L’économie peut-elle vivre sans les crises ? Celles-ci sont-elles inhérentes à l’économie de marché ? Avant de répondre à ces questions, Cristina Peicuti et Jean-Marc Daniel rappellent que la planification étatique est, sans aucun doute, la pire des doctrines économiques : le XXème siècle l’illustre très bien avec le planisme soviétique. Ils prennent notamment pour exemple l’ancienne Tchécoslovaquie, qui avait un niveau de richesse comparable aux autres pays occidentaux avant 1939, et s’est appauvrie considérablement sous la période communiste, avec des revenus équivalents à 60 % de ceux des Allemands en 1989.
Par souci de rigueur terminologique, les auteurs s’intéressent tout d’abord à la notion de crise. Ce terme est utilisé par les économistes français pour décrire des phénomènes souvent bien différents, quand les Anglo-Saxons préfèrent parler de crash (accident), depression (dépression) ou distress (difficulté). Parler de « crise financière » au sujet de la crise des subprimes de 2007-2008 est pratique pour désigner un coupable, mais la réalité est toujours plus complexe. Quoi qu’il en soit, la crise est conçue avant tout comme un écart considérable entre l’offre et la demande dans les conceptions modernes. Elle est définie dès le XIXème siècle par une contradiction de l’activité économique et est de nature conjoncturelle. Des événements comme la Grande Dépression de 1929 ont été l’occasion, pour des économistes comme Irving Fisher et John M. Keynes, de « reformuler leur approche théorique ». Les lecteurs pourront en trouver une présentation détaillée.
Cristina Peicuti et Jean-Marc Daniel identifient deux types de crises : « les crises endogènes inhérentes au fonctionnement de l’économie libérale de marché qui reviennent régulièrement et sont donc associées à la notion de cycle » (la crise de 1929, de 1973-1975, de 1992-1993, de 2007-2008) et « les crises exogènes où l’économie subit un choc qui paralyse la croissance » (Covid-19, guerres). Contrairement à ce que l’on a l’habitude d’entendre, l’État est loin d’être étranger au déclenchement de certaines crises. Dans le cas de la Grande Dépression de 1929 par exemple, c’est la politique de la déflation par la dette qui a alourdi le poids de l’endettement, engendré « une forte baisse non anticipée du niveau des prix » et détérioré la valeur nette des entreprises. Dans le cas de la crise de 2007-2008, c’est l’action des banques centrales : augmentation de la masse monétaire, baisse massive des taux d’intérêt, expansion de l’endettement…
Même si les keynésiens dominent toujours, les auteurs remarquent qu’un nouveau débat a émergé entre les nouveaux classiques, héritiers de Ricardo, et les héritiers du keynésianisme qui appellent à « un accroissement systématique des dépenses publiques ». Cristina Peicuti et Jean-Marc Daniel ne prétendent par trancher en faveur d’une théorie. Ils se demandent en revanche si le monde finira par choisir entre, d’un côté, « l’entrepreneur libre aiguillonné par la concurrence » et de l’autre, le technocrate « garantissant des débouchés à l’entrepreneur » (on se demande bien lesquels) et « un emploi à tout un chacun » (on se demande bien comment). Espérons qu’il penche pour la première option.
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