La quatrième édition du Common Good Summit (Sommet du bien commun), organisé par Toulouse School of Economics (TSE), le magazine Challenges et le groupe Les Échos–Le Parisien, s’est tenue jeudi 13 et vendredi 14 juin 2024.
On pouvait craindre que la « vedette » de TSE, Jean Tirole, « prix Nobel » d’économie 2014, ne réclame une hausse de l’imposition des plus aisés. Après tout, le thème de l’événement était « Bien commun : qui va payer ? ».
Fort heureusement, son intervention était cantonnée au sujet de l’innovation. Et il était intéressant de l’entendre asséner quelques vérités.
Pour Tirole, nous avons, en Europe, un « gros problème de compétitivité ». La productivité par heure y est inférieure d’un tiers à ce qu’elle est aux Etats-Unis. Il y a, bien évidemment, plusieurs raisons à ce décalage. La principale, selon l’économiste, est le manque d’innovation : non seulement, nous dépensons trop peu en recherche et développement (R&D) mais nous le dépensons mal.
L’objectif du Conseil européen de Lisbonne, en 2000, était d’arriver à consacrer l’équivalent de 3% de notre PIB à l’innovation. Nous n’en sommes qu’à 2% avec la répartition suivante : 0,7% pour le public et 1,3% pour le secteur privé. Aux Etats-Unis, le chiffre du public est le même tandis que celui du secteur privé est de 2,3%.
Par ailleurs, nous dépensons mal, c’est-à-dire insuffisamment dans les secteurs créateurs de richesse. Aux Etats-Unis, 85% de la R&D est dans la « tech » (logiciels, IA, biotechs, etc.), alors qu’en Europe, elle est à 50% dans l’automobile. Bref, nous ne sommes pas tournés vers les technologies d’avenir.
Parmi les nombreux freins en Europe, Jean Tirole cite le droit du travail qui n’est « absolument pas adapté aux startups et à l’innovation », les règles bureaucratiques, le système éducatif qui n’est pas au niveau (y compris les universités) et l’absence de marché unifié du capital.
Tout cela explique que les Gafam soient aujourd’hui aux Etats-Unis et pas en Europe. Chez nous, les principales firmes sont toujours pétrolières (Shell, Total Énergies) et automobiles (Volkswagen, Daimler, Stellantis).
Jean Tirole estime aussi que les mécanismes de financement de l’Union européenne ne sont pas optimaux. Il suggère que nous nous inspirions de ce que font les Etats-Unis qui financent l’innovation de rupture à travers des agences indépendantes du pouvoir politique dans lesquelles ce sont les scientifiques qui décident. En Europe, non seulement nous ne consacrons que 470 millions d’euros aux technologies de rupture, mais, en plus, ce sont des fonctionnaires qui décident des dépenses.
Malheureusement, il est à craindre que, même si l’UE dépensait plus et mieux, cela ne serve pas à grand-chose tant qu’elle continuera à pondre des réglementations (DMA, CSRD, RGPD, DSA, AI, etc.) qui tuent l’innovation.
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