Dans son article du Journal des Libertés (No. 26 – automne 2024), Lord Syed Kamall, professeur de politique et de relations internationales à l’Université St Mary’s de Twickenham, dresse un état des lieux lucide des défis que doivent affronter les libéraux d’aujourd’hui, dans un contexte politique de plus en plus hostile aux idées libérales. Son propos, nourri d’expériences personnelles et de constats internationaux, part d’une inquiétude partagée : en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis comme ailleurs en Europe, les principes du libéralisme sont contestés.
Au Royaume-Uni, la tentative avortée de Liz Truss de mettre en œuvre une politique de l’offre a jeté le discrédit sur ce courant. Dans le même temps, des gouvernements dits conservateurs ont mis en place des politiques quasi socialistes, accentuant la confusion idéologique. En France comme dans d’autres pays, la montée du populisme et l’appel croissant à l’intervention étatique nourrissent un rejet implicite du libéralisme.
À cela s’ajoute une série de défis concrets. L’époque des taux d’intérêt bas a contribué à une envolée des prix des actifs et des logements, rendant l’accession à la propriété de plus en plus difficile pour les jeunes. L’inflation et la crise du pouvoir d’achat ont fragilisé les classes moyennes. Les échecs de certains secteurs privatisés au Royaume-Uni ont semé le doute sur l’efficacité des solutions libérales. Sur la scène internationale, le comportement agressif de la Chine et de la Russie remet en cause les fondements du libre-échange. Enfin, la liberté d’expression – pilier fondamental du libéralisme – est de plus en plus menacée, y compris dans les universités.
Face à ces constats, Lord Syed Kamall ne se résigne pas. Il plaide pour une approche réformiste et ancrée dans le réel. Il invite les libéraux à ne pas se contenter de critiquer les politiques publiques, mais à reconnaître les efforts, même partiels, des gouvernements qui empruntent la voie du marché. Il insiste sur la nécessité de proposer des alternatives crédibles, en mettant en avant le rôle de la société civile : familles, associations, coopératives, structures religieuses ou sportives, autant d’acteurs capables de prendre en charge des problématiques sociales sans passer par l’État.
Il appelle aussi les libéraux à se départir de l’image du technocrate insensible, obsédé par le profit. Être libéral ne signifie pas être au service des grandes entreprises ni soutenir le capitalisme de connivence. Il faut dénoncer les collusions entre pouvoir public et intérêts privés, refuser que les banques soient systématiquement renflouées par les contribuables, et démontrer qu’il existe des alternatives concrètes et humaines à l’État-providence.
Kamall encourage enfin à l’action locale, concrète, en dehors de tout dogmatisme. La liberté exige de reformuler les idées anciennes dans les mots d’aujourd’hui, de défendre le libéralisme à partir du monde tel qu’il est, et non tel qu’on voudrait qu’il soit. C’est en devenant eux-mêmes des acteurs du changement, dans la société civile comme dans le débat public, que les libéraux pourront regagner en crédibilité et en influence.
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3 réponses
En France, les alternatives crédibles à l’Etat providence sont au mieux féodales, au pire carrément mafieuses, c’est bien pour ça que la promesse de réduire les dépenses publiques n’est rien de plus qu’une promesse qui, en politique, n’engage que ceux qui y croient.
« Il appelle aussi les libéraux à se départir de l’image du technocrate insensible, obsédé par le profit. Être libéral ne signifie pas être au service des grandes entreprises ni soutenir le capitalisme de connivence. Il faut dénoncer les collusions entre pouvoir public et intérêts privés, refuser que les banques soient systématiquement renflouées par les contribuables »… à la bonne heure !
Comment les libéraux contemporains peuvent-ils répondre efficacement à la montée du populisme et aux défis économiques tout en redéfinissant le libéralisme pour le monde d’aujourd’hui ?
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En France, les alternatives crédibles à l’Etat providence sont au mieux féodales, au pire carrément mafieuses, c’est bien pour ça que la promesse de réduire les dépenses publiques n’est rien de plus qu’une promesse qui, en politique, n’engage que ceux qui y croient.
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