Peu après le coup d’État du 2 décembre 1851, en même temps que, dès 1852, Victor Hugo livrait son pamphlet Napoléon le Petit, Karl Marx publiait son Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte dans lequel il ironisait sur les répétitions de l’histoire : « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. Caussidière pour Danton, Louis Blanc pour Robespierre, la Montagne de 1848 à 1851 pour la Montagne de 1793 à 1795, le neveu pour l’oncle. […] La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants. […] C’est ainsi que Luther prit le masque de l’apôtre Paul, que la Révolution de 1789 à 1814 se drapa successivement dans le costume de la République romaine, puis dans celui de l’Empire romain, et que la révolution de 1848 ne sut rien faire de mieux que de parodier tantôt 1789, tantôt la tradition révolutionnaire de 1793 à 1795… »
Les nouveaux empereurs
Nouveau Mao, Xi Jin Ping a fabriqué son petit livre rouge, La gouvernance de la Chine, pour rassembler ses discours qu’il oblige les écoliers à apprendre par cœur. Il y assène notamment que le pilier de la politique chinoise est «la mise en place d’un système d’économie de marché socialiste proposant de faire jouer au marché un rôle fondamental dans la répartition des ressources sous le macro-contrôle de l’Etat ». Et comme Mao, mais avec la puissance du numérique, il a généralisé le contrôle social et il destitue, tour à tour, ceux dont il doute de la fidélité absolue, jusqu’aux chefs de l’armée, le général Zhang Youxia et le général, chef d’état-major, Liu Zhenli qui, avec des dizaines d’autres en ont fait les frais fin janvier 2026. Il veut aussi faire payer à l’Occident ses anciennes humiliations coloniales.
Poutine se prend, lui, pour Staline au pire et pour un nouvel empereur de toutes les Russies au mieux. Il a une revanche à prendre sur les pays de l’Ouest devant lesquels la Russie a été humiliée lorsque la chute du Rideau de fer a dévoilé ses misères et ses turpitudes. Il nous hait.
Comme nous haïssent les mollahs iraniens illusionnés des souvenirs de la Perse antique et de l’islam conquérant.
Trump, le petit entrepreneur sans scrupule qui veut cacher ses anciennes vilenies, est pour sa part dépassé par la grandeur du poste auquel il a accédé et il manie la puissance qui lui a été conférée avec démesure, vulgarité et arbitraire à défaut d’autorité et de sagesse.
Ils ne peuvent pas cesser d’être redoutables
Tous sont embarqués dans des combats sans retour auxquels ils ne peuvent pas renoncer sans y perdre leur crédit et leur statut. Ils voudraient tous être « l’âme du monde » comme Hegel le disait, à Iéna, de Napoléon Bonaparte. Mais ce dernier était, lui aussi, rongé par son complexe de parvenu, marri de ne pas avoir la conversation d’un Talleyrand. Dans son ouvrage sur les propos rapportés de l’Empereur, Charles-Eloi Vial cite celui-ci :« Cinq ou six familles se partagent les trônes de l’Europe, et elles voient avec douleur qu’un Corse est venu s’asseoir sur l’un d’eux. Je ne puis m’y maintenir que par la force ; je ne puis les accoutumer à me regarder comme leur égal qu’en les tenant sous le joug ; mon empire est détruit si je cesse d’être redoutable ».
Ainsi s’explique peut-être cet état parodique de guerre de tous contre tous qui remet en cause la fin de l’histoire annoncée par Francis Fukuyama après la chute du communisme soviétique. La répétition ratée d’anciennes dominations et une certaine petitesse rêvant de majesté poussent les nouveaux seigneurs du monde à souffler sur les braises des conflits qui leur servent de marches pour tenter de s’élever. Les empires ne sont pas durables et meurent un jour de leurs certitudes et de leur suffisance. Mais en l’état, il faut craindre que contre leur force déployée seule une puissance plus grande encore, et néanmoins raisonnable, ne puisse remettre en cause l’enracinement totalitaire où puisent la Russie, la Chine et l’Iran perdus dans la confusion sanglante du religieux et du politique (ou réciproquement) qui nourrit tous les pouvoirs absolus.
L’attrait du Nobel
Seul Trump, qui bénéficie d’un environnement institutionnel rationnel et solide, pourrait réagir et contraindre le monde à s’assagir s’il se guérissait de sa mégalomanie qui le guide quand ce sont des idéologies qui gouvernent l’esprit de ses adversaires impériaux dont il fait parfois ses comparses. Au-delà de sa déraison, il se veut Nobel de la paix et ses humeurs cyclothymiques peuvent le conduire à des décisions clairvoyantes. Il n’a pas tort de ne pas vouloir renouveler les erreurs vietnamienne, afghanes ou irakienne au Venezuela ou en Iran. Mais sans prendre le pouvoir dans ces pays, il pourrait user de la toute puissance militaire américaine pour y imposer l’ouverture des prisons politiques, la tenue rapide d’élections libres et l’interdiction de production nucléaire et de livraison d’armes et de pétrole aux ennemis de l’Occident. Il pourrait encore, las des tergiversations de la Russie, lui imposer la paix. Il ferait ainsi réfléchir également la Chine. Il conviendrait à cet effet qu’il surmonte son atavisme prédateur. Il est capable de tout. Il pourrait l’être du meilleur, surtout s’il y trouvait son intérêt ou la nécessité politique de satisfaire aux exigences de sa majorité précaire à la veille des prochaines élections américaines de midterm. Des élus républicains courageux et des sondages en berne l’y inciteraient. Ce n’est pas impossible. De notre crainte d’une troisième guerre mondiale il ne resterait qu’une farce. Et Trump deviendrait le véritable empereur du monde.
Mais face aux aléas de Trump et du monde, l’Europe devrait accélérer, plus encore qu’elle le fait, son réarmement militaire et moral. Si vis pacem, para bellum.
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Je me méfie des références à Hugo, Marx et Hégel… ces auteurs se trompaient fondamentalement dans leur vision de l’histoire… Fukuyama itou, qui n’était d’ailleurs pas plus libéral que les trois autres… Je reste pour ma part fidèle au droit naturel, et je crois que l’homme forme naturellement des communautés politiques à l’état de nature les unes vis-à-vis des autres… l’éternel retour de l’histoire ne doit donc rien à une quelconque « dialectique immanente » (panthéisme ésotérique) mais à la résurgence régulière des conflits entre nations. Le libéral-constructivisme (parfaitement compatible en cela avec la social-démocratie) se trompe lorsqu’il suppose qu’il n’existe rien entre l’individu et l’humanité ; en effet, entre l’individu et l’humanité il existe la communauté politique (Aristote, Thomas d’Aquin) qui n’est pas incidente ni contractualiste mais naturelle et infrangible. La politique consiste donc à gérer cet échelon intermédiaire avec réalisme et philosophie. … Je vous rejoins sur un point : Trump a un potentiel intéressant pour faire bouger les lignes.
Merci pour la clarté de votre analyse, en général et celle ci en particulier, et de votre transparence sur les commentaires.. Mais , bon, concrètement que peux t on faire en France et avec qui ? bonne soirée
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8 réponses
Finalement Trump trouve grâce à vos yeux….
Nous sommes intellectuellement honnêtes
Oui, et c’est pour cette raison qu’il est très enrichissant de vous lire.
Merci !
Il faut lire le livre de Trump sur la négociation pour comprendre sa politique!
On n’est pas toujours dans les affaires !
Je me méfie des références à Hugo, Marx et Hégel… ces auteurs se trompaient fondamentalement dans leur vision de l’histoire… Fukuyama itou, qui n’était d’ailleurs pas plus libéral que les trois autres… Je reste pour ma part fidèle au droit naturel, et je crois que l’homme forme naturellement des communautés politiques à l’état de nature les unes vis-à-vis des autres… l’éternel retour de l’histoire ne doit donc rien à une quelconque « dialectique immanente » (panthéisme ésotérique) mais à la résurgence régulière des conflits entre nations. Le libéral-constructivisme (parfaitement compatible en cela avec la social-démocratie) se trompe lorsqu’il suppose qu’il n’existe rien entre l’individu et l’humanité ; en effet, entre l’individu et l’humanité il existe la communauté politique (Aristote, Thomas d’Aquin) qui n’est pas incidente ni contractualiste mais naturelle et infrangible. La politique consiste donc à gérer cet échelon intermédiaire avec réalisme et philosophie. … Je vous rejoins sur un point : Trump a un potentiel intéressant pour faire bouger les lignes.
Merci pour la clarté de votre analyse, en général et celle ci en particulier, et de votre transparence sur les commentaires.. Mais , bon, concrètement que peux t on faire en France et avec qui ? bonne soirée