La France est entrée depuis le 11 mai dans une période étrange. Officiellement déconfinés, les Français subissent toujours de nombreuses restrictions, dans une situation que l’on peut qualifier de semi-confinement. Les déplacements de plus de 100 kilomètres restent interdits sauf dérogation, les bars et restaurants restent fermés, les parcs aussi en zone rouge, les plages ne sont ouvertes que sur demande des maires avec autorisation préfectorale. Les conséquences pour une grande partie de l’économie sont terribles. Si l’activité a peu ou prou repris le 11 mai (les commerces non-alimentaires notamment) ou n’avait pas cessé le travail (une partie de l’industrie et l’agriculture) il n’en reste pas moins qu’un large pan de l’économie est encore à l’arrêt. Ce qui constitue un danger mortel pour un pays déjà champion de la récession économique.
Quels sont les secteurs en panne ?
Le tourisme, d’abord. La consommation touristique intérieure représente, selon les derniers chiffres de la Direction générale des entreprises, 7,4% du PIB. Surtout, le tourisme est l’un des rares secteurs à contribuer positivement à la balance des paiements : l’excédent « voyages » était estimé à 17 milliards d’euros en 2017. L’arrêt du tourisme, associé à la chute des voyages professionnels, impacte directement le secteur des transports et plus particulièrement celui de l’aérien. Selon une étude du cabinet de conseil Oliver Wyman, la production dans l’aviation va s’effondrer de 45% cette année et rester durablement affaiblie dans les années à venir. Les compagnies annulent massivement leurs commandes, quand elles ne se retrouvent pas directement en faillite. Une réduction durable des voyages entraînerait une baisse du nombre d’avions nécessaires et donc une absence de commandes pendant plusieurs années. L’hôtellerie et la restauration sont également en détresse, nul ne sait pour le moment quand les bars et les restaurants rouvriront. Même désastre et incertitude pour la culture et les spectacles avec la fermeture des cinémas, théâtres, opéras, grands musées et l’impossibilité d’organiser des festivals, concerts et autres manifestations. Sans parler du sport professionnel : à la différence de l’Allemagne ou de l’Angleterre, la France a fait le choix de mettre fin à la saison du championnat de football.
Des conséquences économiques majeures
Ces secteurs interdépendants représentent une part importante du PIB que l’on peut estimer entre 15 et 20%. Surtout, dans notre pays où la dépense publique dépasse 50% de ce PIB, ils participent pour une part encore plus grande au PIB marchand. Et c’est justement ce PIB provenant du privé et de la consommation qui vient financer les dépenses publiques en train d’exploser face à la crise sanitaire.
L’enjeu est également considérable au niveau de l’emploi : la plupart de ces mêmes secteurs ne sont pas délocalisables et embauchent beaucoup sur place, entretenant un important tissu économique local. Certaines zones sont plus concernées que d’autres : ainsi les sites particulièrement touristiques, ou des régions comme celle de Toulouse : la forte présence d’Airbus est associée à celle de nombreux sous-traitants qui représentent 86 000 emplois et alimentent toute l’économie alentour.
L’arrêt durable de ces secteurs pourrait à terme créer en France de nouveaux territoires sinistrés comme ont pu l’être les anciennes régions minières et industrielles.
Maintenir l’activité sous cloche au risque de faire sombrer l’économie ou relâcher la pression alors qu’une « deuxième vague » du virus n’est pas à exclure totalement ? L’alternative est difficile. Peut-être la solution consiste-t-elle à tenter la seconde option en se tenant prêt, cette fois, à parer à une reprise de l’épidémie… et en offrant plus de liberté aux entrepreneurs et acteurs locaux pour les ajustements qui leur paraîtront le plus efficaces.
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