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samedi 18 avril 2026

Le « cardinal Lecornu », le roi et « le trimestre des dupes »

Temps de lecture : 3 minutes

La survie du gouvernement Lecornu était tout sauf gagnée d’avance. A moins d’un énième coup de théâtre, elle semble assurée jusqu’en mars, municipales obligent. On le doit à l’habileté de Sébastien Lecornu, plus cardinal politique que moine-soldat. Mais gare à l’impatience d’un roi toujours omniprésent et à la réaction d’un peuple qui est la première dupe d’un trimestre perdu.

Au terme de trois mois de tragi-comédie parlementaire, la trêve des confiseurs apporte quelques jours de répit à un débat public surchauffé : personne ne s’en plaindra.

Le gouvernement y aura gagné un délai qui était inespéré quand on repense à la crise politique aigüe de début octobre. Et force est de constater que les mots de dissolution (de l’Assemblée) voire de destitution (du Président), qui étaient alors sur tant de lèvres, ont laissé peu à peu place aux beaux vocables de « stabilité « et de « compromis », le tout bien sûr « en responsabilité ».

Du moine-soldat au cardinal politique

Le bilan de cet automne de tous les dangers est donc indiscutablement positif pour l’Exécutif et il faut rendre hommage à l’habileté manœuvrière de Sébastien Lecornu. Si ce dernier revendique la posture sacrificielle du « moine soldat », il semble plutôt s’inscrire dans la longue tradition française des grands cardinaux politiques, allant de Richelieu à Fleury en passant par Mazarin. Les péripéties de sa nomination il y a trois mois rappellent étrangement la célèbre « journée des Dupes » de novembre 1630 où Richelieu parvint à renverser une situation très compromise. Et comme son lointain prédécesseur, l’actuel « principal ministre » aura pu compter sur d’improbables alliés, Parti socialiste en tête mais aussi la plupart des députés LR, terrifiés à l’idée de revenir prématurément devant les électeurs. En tout cas, chapeau l’artiste, salué même par ses adversaires les plus virulents !

L’on objectera que la réussite s’est arrêtée à mi-chemin : vote du budget sur la protection sociale mais échec sur celui de l’Etat. La loi spéciale adoptée ne fait que renvoyer l’affaire à janvier et l’équation semble difficile à résoudre au vu des lignes rouges affichées de toutes parts.

En suspendant la réforme des retraites, le gouvernement aurait-il reculé pour mieux sauter (dans tous les sens du terme) ? Car, sauf à achever son suicide, la droite parlementaire ne pourra pas voter le budget qui se profile et le gouvernement, volens nolens, n’ira pas au-delà d’un déficit de 5% du PIB (aux artifices comptables près, bien entendu). Dès lors, le recours au 49-3 (ou à des ordonnances) permettant de dégager les responsabilités des uns et des autres paraît inévitable ; il est d’ailleurs souhaité en coulisses par ceux qui crient le plus fort, à commencer par les socialistes. Et l’on peut compter sur d’autres talents du « cardinal Lecornu » pour le faire accepter : son humilité (sincère ou non, peu importe) et son sens du timing. Il saura trouver les mots et le moment pour prendre l’opinion à témoin de son inlassable bonne volonté et de son impuissance désolée face aux vents contraires de l’irresponsabilité parlementaire…

L’ombre impatiente du Roi

Mais voilà : tout bon cardinal sert d’abord le Roi. Or, de même qu’il avait dicté le rapprochement avec le Parti socialiste, le chef de l’Etat vient de demander l’adoption du budget au plus vite : le très peu de popularité et de crédibilité qu’il lui reste disparaîtrait en effet si les impôts n’étaient pas indexés, si l’aide d’urgence aux agriculteurs n’était pas actée ou si l’effort de réarmement tournait court. Et pire encore pour l’image de Jupiter, si toute son action internationale, à commencer par l’aide à l’Ukraine, était (au sens littéral) « démonétisée ».

Dans les semaines qui viennent, le risque principal pour notre habile cardinal est donc l’impatience du Roi. Ce roi, qui une fois encore et quoi qu’on en dise, reste le maître des horloges, à défaut de l’être du Parlement.

Alors que s’achève l’année, le tour de force réussi est donc impressionnant, LR étant le plus évident dindon de la farce. Une farce, hélas, dont le coût fiscal et économique que l’on mesurera plus tôt que tard, fera du pays tout entier la vraie victime de ce « trimestre des dupes ».

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14 réponses

  1. Retarder les réformes profondes dont a besoin le pays ne peut que l’enfoncer un peu plus! Félicitons donc M.Lecornu pour sa fidélité aux objectifs de son chef.

  2. Lamentable victoire politicienne, qui renonce sans vergogne à ses objectifs pour se maintenir au pouvoir en pactisant avec des minoritaires.
    Quelle machiavélisme profiteur, ces gens doivent se dégoûter eux-mêmes…

    1. Le cercle très restreint des « gens de raison » à l’Assemblée Nationale étant majoritairement de gauche, du parti socialiste jusqu’à une bonne moitié des Républicains, par conviction, opportunisme ou simple lâcheté, et les « extrêmes » rejetés au marge l’étant encore plus, il n’y a rien de surprenant à ce que le budget que l’on discute encore le reflète à chaque nouvelle itération.

      Quant à la Macronie au centre de ce cercle, elle ne se caractérise que par une seule et unique ambition, parfaitement compatible avec la vision socialiste : la dissolution de la France. Elle peut donc parfaitement, et le démontre encore, s’accommoder de tout le reste. Voyez comme sa seule obsession du moment est de « réarmer » la France pour, en réalité, en faire profiter seulement l’étranger : le reste (c’est-à-dire le sort des Français) n’a aucune importance à ses yeux.

    2. Croyez-moi ils n’ont aucun regret ou remord. Pour la majorité d’entre eux seul la gamelle est belle. Et ensuite les multiples pantouflages que leur accorde le système.

  3. Le maître des horloges manque un peu de ressort ; il faudrait que les citoyens l’aiguillent dans la bonne direction, pour se remonter le moral, ou alors lui offrir une boîte de Tic-tac, histoire de lui remettre les pendules à l’heure.

    1. C’est l’occasion qui a été offerte aux citoyens lors de la dissolution de 2024 : on peut contempler toute la clarification qu’il en est ressorti. Même si on lit tout de même assez bien, dans toute cette confusion, qu’il s’en dégage une très large majorité de gauche, bien que divisée entre ses innombrables courants, du souverainisme social jusqu’à l’anti-France assumée.

  4. Cardinal j’en doute c’est pas le cas, parlons plutôt de sursis dont les français une fois de plus vont payer les pots cassés
    Rien encore sur la vraie et seule réforme qui vaille, celle de la bureaucratie, du millefeuille administratif et de la dépense publique incontrôlée, l’archétype étant radio France, le Louvre etc.
    C’est à pleurer ces députés pitoyables surtout de gauche qui ne pensent qu’à taxer encore et encore jusqu’à l’effondrement
    Il y a pourtant de bons exemples de réussite partout autour de la France

  5. Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé, comme les cardinaux Richelieu ou Mazarin, ne peut être que fortuite et n’engage pas la responsabilité de l’auteur de cet article.
    Chacun d’entre nous le comprend parfaitement ainsi que le fait que l’assemblée nationale soit devenue un veritable théâtre de marionnettes.

  6. Le sport favori des franchouillards tirer sur l ambulance ce qui dénote d un très grand courage….🤣🤣🤣🤣🤣

  7. Aucun risque de changement en vue… les Français beuglent, les partis font assaut de démagogie, la presse s’excite, mais rien ne changera jamais… chaque clientèle sociologique (de la droite de connivence à la gauche de subvention) est bien trop attachée à ses petits fromages. Et les politiciens font assaut de démagogie pour se faire élire et maintenir les « ors de la république »… Tout cela est un vain théâtre… Frédéric Bastiat l’avait bien dit : « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ». N’est-ce pas le spectacle qui nous est offert, générations après générations ? Lecornu est un malin, papelard et roublard façon 3ème république, qu’on va voir à la soupière pendant les 30 prochaines années. Ah ah ! « Le Cardinal »… il a déjà son petit nom !

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