Journal d'actualité libéral
|
vendredi 10 juillet 2026

« Le Missionnaire », de Frédéric Douet

Temps de lecture : 2 minutes

Frédéric Douet est professeur de droit fiscal, auteur de plusieurs ouvrages de fiscalité. Sortant de ses sentiers balisés, il écrit un roman sur la période noire de l’Allemagne, l’horreur nazie, notamment ses exterminations dans les pays de l’Est. Il avait peut-être besoin de livrer des témoignages enfouis. Il y décrit l’empire du mal au travers de l’histoire de deux jeunes allemands, un juif, Ethan, fils d’un chirurgien reconnu, et un autre, Carl, d’un milieu petit-bourgeois prêt à verser dans l’antisémitisme. Dans la même classe dans les années 1930, ils seront opposés dès la montée du nazisme et se retrouveront ennemis durant la guerre.

Le roman mêle avec talent les aventures des principaux personnages à la grande Histoire. Tandis que Carl devient peu à peu un pion nazi parmi bien d’autres, Ethan doit fuir l’Allemagne et s’engage en Angleterre dans la lutte à mort qui conduira à la victoire alliée. Les péripéties guerrières et amoureuses traversent la vie d’Ethan pendant que Carl verse dans une soumission absolue au régime, jusqu’à la folie.

Frédéric Douet décrit le processus par lequel un fils d’une famille chrétienne en vient à servir le diable nazi et à contribuer activement à l’élimination du peuple juif. Cet engrenage de l’extermination prit de l’ampleur avec l’invasion de l’Union soviétique – l’opération Barbarossa, par les Allemands le 22 juin 1941. Il fut alors décidé de rafler systématiquement tous les juifs dans les territoires envahis de l’Ukraine et de la Biélorussie pour les liquider sans coup férir par des fusillades de masse menées par les Einsatzgruppen.

Il décrit le processus par lequel la guerre entraine les deux camps dans la violence, dans le meurtre anonyme. Mais là où Ethan s’engage librement dans les services spéciaux anglais, Carl se laisse embarquer par l’idéologie qui va déchiqueter sa conscience morale. Il finit par se complaire et se mortifier tout à la fois dans le perfectionnement des procédés d’éradication collectifs toujours plus efficaces. Il se fait volontairement acteur d’un assassinat de masse planifié par l’Etat.  L’analyse psychologique des acteurs reste sans réponse face à l’innommable.

Au regard des crimes perpétrés, les sanctions infligées par les Alliés après-guerre sont restées relativement modestes. Chacun des accusés s’est réfugié derrière son chef dont il avait reçu l’ordre et auquel il devait obéissance. Et pourtant ces officiers avaient pour règles la « liberté dans l’ordre » de telle façon que le subordonné devenait « un exécutant libre et débordant d’idées pratiques dans la mise en œuvre de la politique de son Führer ». Le totalitarisme conditionne les individus au mal, même ceux qui le subissent. C’est ainsi que beaucoup ont sans doute préféré refuser de se poser des questions sur les trains qui emportaient les juifs ou, à l’Est, sur les massacres qui se perpétraient pas très loin de leurs yeux.

Dans un style vif et une belle langue, Frédéric Douet nous tient en haleine tout au long de son récit. Un bon roman d’été pour ceux qui veulent en même temps essayer de comprendre ces heures sombres.

Acheter le livre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.