La guerre engagée par Trump contre l’Iran a été planifiée en oubliant semble-t-il quelques hypothèses comme celle d’un blocage du détroit d’Ormuz. Mais surtout la capacité de résistance iranienne a été minimisée. Non seulement le vieil empire perse a sans doute plus d’armes en stock que l’Amérique ne l’imaginait, mais surtout son peuple reste attaché à l’islam qui s’est toujours nourri de la guerre.
L’islam ne distingue pas le temporel et le spirituel. L’Etat y est une figure du religieux. Les citoyens y sont des croyants. La nation est conçue comme une totalité englobante, une communauté holiste organisée par un droit dans lequel se confondent les prescriptions religieuses et civiles de la charia. Ainsi s’établit naturellement le pouvoir, absolu, des mollahs, de ceux qui connaissent le langage du Coran « descendu » du ciel, une langue divine et sacralisée.
Dans la confusion du politique et du religieux
L’emprise de Mahomet sur son environnement était déjà de cette nature. Lorsqu’il ne parvint pas à l’établir totalement à la Mecque, il partit pour Médine où il s’installa comme chef religieux autant que chef de gouvernement et chef de guerre. Les croyants sont tenus à nombre d’observances qui scandent leur vie régentée par les obligations et les interdits. Le régime iranien, totalitaire, domine la vie de tous. Leur religion ne leur laisse guère de choix, elle leur enseigne que tous, humains, animaux minéraux… sont soumis à la puissance de Dieu « comme la plume est asservie à la main du scribe »[1].
Incités à ne pas exercer leur liberté, embrassés par cette religion englobante, les Iraniens sont happés par le régime des clercs qui les entraîne jusqu’au bout de la guerre contre « l’entité sioniste » qu’Ali Khamenei désignait[2] sans ambiguïté comme « une tumeur cancéreuse maligne qui doit être enlevée et éradiquée ».
La guerre par nature
Car l’islam n’a jamais vécu qu’en faisant la guerre. Tandis que le christianisme avait, en quatre siècles après JC, converti le pourtour de la Méditerranée par la persuasion et en prêchant la paix, l’islam en a conquis la moitié en un siècle par la guerre. Mahomet déjà avait exterminé plusieurs tribus juives.  Ses successeurs ont poursuivi la conquête permettant aux arabes de vivre de butins selon un système gigantesque de pensions allouées à tous les guerriers pour des montants de deux cents à douze mille dirhams selon l’antériorité dans l’islam considéré comme un combat pour Dieu. La guerre ne cessa guère dans le monde musulman, en son sein et contre les incroyants. Les conquêtes musulmanes furent poussées jusqu’en Espagne et en France avant que Charles Martel stoppât les arabes à Poitiers en 732. L’Occident avait essayé un temps de rétablir la liberté d’accès à Jérusalem par les croisades mais deux siècles de disputes internes des chevaliers les conduisirent au désastre. Les Ottomans bousculèrent Constantinople en 1453, puis s’emparèrent des Balkans avant que par deux fois ils échouent sous les murailles de Vienne en 1529 et 1683. Déjà , depuis 1495, l’Espagne avait été entièrement reconquise. En 1571, la victoire navale de Lépante éteignit définitivement les ambitions européennes de l’Empire ottoman avant qu’il s’effondre définitivement avec la première guerre mondiale.
L’islam pouvait donc être arrêté par la guerre.
La guerre par vocation
Mais le cœur de l’islam continue de battre avec la guerre. Il y a sûrement de nombreux Iraniens qui rejettent le régime que leur imposent les mollahs et qui voudraient la liberté occidentale malgré ses défauts. Mais ceux qui ont manifesté en janvier ont été tués. Les filles de l’équipe iranienne de football féminin ont été menacées de représailles si elles maintenaient leur demande d’asile en Australie ! Alors les Iraniens se taisent comme on se taisait en Union soviétique.
Et la guerre peut continuer parce que le régime est résilient de sa haine recuite des Juifs, parce qu’il est drogué depuis Mahomet à la guerre perpétuelle. La guerre est dans ses gènes comme elle l’est dans ceux de tous les régimes totalitaires qui sont persuadés d’avoir raison contre tous et qui veulent détruire tous les autres. La guerre est dans son cœur comme dans celui des ses proxys, du Hamas qui n’a su construire que des tunnels militaires à Gaza, au Hezbollah qui met le feu au Liban pour parader ou aux Houthis qui pilonnent le détroit d’Ormuz pour exister.
Le Coran les y encourage. En témoignent parmi bien d’autres la sourate 9, verset 111 : « Certes, Dieu a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. Ils combattent dans le sentier de Dieu: ils tuent, et ils se font tuer. » Ou aussi la sourate 4 versets 95-96 qui dit que Dieu tient « en plus grande estime ceux qui Lui sacrifient leurs biens et leurs personnes. […] un rang infiniment supérieur est réservé aux combattants, ainsi qu’une récompense sans limite. » Ou encore la sourate 9, verset 111 : « Combattez ceux qui ne croient ni en Dieu ni au Jour dernier ; ceux qui ne s’interdisent pas ce que Dieu et Son Prophète ont déclaré interdit… »
L’Iran est donc paré pour la bataille, sa religion et son histoire l’y ont préparé. Les Juifs le savaient sans doute car ils sont du même bois pour d’autres raisons. C’est peut-être ce que n’a pas suffisamment anticipé l’Amérique. Elle n’a pas perdu cette guerre dont la légitimité est défendable, mais il lui faudra anéantir l’Iran pour qu’il se rende, au risque de perdre le soutien de la population qui vit sous les bombes. Sauf à ce que sans tarder le président Massoud Pezechkian, que les Américains ont préservé jusque-là , tente de négocier un cessez-le-feu ou encore qu’un bataillon, quelques minorités Hazaras, Kurdes, Ossètes, Baloutches… fassent sécession et rallient la foule des silencieux. L’avenir le dira. Mais les religions ne meurent pas dans la défaite. Il ne suffira pas de gagner la guerre contre les musulmans extrémistes pour qu’ils renoncent au djihad. Il faudra leur offrir de vraies libertés et d’autres espérances.
[1] Al-Ghazâlî, Le livre de l’Unicité divine et de la remise confiante en Dieu, Editions Albouraq, 2002, p. 43.
[2] Fabrice Balanche, Les leçons de la crise syrienne, Paris, Odile Jacob, 2024, p. 214
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