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samedi 30 mai 2026

Aide au développement et immigration : inaction à tous les étages

Temps de lecture : 3 minutes

Malgré des milliards engagés chaque année, l’aide publique au développement (APD) ne parvient pas à intégrer l’enjeu migratoire et va même jusqu’à accorder des financements à des pays peu coopératifs ou ennemis. Pire encore, au niveau européen, certains mécanismes multilatéraux, comme le Fonds fiduciaire pour l’Afrique, se révèlent défaillants. L’inaction prévaut à tous les étages, alors que des approches nationales ciblées, comme celle de l’Italie, ont pourtant fait leurs preuves.

L’année 2015, avec le déclenchement de la guerre civile syrienne et l’accueil d’un million de réfugiés en Allemagne, a marqué le début d’une timide prise de conscience sur les effets délétères de l’immigration de masse, notamment en termes d’insécurité. Au-delà d’une simple politique de police, l’idée d’utiliser l’aide au développement pour fixer les populations des pays du tiers monde chez eux a commencé à émerger dans le débat public.

Or, malgré des dépenses importantes en période de disette budgétaire (14,4 Mds€ en 2024), l’APD ne sert guère aux intérêts de la France, ni pour l’immigration ni pour la vitalité de son commerce extérieur, puisque l’aide est dite « déliée », c’est-à-dire qu’elle peut par exemple, financer la construction d’un pont sans réclamer que celui-ci soit assuré par une société française.

Comme l’IREF l’avait déjà dénoncé, il n’est pas non plus véritablement possible de mesurer l’efficacité de l’aide sur l’économie des pays en voie de développement.

L’enjeu migratoire quasi absent de la politique d’aide au développement

L’Etat a bien nommé ce qu’on appelle en bon français administratif un « ambassadeur thématique » sur la question et édité une stratégie ministérielle qui n’a jamais été publiée ni transmise à l’auteur d’un rapport parlementaire sur le même sujet, mais il n’a pas été capable de mettre en œuvre le début d’une politique publique spécifique.

Même en scrutant le document de politique transversale (les fameux oranges budgétaires) sur l’APD, on ne trouve pas trace d’indicateurs capables de mesurer la pertinence de l’emploi des fonds sur les flux en provenance des pays du tiers monde. En 2024, seuls 130 M€ ont été destinés par l’Agence française de développement (AFD) à des projets touchant à la thématique migratoire.

Pire, des sommes faramineuses sont versées à des pays notoirement en froid avec la France, comme l’Algérie (140 M€), soit peu coopératifs, comme la Guinée (87,3 M€) qui n’accorde que 2 % des laissez-passer consulaires qui seraient nécessaires pour faire exécuter les OQTF (obligation de quitter le territoire français) ; ou encore à d’autres plus étrangers aux  problèmes migratoires que connaît notre pays, comme le Bangladesh (145,3 M€).

De l’autre côté des Alpes, un gouvernement a pourtant réussi à appliquer une politique efficace de lutte contre l’immigration en signant un accord de coopération avec la Tunisie et en mettant en œuvre un plan de développement de l’Afrique, le plan Mattei (400 M€ rien que pour la Tunisie). Entre 2023 et 2024, le nombre de traversées illégales a diminué de 60 % et elles ont presque disparu en provenance de Tunisie.

Des mixeurs électriques pour des écoles éthiopiennes qui n’ont pas l’électricité : l’échec des politiques de développement au niveau européen

Une part substantielle de l’aide publique française, 6,3 Mds€, est dite multilatérale et va à des organismes internationaux comme la Banque mondiale, l’ONU, des banques de développement régionales et surtout l’Union européenne (57 % des crédits), organismes qui chacun mènent leur propre politique de développement. Avec une efficacité très aléatoire.

L’Europe, globalement, a plus ou moins pris conscience que l’immigration doit figurer en bonne place dans l’emploi de l’APD, mais cette politique s’est révélé être un échec : les résultats du Fonds fiduciaire d’urgence (FFU) de l’Union européenne pour l’Afrique, pour ne citer que lui, ont été catastrophiques, comme l’avait relevé un rapport au vitriol de la Cour des comptes européenne.

Alors que le budget annuel du fonds, 642 M€, est à peine inférieur à celui de Frontex, 843 M€ en 2024, seuls 16 projets de nature économique sur 115 sont considérés comme viables, la moitié des 62 projets industriels n’ayant même jamais vu le jour. Que l’on ait acheté des mixeurs électriques pour une école éthiopienne… qui n’avait pas l’électricité, et offert 250 chameaux à la Mauritanie qui n’en manque certes pas (ce que l’IREF avait déjà signalé dans une de ses publications) a de quoi laisser rêveur sur les compétences des technocrates.

Comme le conclut elle-même la Cour des comptes européenne : « Les données disponibles restent insuffisantes pour démontrer que le FFU pour l’Afrique remédie aux causes profondes de la migration irrégulière et des déplacements forcés de manière durable. » Comme Donald Trump a dissous l’USAID (United States Agency for International Development), il serait nécessaire de réclamer la refonte complète de notre politique d’aide au développement, qui pourrait être chapeautée par le ministère de l’Intérieur, le Quai d’Orsay et Bercy. Le versement de l’aide ne serait plus unilatéral, mais ferait l’objet d’accords bilatéraux avec des contreparties pays par pays.

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3 réponses

  1. Des mixeurs électriques… Jeter notre argent par la fenêtre, pourquoi pas si ce sont les roitelets locaux qui se le mettent dans la poche…

  2. Pour qui connait un p’tit peu l’Afrique ( pour y avoir vécu qqes années par exemple…. ) c’est un scandale absolu .

  3. Peu coopératifs, c’est un euphémisme! Des pays carrément hostiles comme l’Algérie, ou ceux du Sahel qui nous ont jeté dehors alors qu’on leur verse des milliards pour qu’ils se développent. En vain d’ailleurs parce qu’ils sont incapables! Ils n’ont qu’à en demander à la Russie dont ils se sont amourachés dans leur ignorance historique de l’impérialisme de cette nation de dingues!

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