Le taux de la dette française à 10 ans a atteint lundi 23 mars dernier son plus haut depuis 2009, soit 3,86 %. Il existe bien sûr des causes contextuelles. Avec ses bombardements sur les infrastructures énergétiques régionales et la fermeture du détroit d’Ormuz par lequel transite 20 % du pétrole mondial, la guerre en Iran contribue à renchérir le prix de l’énergie, donc à provoquer de l’inflation, d’où la hausse des taux observée actuellement. Mais cela n’est pas sans poser quelques questions spécifiques sur la hausse de la charge de la dette publique française.
Qui dit charge de la dette dit évidemment dette. Car si la charge dépend du niveau des taux – et l’on parle ici de la partie valeur de sa hausse -, elle dépend aussi de l’ampleur de ladite dette publique – et l’on parle alors de la partie volume de la hausse. Supposons par exemple que le prix de l’unité de tartimuche passe de 10 à 12 tandis que le volume acheté passe dans le même temps de 100 à 120 unités. La hausse de la facture totale sera de 440 (12 x 120 – 10 x 100), dont 200 du fait de la hausse du volume et 240 du fait de la hausse du prix.
Or les lecteurs de ce blog le savent bien, la dette publique française se caractérise par une irrésistible propension à croître et embellir. Si l’on se reporte à la Loi de finances pour 2026 telle qu’elle a été adoptée le mois dernier après moult discussions plus tragiquement dépensières les unes que les autres, le déficit public devrait se fixer à 5 % du PIB et la dette atteindre en conséquence 118,2 % du PIB à la fin de l’année. Deux chiffres qui nous installent clairement dans les derniers de la classe européenne.
Pas de quoi pavoiser, d’autant que tout cela est jugé très incertain par le Haut Conseil des Finances publiques (HCFP) dans son dernier avis datant du 19 février 2026.
Or, à nouveau, l’on sait déjà que la dette publique qui devait s’établir à 115,9 % du PIB à la fin de 2025 atteignait le ratio de 117,4 % et 3 482 milliards d’euros à fin septembre 2025. Dans ces conditions, les ambitions affichées pour 2026 sont-elles tenables ? On en saura plus sur les réalisations effectives de l’année 2025 dans quelques jours, mais une chose demeure absolument certaine : la charge de la dette qui pèse chaque année un peu plus dans les comptes publics de la France du fait de son incapacité à se réformer va s’alourdir encore plus sous l’effet de la hausse des taux. L’impact sera progressif car il ne touchera pas tout le stock de la dette française immédiatement, mais cela affectera incontestablement le nouvel endettement de l’année, 310 milliards d’euros en 2026 si tout se passe « bien ».
Au final, si l’on en croit l’avis du HCFP cité plus haut, la charge annuelle de la dette publique française se montera à 74 milliards d’euros en 2026 après 60 et 65 milliards en 2024 et 2025 respectivement.
Non seulement ces montants dépassent largement les budgets de la défense ou de l’enseignement scolaire, mais, ajoute le HCFP dans sa synthèse :
« La persistance d’un déficit important et le refinancement progressif du stock de dette publique à des taux de marché plus élevés devraient ainsi porter les dépenses d’intérêts à plus de 100 Md€ à l’horizon 2029, contraignant de manière croissante le reste de la dépense publique et les marges de manœuvre pour financer les priorités nationales. » (soulignements de ma main)
Marges de manœuvre, voilà précisément ce dont nous manquons cruellement. Chaque secousse exogène – covid en 2020, Iran aujourd’hui, pour parler des soubresauts les plus récents et les plus forts – nous tombe dessus dans l’impréparation la plus totale, nous pousse au « quoi qu’il en coûte » effréné et nous rend encore plus vulnérables à l’orée de la crise suivante.
La solution paraît simple : mettons fin à la cavalcade absurdes et compulsive des dépenses, stoppons le dirigisme obsessionnel de l’État, bref, changeons de modèle ! Simple, et pourtant si difficile, ainsi que la période des élections municipales qui vient de se refermer en témoigne. Comment se faire élire, surtout localement, sans promettre aides, places, subventions et chèques pouvoir d’achat à propos de tout et n’importe quoi ? Comment se faire élire sans promettre la main sur le cœur qu’on fera tout pour préserver le modèle social et les acquis sociaux qui en découlent, notamment en ce qui concerne les retraites ?
Oh, je sais, il existe des théories économiques et monétaires qui prétendent que la dette n’est pas un problème. Celle du tout nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, pour commencer. Il considère en effet que la redistribution est un investissement (sic) et qu’il est parfaitement naturel de financer les investissements (« d’avenir », comme dirait la novlangue) par de la dette. Fort bien. Encore faudrait-il que tout cela débouchât sur de la croissance, ce qui n’est nullement avéré, bien au contraire, puisque le taux de dette sur PIB ne cesse d’augmenter.
À gauche, très à gauche, justement, deux thèses s’affrontent. On a d’abord celle de l’annulation pure et simple de la part de la dette publique de la France détenue par la Banque centrale européenne (BCE) portée notamment par Jean-Luc Mélenchon. Argumentaire de cette école : on annule, on se « libère du boulet de la dette » (dixit Mélenchon) et l’on se retrouve avec de la capacité d’endettement pour lancer des investissements en faveur de la justice sociale et climatique.
Sauf qu’on ne se retrouve nulle part, car qui va vous prêter à nouveau si vous effacez vos dettes d’un impassible trait de plume chaque fois que ça chauffe ? Et pourquoi les contribuables continueraient-ils à payer des impôts si le financement par la dette peut être annulé par l’opération du Saint-Esprit ? C’est pourquoi une autre école, représentée notamment par notre Thomas Piketty national, préconise plutôt de lever de nouveaux impôts en taxant, retaxant et surtaxant les multinationales et les riches.
Même remarque que précédemment : Et la croissance dans tout ça ? Et l’emploi ? Et le pouvoir d’achat ? Plutôt en berne, dans la France d’aujourd’hui, malgré toute cette redistribution et toute cette dette.
C’est bien pour cela que la hausse actuelle des taux d’emprunt à 10 ans de la France combinée aux éternels besoins de financement de ses pouvoirs publics a toutes les chances de déboucher à terme sur un cocktail explosif qui ne fera du bien ni aux comptes publics du pays ni, et c’est cela qui importe in fine, aux Français. Ça promet.
Illustration de couverture : Évolution de la charge de la dette publique française. Graphique extrait de l’avis du HCFP du 19 février 2026.
Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
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11 réponses
Et si on nommait les responsables successifs et qu’on traînait les survivants devant un tribunal populaire avec des condamnations en relation avec le préjudice causé au peuple?
(Imposition camouflée: corruption).
Dans le cas présent c est la sanction des urnes qui s applique
Le tribunal populaire c est quoi????…..les tribunaux révolutionnaires de 1789 avec la guillotine qui tourne a plein régime????
Imaginons un instant que les Français n’aient pas élu puis réélu un « Mozart de la finance » à la tête de l’état. Dans quelle situation serions-nous, non ?
C’est tellement confortable pour un gouvernement de se cacher derrière des pourcentages, bien moins parlant pour les citoyens, que de vrais chiffres. Et aussi, on ne parle jamais du total des intérêts de la dette, payés depuis un demi-siècle, puisque nos déficits commencent avec le 1e choc pétrolier (agression économique des pays producteurs de pétrole contre l’Occident).
L’IFRAP avait déjà chiffré ceux-ci à 1780Mds dans une étude d’il y a 3 ou 4 ans. On pourrait penser que notre dette est désormais constituée pour près des 2/3, d’intérêts versés à la « Grande Phinance Internationale », preuve que Macron est bien un Mozart. On finance ainsi les retraites par capitalisation des américains, alors qu’il n’y a pas d’argent pour les retraités français. Cocasse, non ?
C’est exactement ce que je pense depuis longtemps ; les presidents, premiers ministres, ministres des finances depuis 50 ans (au moins ceux qui sont encore en vie), qui ont fait preuve d’une irresponsabilité hallucinante, devaient être jugés pour cette faute et condamnés à rembourser à l’état tous les salaires qu’ils ont reçus au titre des fonctions qu’ils ont exercées.
Cette politique a été mise en place par des élus souvent réélus donc avec l assentiment des francais
En conséquence il faudrait juger tous nos gaulois pour irresponsabilité hallucinante et les condamner a rembourser toute la dette qu ils ont reçu!!!!
Cette dette colossale n’est pas seulement due à nos dirigeants irresponsables de droite ou principalement de gauche, mais aux Français qui ne raisonnent plus que par les loisirs, ne veulent plus travailler que 35 h/s, s’opposent à la suppression de toute journée fériée, et descendent dans la rue si l’on parle de reculer l’âge de départ en retraite tout en réclamant des aides et des chèque au moindre toussotement de l’économie !
Nous sommes rentrés dans l’aire de la démagocratie où nos concitoyens ayant pour la plupart perdu le sens des responsabilité n’éliront jamais un dirigeant dont le programme serait de mettre un peu d’ordre et de rigueur dans la pays !
C’est à qui promettra le plus et comme nos politiques ont soigneusement organisé leur irresponsabilité pénale ils ne risquent rien.
Les scandaleuses dérives signalées tous les ans par la cour des comptes restent scandaleusement sans aucun effet…
Politiques et Fonctionnaires même combat : la plus totale irresponsabilité…Pourquoi se gêner ?
Bonjour,
Pour espérer en finir avec ce que vous nommez « démagocratie » il faudrait d’abord qu’un libéral ose présenter ses solutions aux électeurs. Or ce que je remarque c’est que les libéraux ont été absents de toutes les dernières présidentielles. Si on ne sort jamais du bois (par peur de l’échec? ou autre?), comment peut-on espérer convaincre?
N oublions pas que notre dette est détenue à 55% par des investisseurs étrangers et que ce pourcentage ne cesse de croitre
Ce constat en appelle un autre notre pays n est plus souverain
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11 réponses
Et si on nommait les responsables successifs et qu’on traînait les survivants devant un tribunal populaire avec des condamnations en relation avec le préjudice causé au peuple?
(Imposition camouflée: corruption).
Dans le cas présent c est la sanction des urnes qui s applique
Le tribunal populaire c est quoi????…..les tribunaux révolutionnaires de 1789 avec la guillotine qui tourne a plein régime????
La sanction des urnes? Il suffit donc de ne pas se représenter pour échapper à la sanction ?
La justice est rendue au nom du peuple me semble t il ?
Imaginons un instant que les Français n’aient pas élu puis réélu un « Mozart de la finance » à la tête de l’état. Dans quelle situation serions-nous, non ?
C’est tellement confortable pour un gouvernement de se cacher derrière des pourcentages, bien moins parlant pour les citoyens, que de vrais chiffres. Et aussi, on ne parle jamais du total des intérêts de la dette, payés depuis un demi-siècle, puisque nos déficits commencent avec le 1e choc pétrolier (agression économique des pays producteurs de pétrole contre l’Occident).
L’IFRAP avait déjà chiffré ceux-ci à 1780Mds dans une étude d’il y a 3 ou 4 ans. On pourrait penser que notre dette est désormais constituée pour près des 2/3, d’intérêts versés à la « Grande Phinance Internationale », preuve que Macron est bien un Mozart. On finance ainsi les retraites par capitalisation des américains, alors qu’il n’y a pas d’argent pour les retraités français. Cocasse, non ?
C’est exactement ce que je pense depuis longtemps ; les presidents, premiers ministres, ministres des finances depuis 50 ans (au moins ceux qui sont encore en vie), qui ont fait preuve d’une irresponsabilité hallucinante, devaient être jugés pour cette faute et condamnés à rembourser à l’état tous les salaires qu’ils ont reçus au titre des fonctions qu’ils ont exercées.
Cette politique a été mise en place par des élus souvent réélus donc avec l assentiment des francais
En conséquence il faudrait juger tous nos gaulois pour irresponsabilité hallucinante et les condamner a rembourser toute la dette qu ils ont reçu!!!!
Cette dette colossale n’est pas seulement due à nos dirigeants irresponsables de droite ou principalement de gauche, mais aux Français qui ne raisonnent plus que par les loisirs, ne veulent plus travailler que 35 h/s, s’opposent à la suppression de toute journée fériée, et descendent dans la rue si l’on parle de reculer l’âge de départ en retraite tout en réclamant des aides et des chèque au moindre toussotement de l’économie !
Nous sommes rentrés dans l’aire de la démagocratie où nos concitoyens ayant pour la plupart perdu le sens des responsabilité n’éliront jamais un dirigeant dont le programme serait de mettre un peu d’ordre et de rigueur dans la pays !
C’est à qui promettra le plus et comme nos politiques ont soigneusement organisé leur irresponsabilité pénale ils ne risquent rien.
Les scandaleuses dérives signalées tous les ans par la cour des comptes restent scandaleusement sans aucun effet…
Politiques et Fonctionnaires même combat : la plus totale irresponsabilité…Pourquoi se gêner ?
Bonjour,
Pour espérer en finir avec ce que vous nommez « démagocratie » il faudrait d’abord qu’un libéral ose présenter ses solutions aux électeurs. Or ce que je remarque c’est que les libéraux ont été absents de toutes les dernières présidentielles. Si on ne sort jamais du bois (par peur de l’échec? ou autre?), comment peut-on espérer convaincre?
N oublions pas que notre dette est détenue à 55% par des investisseurs étrangers et que ce pourcentage ne cesse de croitre
Ce constat en appelle un autre notre pays n est plus souverain
… je suis preneur de vos idées de sanctions, relativement douces au regard des préjudices causés et du nombre de victimes !