Dans un article publié dans le Journal des Libertés le 21 mars 2025, Alexandre Stachtchenko s’interroge sur un angle mort du libéralisme contemporain : le contrôle étatique de la monnaie, et montre comment Bitcoin pourrait devenir l’instrument d’un renouveau libéral en rendant aux individus la maîtrise de leur destin monétaire. Depuis 1971, quand on a abandonné l’étalon-or, nos monnaies sont devenues complètement fiduciaires : leur valeur repose uniquement sur la confiance qu’on accorde aux banques centrales. Mais cette confiance est souvent mise à mal : les gouvernements peuvent imprimer de la monnaie à volonté, créant un lien direct entre création monétaire, déficit public et interventionnisme étatique.
Dans ce contexte, le libéralisme classique, qui vise surtout à réduire la taille de l’État, ne remet pas en cause le fond du problème : le contrôle étatique de la monnaie. Pour Stachtchenko, ce qui manque dans la pensée libérale aujourd’hui, c’est justement une critique du système monétaire à sa racine. Sa solution ? Une monnaie alternative, décentralisée, incensurable et à offre limitée : le Bitcoin.
Il rappelle comment Bitcoin est apparu en 2008-2009, sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, à travers un manifeste dénonçant la confiance aveugle exigée par les monnaies traditionnelles. Le système repose sur deux piliers : un réseau de paiement entre utilisateurs, sans intermédiaire, et une monnaie dont l’offre est plafonnée à 21 millions d’unités. Cette double innovation vise à couper l’État et les banques centrales d’un levier clé : la planche à billets.
Cela peut sembler utopique, mais quinze ans plus tard, Bitcoin est loin d’avoir disparu. Sa capitalisation a dépassé les 2 000 milliards de dollars début 2025. Il fait partie des cinq plus grands actifs mondiaux, juste derrière l’or et quelques géants de la tech. Entre 10 % et 15 % des Américains en posséderaient, environ 10 % des Français — plus que ceux qui détiennent des actions — et au total près d’un demi-milliard de personnes dans le monde.
Le mouvement est même soutenu par certains États et institutions : le Salvador a légalisé Bitcoin, d’autres pays l’exploitent via le minage (Russie, Brésil, Bhoutan, où Bitcoin représente près de 41 % du PIB). Même des acteurs institutionnels comme BlackRock ont lancé des fonds d’investissement liés au Bitcoin, après l’avoir d’abord critiqué, reconnaissant qu’il peut servir de « refuge » quand les monnaies traditionnelles vacillent.
Stachtchenko cite aussi la prophétie de Friedrich Hayek, prix Nobel d’économie, qui disait que la seule façon d’avoir une bonne monnaie est d’en retirer le contrôle à l’État en introduisant un concurrent qu’il ne peut pas bloquer. Bitcoin joue ce rôle : un système décentralisé, résistant à la censure et techniquement sécurisé, qui réintroduit discrètement la discipline et la rareté monétaires sans revenir à l’or ou à d’autres métaux précieux.
Pour l’auteur, tant que les États continueront à créer de la monnaie sans limite, à grossir leurs budgets et à intervenir partout, Bitcoin continuera de gagner du terrain comme symbole et levier de liberté. Sa seule vraie menace serait un retour à une politique monétaire stricte — un abandon volontaire de la planche à billets, mais qui paraît peu probable tant que ceux qui profitent du système restent aux commandes.
Bitcoin touche particulièrement les jeunes : en France, plus de la moitié des détenteurs ont moins de 35 ans, alors que cette tranche d’âge ne représente qu’un quart de la population. L’auteur conclut que Bitcoin est un outil puissant, peut-être même indispensable, pour un renouveau libéral, porteur d’une promesse de liberté individuelle et de rigueur monétaire — un souffle nouveau à adopter sans attendre.
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