Les blocages des entreprises, la prise en otage des patrons ou bien les destructions de site font partie maintenant du quotidien des médias français. Ces pratiques sont des exceptions françaises ; pourtant elles se déroulent, dans un pays qui a l’une des plus sévères réglementations du travail au monde : tout est prévu pour harmoniser les relations sociales.
Les blocages des entreprises, la prise en otage des patrons ou bien les destructions de site font partie maintenant du quotidien des médias français. Ces pratiques sont des exceptions françaises ; pourtant elles se déroulent, dans un pays qui a l’une des plus sévères réglementations du travail au monde : tout est prévu pour harmoniser les relations sociales.
Le Code du travail français est d’une complexité inouïe, les coûts de licenciement sont de ce fait extrêmement élevés, et les charges sont parmi les plus élevées de tous les pays membres de l’OCDE. Naguère le plan Borloo (2004) avait préconisé la mise en place de la « flexicurité » à la danoise. A travers son plan, le Ministre de l’Emploi de l’époque visait les rigidités du marché du travail français. Des dizaines de hauts fonctionnaires ou politiques avaient fait le déplacement à Copenhague pour constater sur place le miracle danois : un taux de chômage très bas autant pour les jeunes que pour les seniors. Ils sont tous rentrés émerveillés, mais rien n’a été transposé en France. Surtout pas l’essentiel : la liberté de licencier. Au Danemark, il existe une totale liberté de licenciement Le Danemark, par exemple, s’efforce de concilier la flexibilité avec la sécurité de l’emploi : cela donne la « flexicurité ». Les employeurs ne sont soumis à aucune réglementation contre le licenciement de salariés pour des raisons économiques. Il leur suffit de donner un préavis. Plus de 80% des travailleurs souscrivent à un régime d’assurance volontaire contre le chômage. Les travailleurs tirent profit de la flexibilité de la réglementation qui leur permet de travailler dans le secteur formel et de passer facilement d’un emploi à un autre. En effet, plus de 70% des Danois estiment qu’il est bon de changer d’emploi fréquemment. Et, le comble, les sondages montrent que les Danois se sentent plus en sécurité au travail que les Français. De la sorte, pendant la période d’accroissement de la flexibilité du marché du travail, entre 1993 et 1999, le chômage danois a baissé de plus de 60%, soit d’environ 200.000 chômeurs, et, encore plus important, le chômage de longue durée est tombé de 145.000 à 40.000 chômeurs. Le rôle de la flexibilité dans la baisse du chômage est confirmé par le Rapport Doing Businnes 2009 que la Banque Mondiale vient de rendre public. Le marché du travail de plusieurs dizaines de pays y est passé au crible. Et les conclusions sont sans appel. Au bout du compte, les réglementations excessives touchent les groupes les plus vulnérables, les femmes et les jeunes. Les pays à taux de chômage faible sont aussi les plus flexibles Le rapport mentionne aussi les effets de la réglementation du travail en Amérique latine, en utilisant les données d’une enquête concernant 10 396 entreprises réparties dans 14 pays. Il a été demandé aux entreprises de se prononcer sur le nombre de travailleurs à durée indéterminée qu’elles embaucheraient et sur ceux qu’elles licencieraient si la réglementation était plus flexible. L’analyse suggère qu’il en résulterait une hausse nette en moyenne de 2,1% du total des emplois. Les entreprises dont l’effectif est inférieur à 20 employés en seraient les premières bénéficiaires, avec des progressions moyennes de 4,2%. La flexibilité de la réglementation favorise également la création d’entreprises. Les recherches indiquent que la flexibilité augmente la probabilité de création d’entreprise de 30%. Parmi les pays qui ont le marché du travail le moins réglementé on peut compter Singapour, le Danemark, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, Hong-Kong, le Chili. Ce sont aussi les Etats dont le taux de chômage est le plus faible, et la création d’entreprises et d’emplois la plus rapide. Cependant, la flexibilité du marché de travail ne concerne pas seulement la liberté de licencier. Certains pays ont trouvé d’autres solutions qui consistent à accorder une assurance-chômage plutôt qu’une indemnité de licenciement. En Autriche, les employeurs cotisent à un fonds d’où ils peuvent puiser si un salarié est licencié après avoir passé 3 ans avec un même emploi. En Corée, les employeurs adoptant le nouveau régime de cotisation verseront un mois de salaire par an sur le compte de retraite privée de chaque employé. Le Chili a adopté un bon système d’assurance-chômage en 2002. La réforme a permis de mettre en place des comptes d’épargne individuels auxquels cotisent l’employeur et le salarié. Elle a également réduit l’indemnité de licenciement à l’équivalent de 24 jours pour chaque jour travaillé, contre 30 jours auparavant. Les chômeurs chiliens percevront des prestations provenant de leurs comptes d’épargne individuels pendant 5 mois. En conclusion, la flexibilité du marché du travail, çà marche. Mais c’est le seul remède que la France n’a jamais appliqué.
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