La Croisette était sous le choc. Netflix présentait au festival de Cannes deux films, qui, de par le fonctionnement du « géant » américain, ne seront pas diffusés dans les salles obscures. La Fédération nationale des cinémas français avait d’ailleurs réagi, brandissant l’exception culturelle dès le mois dernier et faisant enfler la polémique. Cannes ne fera donc exception à l’exception que cette année : dès 2018 les choses rentreront dans l’ordre et tout film présenté au Festival devra avoir un engagement de distribution en salles. Netflix, qui a énormément investi dans le cinéma… « à la demande » est venu, comme d’autres, faire bouger les lignes d’un secteur quelque peu ankylosé et sans doute, surtout en France, un peu trop bureaucratisé.
La Croisette était sous le choc. Netflix présentait au festival de Cannes deux films, qui, de par le fonctionnement du « géant » américain, ne seront pas diffusés dans les salles obscures. La Fédération nationale des cinémas français avait d’ailleurs réagi, brandissant l’exception culturelle dès le mois dernier et faisant enfler la polémique. Cannes ne fera donc exception à l’exception que cette année : dès 2018 les choses rentreront dans l’ordre et tout film présenté au Festival devra avoir un engagement de distribution en salles. Netflix, qui a énormément investi dans le cinéma… « à la demande » est venu, comme d’autres, faire bouger les lignes d’un secteur quelque peu ankylosé et sans doute, surtout en France, un peu trop bureaucratisé.
Il n’est donc pas étonnant que le secteur organise sa « résistance ». Mais plutôt que de tenter d’innover, il en revient manifestement aux vieilles tactiques protectionnistes, enrobées de bien-pensance culturelle. Un appel a en effet déjà été lancé par 87 cinéastes le 22 mai dans Le Monde pour une « véritable politique culturelle en Europe ». Et cela passe inévitablement par « l’intégration des géants de l’Internet dans l’économie de la création européenne ». Comprenez : les GAFA (Google Apple, FaceBook, Amazon…) doivent financer le secteur. Sans doute une nouvelle petite taxe ?
Le vocabulaire de la résistance ressortit à la rhétorique habituelle de ceux qui veulent perpétuer leur droit à l’argent des autres. C’est donc traditionnellement le choix entre « libéralisme et vertu », dans le but de « moderniser », « redynamiser », et écrire ainsi un « nouveau chapitre de l’exception culturelle ». On loue le « génie français… d’avoir su trouver un équilibre entre le soutien au développement d’un marché et l’accompagnement de la création dans toute sa diversité ». Et même si c’est pour produire essentiellement des bides, car il s’agit avant tout d’engager « une politique culturelle exigeante et ambitieuse ». Derrière les poncifs et les clichés autour du « vertueux » se cache en réalité un groupe de pression qui a du mal à se remettre en question dans un monde de l’image en constante évolution technologique.
En avril 2015, un appel avait été également lancé, de Rome par 27 cinéastes : il s’agissait d’instaurer une « taxe sur la bande passante » pour forcer les géants du web du « Far West » américain « sans foi ni lois » à financer le cinéma indépendant européen. En France, ce petit monde parvient évidemment à faire perdurer le système du CNC depuis des décennies. Vous avez dit vertueux ? Déjà en 2012 et 2014 la Cour des comptes s’interrogeait sur le CNC dans deux rapports assez critiques à son égard et sur les soutiens à la production cinématographique et audiovisuelle. Alors évidemment, la culture ne doit pas se réduire à des chiffres arides de comptables tristes et aigris… C’est sans doute pour cela que le CNC peut s’offrir des cocktails à près de 100 000 euros pour les vœux à la profession, que la masse salariale du CNC à effectif quasi constant avait crû deux fois plus vite que les aides distribuées sur 2001-2011, ou que les commissions d’attribution d’aides sur dossier à des professionnels auditionnaient des… membres de commissions similaires, dans un copinage apparemment assumé.
Enfin, le lobbying du CNC a permis de faire voter en décembre la Taxe Youtube, afin de faire financer le Cinéma par les recettes publicitaires des plateformes vidéo. Nous avions critiqué le bien-fondé de cette mesure avant qu’elle soit décidée (1,2). Notons d’ailleurs que la partie s’était jouée grâce à quelques parlementaires socialistes, et contre l’avis du gouvernement, Christian Eckert rappelait en effet que ce serait plutôt une « taxe Dailymotion » qui rapporterait beaucoup moins que ce que ses partisans ne le prétendaient. Le CNC dépend pourtant du ministère.
On peut évidemment s’interroger sur cette capacité d’une bureaucratie à s’exonérer de son pouvoir de tutelle. Ce type de structure s’autonomise en effet en termes de décision, et visiblement de lobbying, mais évidemment pas en termes de financement. Il revient donc aux contribuables de régler la facture « ambitieuse ». Voilà qui pose un problème très sérieux de démocratie. Mais de démocratie il n’est en réalité pas vraiment question ici : les camarades du CNC sont des experts au-dessus de la plèbe, qui n’ont pas à se préoccuper de vils motifs économiques quand ils dépensent l’argent des autres. Le CNC avait d’ailleurs refusé la proposition de France Domaines de déménager de son luxueux 16ème arrondissement pour aller se mélanger au peuple de Saint Denis à la Cité du Cinéma…
A l’heure du crowdfunding et de la Vidéo à la Demande, le modèle français, que l’on veut visiblement étendre à l’Europe, est déjà obsolète. Il n’est ni « vertueux », ni efficace. Les cinéastes devraient plutôt appeler à libérer la fiscalité afin de permettre la création de davantage de fondations cinéphiles par exemple, qui à leur tour pourraient financer leurs projets. Mais il est toujours plus simple de demander de taxer les autres, tout en parlant d’« équité fiscale »…
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