée.
La Suisse est proche du plein emploi et les charges sociales sont, en pourcentage, moins importantes qu’en France que ce soit au niveau de la part patronale ou au niveau de la part salariale.
La part des salaires de ce qui reste de l’industrie en Occident
Vous confondez TPE et TGE. Dans de nombreuses TPE, avoir des salariés sous-employés coule l’entreprise ❗
Sur ce sujet, la Fondation pour l’innovation politique vous invite à lire la note de Aldo Cardoso, Michel Didier, Bertrand Jacquillat, Dominique Reynié et Grégoire Sentilhes “La fiscalité passe aussi par la compétitivité” : http://goo.gl/WiddJk
Des gestionnaires de la situation, il en faut mais ça ne suffira pas.
Ne trouvez vous pas une certaine absurdité à la compétitivité ?
Un vainqueur et beaucoup de perdants, comment est il possible que tout le monde soit vainqueur ?
Pas envie de changer de modèle de société ?
Pas autre chose à proposer que cette sempiternelle compétitivité, croissance etc..?
Un petit effort d’imagination plutôt que perpétuer un modèle obsolète de fait :
« Nous n’avons pas mis fin à la croissance, la nature va s’en charger » Denis Meadows.