Journal d'actualité libéral
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dimanche 10 mai 2026

De la crise politique à la crise logique

Temps de lecture : 3 minutes

La cacophonie politique actuelle, qui fait le bonheur des caricaturistes à défaut de celui des Français, se traduit par un débat public enfiévré où la théâtralité de la posture n’a d’égale que la contradiction des propos.

 Qui aurait pu prévoir que la Vème République donnerait un spectacle politique aussi heurté et confus que la IVème, qu’elle a tant brocardée ? La raison profonde de ce charivari pourrait bien être que l’ensemble des acteurs sont pris dans l’étau d’exigences antagonistes qui expliquent à la fois les rebondissements incessants de la situation et les contradictions des discours tenus.

Sébastien Lecornu dans l’étau entre Président et Parlement

En témoignent les va et vient de la fortune de Sébastien Lecornu, Premier ministre début septembre, chef d’un nouveau gouvernement le temps d’une nuit, démissionnaire les jours suivants, enfin à nouveau Premier ministre le 10 octobre ; mission acceptée avec un enthousiasme visiblement très modéré par l’intéressé, car toujours (plus que jamais ?) placé sur un siège éjectable. C’est qu’il est coincé entre les consignes d’un Président qui n’a toujours pas entériné sa défaite électorale de juillet 2024 et les conséquences d’une fragmentation parlementaire sans précédent qui rend le compromis aussi nécessaire qu’introuvable.

Introuvable comme on le mesure au discours de la gauche, qui n’a cessé d’évoquer ce « compromis » depuis la chute de François Bayrou tout en exigeant la direction du gouvernement et l’adoption de son programme. Comment tenir, dans le puzzle parlementaire actuel et vu la faiblesse d’une gauche à moins de 30% de l’électorat toutes tendances confondues, une ligne de négociation où « tout ce qui est à nous est à nous et tout ce qui est à vous est négociable » selon la formule prêtée à Lénine ? Comment surtout invoquer sans cesse « le vœu majoritaire des Français sur les retraites » et ne tenir aucun compte du même vœu quand il s’agit d’immigration ou de sécurité ?

LR dans l’impasse argumentative

Mais les contradictions sont au moins aussi criantes à droite : LR avait justifié sa participation au gouvernement par son double souci d’empêcher un gouvernement de gauche et de garantir « la stabilité ». Or le parti renonce désormais à sa participation gouvernementale tout en maintenant la ligne rhétorique qui la justifiait : d’où une impasse argumentative que traduisent les contorsions rhétoriques actuelles des Républicains dont la ligne de conduite à venir est tout sauf claire. La confusion est aggravée par la rivalité entre Bruno Retailleau (qui a raté sa sortie du gouvernement, alors qu’il avait eu auparavant tant de raisons imparables de le faire) et de Laurent Wauquiez (dont les positions successives ne semblent avoir pour but que de contrer celles du président du parti). Mais les querelles personnelles ne font que refléter une difficulté rédhibitoire, bien relevée par David Lisnard : comment proposer une alternative crédible tout en servant – au sein ou en dehors du gouvernement – de béquille à la macronie finissante ?

 La Macronie dans l’aporie du « sans Macron »

Car cela va fort mal aussi en Macronie : sur fond là encore de rivalité personnelle (entre Edouard Philippe et Gabriel Attal), le « bloc central » est confronté à une équation insoluble : comment s’émanciper d’un président désormais « radioactif » mais auquel on doit tout, et proposer un « macronisme sans Macron » ? L’un ne peut exister sans l’autre, comme le montre l’indigence programmatique de Renaissance comme de Horizons. Et comment, plus prosaïquement, rompre avec le chef de l’Etat au risque d’une dissolution qui serait synonyme de carnage électoral pour le « bloc central » ?

Les contradictions latentes du RN et de LFI

Restent le RN et LFI qui ont été mis sur la touche des négociations et semblent en tirer profit dans une opinion lassée d’une tragi-comédie où les calculs les moins avouables se cachent derrière l’intransigeance des postures.

Ces deux partis n’échappent que temporairement à leurs contradictions respectives : celle du RN qui se dit prêt à « tout censurer » mais pourrait bien vite se retrouver en porte-à-faux devant un gel de la réforme des retraites et une hausse de la fiscalité sur « les riches », mesures pour lesquelles il milite activement ; celle de LFI, qui vomit sur les « sociaux-traitres » prêts à tolérer un énième gouvernement macronien, mais sans lesquels il risque une déroute électorale comme le montrent les derniers sondages ; sauf à recourir à l’action de rue et à s’exclure, cette fois aux yeux de tous, de l’« arc républicain ».

Fin de la récréation ?

Malgré les espoirs d’apaisement que certains nourrissent avec le gouvernement Lecornu II, tout indique donc que les péripéties de la politique française, désormais sortie des gonds de la Vème République, ne font que commencer.  A moins que les réalités économiques et financières ne viennent brutalement mettre fin à l’ivresse mauvaise des jeux de pouvoir.

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2 réponses

  1. La BCE comme les marchés maintiennent a bout de bras la France
    La BCE en intervenant sur les marchés pour limiter le spread entre la France et l allemagne des que les taux repartent a la hausse et les marchés en achetant toujours la dette française?!!!
    Cette situation ne peut pas durer éternellement
    Nos voisins vont finir par se lasser de payer et les marchés demander des taux encore plus élevés qui vont finir par complètement asphyxier notre économie!!!!

  2. La situation est bloquée car le centre représente des retraités bien installés dans leur zone de confort, le RN des quadra/quinquas en tension et la gauche des plus jeunes en zone de douleur et en train de commencer à renverser des gérontocraties aussi fossilisées que l’URSS des dernières années (au Népal, à Madagascar, au Maroc… à quand la France?)

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