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lundi 24 août 2026

La souveraineté monétaire à l’épreuve des stablecoins

Temps de lecture : 5 minutes

Pendant plus d’une décennie, le débat sur les cryptoactifs s’est concentré presque exclusivement sur le Bitcoin. En moins de vingt ans, celui-ci est passé du statut d’expérimentation technologique à celui d’instrument financier détenu par des investisseurs institutionnels, de grandes entreprises et même certains États. Toutefois, en raison de la forte volatilité de son prix et de sa dimension fortement spéculative, le Bitcoin s’est imposé avant tout comme un actif à haut risque plutôt que comme un véritable moyen de paiement destiné aux transactions quotidiennes.

Malgré l’attention médiatique qui a largement contribué à concentrer le débat public et réglementaire sur le Bitcoin, ce sont les stablecoins qui ont connu, en parallèle, une croissance particulièrement rapide. Ces cryptoactifs sont conçus pour maintenir une valeur stable en étant adossés à une monnaie de référence.

Cette caractéristique leur permet d’assurer certaines fonctions traditionnellement associées à la monnaie. Leur essor soulève ainsi des questions qui dépassent largement le cadre de l’innovation technologique et touchent au cœur des rapports entre pouvoir économique et souveraineté des États.

De quelle manière les stablecoins exercent-ils une pression sur la souveraineté monétaire?

Le marché mondial des stablecoins est passé de moins de 10 milliards de dollars il y a six ans à plus de 300 milliards de dollars aujourd’hui. Il est très largement dominé par des stablecoins libellés en dollars américains, qui représentent près de 99% de l’offre en circulation. Par ailleurs, près de 90 % du marché mondial est contrôlé par deux émetteurs seulement: Tether, qui émet l’USDT et est basé au Salvador, et Circle, émetteur de l’USDC basé aux États-Unis.

Cette configuration bénéficie directement aux États-Unis. Les stablecoins adossés au dollar doivent être intégralement garantis par des actifs sûrs, principalement des liquidités en dollars et des bons du Trésor américain. À mesure que leur utilisation progresse, les émetteurs accroissent donc leurs achats de dette publique américaine, soutenant ainsi la demande de Treasury securities et, plus largement, le rôle international du dollar. Ce n’est pas un hasard si les États-Unis ont choisi d’accompagner cette évolution. L’administration américaine a, pour l’instant, renoncé au développement d’une monnaie numérique de banque centrale (CBDC) émise par la Réserve fédérale, tout en favorisant l’essor des stablecoins privés à travers le GENIUS Act, qui établit un cadre réglementaire pour leur émission.

Si cette dynamique renforce le rôle international du dollar, elle s’accompagne également d’importantes implications macroéconomiques et géopolitiques pour de nombreux autres pays. Lorsqu’un instrument émis par une entreprise privée est largement adopté comme moyen de paiement, réserve de valeur et, dans certains cas, unité de compte, il entre directement en concurrence avec la monnaie ayant cours légal. Comme le souligne le rapport Understanding Stablecoins du Fonds monétaire international, cette évolution peut réduire la demande de monnaie nationale, affaiblir la souveraineté monétaire des États et transférer une partie des prérogatives traditionnellement exercées par les banques centrales vers des entreprises privées, qui ne sont pas soumises au même niveau de contrôle démocratique et institutionnel.

Ce risque est particulièrement marqué dans les économies confrontées à une inflation élevée, à une forte dépréciation de leur monnaie, à des contrôles sur les mouvements de capitaux ou à une faible confiance dans les institutions. Dans ces contextes, le recours aux stablecoins peut constituer une décision parfaitement rationnelle à l’échelle individuelle, en permettant de préserver le pouvoir d’achat ou de faciliter les paiements internationaux. À l’échelle collective, en revanche, leur diffusion peut progressivement réduire l’utilisation de la monnaie nationale au profit d’un instrument privé libellé en dollars. Une telle évolution affaiblit la souveraineté monétaire, car les décisions des banques centrales nationales perdent une partie de leur efficacité lorsque les agents économiques utilisent une monnaie dont la valeur et les conditions financières dépendent principalement des États-Unis.

Si l’adoption croissante des stablecoins risque de réduire l’efficacité de la politique monétaire, que fait l’Union européenne pour protéger l’Euro?

La première réponse est d’ordre réglementaire. Avec le règlement Markets in Crypto-Assets (MiCA), entré progressivement en application en 2024 et 2025, l’Union européenne s’est dotée du premier cadre juridique complet consacré aux cryptoactifs et aux stablecoins. Son objectif est de soumettre les émetteurs et les prestataires de services à des exigences communes en matière d’autorisation, de transparence, de gouvernance et de protection des utilisateurs, tout en limitant les risques pour la stabilité financière et l’intégrité des marchés.

La seconde réponse est le projet d’euro numérique. En offrant aux citoyens et aux entreprises une forme de monnaie publique utilisable dans les paiements électroniques, la Banque centrale européenne entend préserver le rôle de l’euro face à la montée en puissance des moyens de paiement privés, en particulier ceux libellés en dollars.

Au-delà de cet objectif monétaire, l’euro numérique répond également à un enjeu d’autonomie stratégique. Selon la Banque centrale européenne, près de 61 % des paiements par carte dans la zone euro étaient, en 2022, traités par des réseaux internationaux et, dans treize États membres, les systèmes nationaux avaient été entièrement remplacés par des solutions étrangères. Dans cette perspective, l’euro numérique fournirait une infrastructure publique commune, émise par la BCE et distribuée par les établissements financiers, afin de renforcer la souveraineté européenne dans les paiements numériques tout en préservant le rôle du secteur bancaire.

 


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7 réponses

  1. Ne vous laissez pas avoir par un Euro numérique, un pas de plus vers le totalitarisme, (comme l’interdiction des réseaux sociaux sans donner son identité).
    Utiliserz plutôt l’EURC, stable coin lié à lEuro et indépendant de la banque centrale.

    1. Parlez de totalitarisme au sein de l UE fait parti des galéjades des milieux populistes
      Allez vivre en Chine, Iran, Égypte, pakistan, Russie….et vous comprendrez ce que signifie de vivre dans une dictature

  2. Le stablecoin, une patate chaude qu’on refile à des naïfs prêts à héberger de la dette insolvable. Le goût, la couleur et l’odeur du dollar avant de partir en fumée?

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