La consommation de tabac a drastiquement baissé chez les jeunes Français au cours de la dernière décennie. Certains attribuent cette réduction aux politiques publiques. Et si le principal artisan en était le smartphone ?
Les résultats de l’enquête ESPAD (European School Survey Project on Alcohol and other Drugs) réalisée dans 37 pays européens en 2024 viennent d’être publiés en France par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). Ils montrent une nette baisse de la consommation de tabac, d’alcool et de cannabis chez les adolescents de 16 ans.
 Les adolescents fument moins. Pourquoi ?
L’enquête révèle que la part des jeunes de 16 ans fumant tous les jours des cigarettes a été divisée par cinq, passant d’environ 16% en 2015 à 3,1% en 2024. Soulignons que tous les autres indicateurs, portant sur la consommation d’alcool, de cannabis et des autres drogues illicites, sont également en baisse. Nous ne pouvons que nous en réjouir.
Pour revenir à la cigarette, faut-il, comme le fait le Comité national contre le tabagisme (CNCT), attribuer ces bons résultats aux seules « politiques publiques volontaristes mises en place au cours de la dernière décennie : augmentation régulière des taxes conduisant à une hausse des prix du tabac, adoption du paquet neutre cassant le caractère promotionnel et attractif des conditionnements, interdiction du mécénat empêchant l’industrie du tabac de développer sa communication promotionnelle de RSE, campagnes de prévention et mobilisation de la collectivité lors du « Mois sans tabac », ou encore le développement des lieux sans tabac, etc. » ?
Indéniablement, certaines de ces mesures ont contribué à réduire le tabagisme chez les ados. C’est le cas, par exemple, de la hausse exponentielle des taxes qui a sans doute eu un effet sur des jeunes sans revenu. En revanche, nous pouvons nous interroger sur l’efficacité des autres dispositions, comme les messages sanitaires et les photos figurant sur les paquets. Les emballages de cannabis et des autres drogues illicites ne comportent aucun message de prévention, et pourtant leur consommation semble aussi avoir baissé.
Chacun sait que les ados adorent défier l’autorité, qu’ils peuvent être attirés par les conduites à risque, qu’ils ont le goût de l’interdit… toutes choses qui devraient les orienter vers le tabac et les autres substances qui leur sont interdites. C’est pourquoi nous pouvons nous demander si d’autres phénomènes ne contribuent pas à diminuer la consommation de cigarettes.
Une attention accrue à la santé
Il y a quelques années, Le Figaro nous apprenait que les adolescents n’étaient pas « si accros à la malbouffe » que nous pouvions le croire. L’article donnait la parole à Dominique-Adèle Cassuto, médecin nutritionniste, qui racontait voir des parents « déboussolés par l’attitude de leur fils qui ne veut plus manger de viande dans un souci écologiste ». L’article citait aussi une étude de l’Inserm, réalisée en 2013 auprès de 15 000 jeunes, qui révélait que 60,5% d’entre eux disaient faire attention à leur alimentation.
A l’occasion du Veganuary, initiative britannique (lancée en France en 2019) encourageant les participants à essayer une alimentation 100% végétale tout au long du mois de janvier, Deliveroo demande à Yougov, depuis six ans, d’étudier l’évolution du véganisme en France. Cette année, le baromètre insiste sur le fait que la « tendance vegan » est « un véritable marqueur générationnel » avec un nombre d’adeptes progressant de 48% parmi les 18-34 ans entre 2023 et 2024. L’enquête révèle que « De plus en plus engagés, 61% des jeunes vegans sondés déclarent suivre un régime vegan depuis peu (moins de six mois), principalement pour des raisons environnementales, de goût, dans le but d’accompagner la décision d’un proche ou pour protéger la vie animale. »
Une enquête de FranceAgriMer portant sur quatre pays (France, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni), publiée en 2019, révélait que 12% des 18-24 ans disaient être végétariens, végétaliens ou végans, et que 44% d’entre eux affirmaient qu’ils pourraient devenir végétariens, avec pour motivation principale d’être en bonne santé.
Quelles que soient les raisons (santé, environnement, cause animale…) pour lesquelles les ados deviennent adeptes du végétalisme, du pesco-végétarisme, du sans gluten, du sans lactose, du crudivorisme, etc., il y a fort à parier que les réseaux sociaux y jouent un rôle.
Jamais sans mon réseau social
Selon des données livrées par l’agence Reech, spécialisée en marketing d’influence, en 2023, 63% des 18-25 ans déclarent « suivre en ligne un influenceur ». Selon une autre source (agence Studio FY), la proportion serait de 94% chez les jeunes âgés de 15 à 25 ans. Et ils sont nombreux, sur TikTok ou Youtube, à délivrer des conseils sur ce qu’il faut manger pour rester en forme ou avoir un corps parfait.
Comme l’explique Pascale Ezan, professeur à l’université Le Havre Normandie, coordinatrice du projet Alimnum qui étudie les nouvelles pratiques alimentaires chez les étudiants (18-25 ans), les jeunes sont fidèles aux influenceurs qu’ils ont sélectionnés et suivent leurs conseils pratiquement à la lettre. Des influenceurs qui savent capter leur auditoire (grâce à l’interaction, l’humour, le partage d’expériences…) et peser dans ses choix, et qui deviennent souvent « des figures d’autorité entrant en compétition avec les acteurs de la santé ».
Quoi qu’il en soit, cette préoccupation croissante des adolescents pour leur santé et une alimentation considérée comme saine a nécessairement une influence sur leur consommation de tabac, d’alcool et de drogues. Certes, cet âge n’est pas exempt de contradictions, mais il est aussi probable que ceux qui, comme l’explique Pascale Hébel du Crédoc, craignent plus que leurs aînés les « maladies métaboliques, survenant sur le long terme : l’obésité, le diabète, le cancer », ne se contentent pas de manger plus sainement et s’abstiennent aussi de fumer.
Enfin, nous soulignerons que ces ados n’utilisent pas leurs smartphones que pour y suivre les conseils plus ou moins bons d’influenceurs en tout genre. Ils communiquent avec leurs semblables, font leurs devoirs, jouent, regardent des vidéos ou des séries, prennent des photos, écoutent de la musique… scrollent et likent sur les réseaux sociaux. C’est pourquoi, selon la dernière enquête (avril 2024) de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique, les 15-17 ans y passent en moyenne 4 à 5 heures par jour. Quant à l’Observatoire de l’audience des plateformes en ligne de l’Arcom, il a évalué la consommation internet des jeunes de 12 à 17 ans à 116h25 au mois de juin 2024, soit près de 4 heures par jour, principalement sur Snapchat et TikTok (plus de 50% du temps).
On comprend aisément que pendant ce temps-là , ayant les mains occupées et l’attention captée, pour ne pas dire captivée, les jeunes ne peuvent pas fumer.
Ainsi, il se pourrait bien que les « politiques publiques volontaristes » mises en place par les gouvernements ces derniers années ne soient pas les seules causes de la baisse du tabagisme chez les jeunes. L’utilisation compulsive de leur smartphone, en particulier la pratique des réseaux sociaux, pourrait y être aussi pour quelque chose. Ce qui ne va pas sans poser d’autres problèmes de santé publique.
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6 réponses
Ainsi va l’évolution de la société et nous en plaindrons-nous? Permettez-vous, à un vieux schnock, de rappeler ce qu’il en était ne serait-ce que dans les années 60 où il n’y avait pas un film dans lequel les acteurs, au moins masculins, ne tiraient pas sur la cigarette ? Au Salon de l’Auto de 1964, j’en parle parce que j’y suis allé, des hôtesses aussi aguichantes que certaines de la rue Saint-Denis (vous voyez de quoi je veux parler) tendaient à chaque visiteur un paquet de Peter Stuyvesant ? Et au Gala de l’Union en 1969, (idem pour moi), était offert à chaque entrant un paquet d’une édition spéciale de Gitanes ?
Uncredible, n’est-il pas ?
Sans doute vous rappelez-vous aussi que l’État lui-même distribuait des cigarettes aux militaires, appelés compris (le tabac de troupe) !
Pour faire un résumé simple, ce n’est qu’une drogue qui est remplacée par une autre. Il y a toujours une addiction à quelque chose
C’est juste. Entre les 2 guerres, l’addiction était au vin rouge.
Et surtout la cigarette électronique !
Cette nouvelle invention a fait bien plus pour la lutte contre le tabac que toute la propagande des Etats.
La solution vient toujours de la technique et du marché.
Nous savons tous que toutes les addictions sont dangereuses pour la santé mais quelle hypocrisie de la part de l’état. A l’armée, des cartouches de cigarettes étaient distribuées aux appelés afin de les rendre accros, le trafic de drogue ne fait que s’amplifier, (sans parler de l’alcool) et quand je vois la sécu faire de la prévention c’est du foutage de gueule. Si l’état avait vraiment à cœur de prendre soin de notre santé, il n’y aurait plus un gramme de tabac en France. Mais ça rapporte tellement d’argent… Comme ça les élites et tous ces pourritures qui leur lèchent le cul peuvent continuer à dépenser encore plus . Mais c’est pas grave, que les gueux crèvent….