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mercredi 15 avril 2026

Les chambres d’agriculture sont-elles encore utiles ?

Temps de lecture : 3 minutes

Amélie de Montchalin, la ministre du Budget, avait annoncé en avril dernier que le gouvernement allait proposer la fusion ou la suppression d’un tiers des agences et opérateurs de l’Etat avant la fin de l’année 2025… Nous en sommes très loin : 3 seulement ont été supprimés sur 434 dans le budget 2026 ! De ces innombrables organismes parapublics que les responsables politiques ont promis de rationaliser ou de supprimer, les chambres d’agriculture figurent parmi les plus couteux.

Les chambres d’agriculture ont des objectifs très vastes. Elles sont investies de quatre missions : améliorer la performance des exploitations agricoles, accompagner la création d’entreprises et le développement de l’emploi, assurer la représentation des agriculteurs, contribuer au « développement durable ». Selon un récent rapport de la Cour des comptes, qui a réalisé un audit, le réseau emploie 8200 salariés et « consomme » 800 millions d’euros.

Le rôle des chambres d’agriculture se réduit comme peau de chagrin

Elles ont été créées en 1924, à l’époque où les agriculteurs représentaient 40% de la population active en France. Cent ans plus tard, ce n’est plus que 1,5% et la situation de l’agriculture française se dégrade, même par rapport à ses concurrentes européennes. Le nombre d’exploitations à « accompagner » est passé de plus d’un million en 1980 à 664 000 en 2000 puis à 350 000 en 2025. En outre, de plus en plus d’exploitations agricoles de moyenne et grande taille disposent de moyens humains et techniques qui les rendent largement indépendantes des chambres d’agriculture. Le niveau de formation initiale des agriculteurs s’est beaucoup amélioré, ils ont de moins en moins besoin qu’on leur tienne la main pour remplir les formulaires PAC malgré leur caractère abscons, et encore moins pour décider de leurs assolements. Ces fermes sont déjà encadrées par le puissant ministère de l’Agriculture (30.000 salariés). Elles disposent des résultats de la recherche publique (INRAE 11.000 salariés) et de ceux des 19 Instituts techniques spécialisés (2.000 salariés). Une grande partie d’entre elles peuvent compter, au cas où, sur leurs coopératives, leurs syndicats et leur filière (poulet, lin, betterave, bio…). Enfin, les agriculteurs préfèrent souvent avoir recours à des organismes de conseil spécialisés privés (lait, céréales, bovins, volailles, comptable/financier…).

La Cour des comptes a tenté de donner l’alerte

La Cour des comptes s’est focalisée sur les dérives de certaines des chambres d’agriculture : favoritisme au profit du syndicat gérant la chambre locale, subventions illégales, refus de mutualisation des moyens de support, opacité des comptes et des résultats, risque de concurrence déloyale avec les entreprises privées, redondance avec d’autres structures publiques locales de développement agricole, non-respect des règles concernant la TVA, faiblesse du contrôle de l’Etat…

Le point le plus important concerne néanmoins l’efficacité (coût/utilité) de ces organismes financés par des taxes sur les agriculteurs. La Cour s’inquiète du flou des objectifs et de l’absence d’évaluation des résultats mais elle ne fournit pas d’évaluation globale de leur performance.

Une tentative de réduire les dépenses de ces organismes avait été tentée en 2019 par le gouvernement, comme cela avait été fait pour les deux autres chambres consulaires représentant pourtant des secteurs en plein développement : les subventions aux chambres de commerce et d’industrie avaient été réduites de 53 % et celles aux chambres des métiers, de 13%. Mais pour les chambres d’agriculture, le gouvernement avait reculé devant les interventions massives de parlementaires en leur faveur.

Quel avenir ?

L’âpreté du débat entre les syndicats agricoles à l’occasion des récentes élections aux chambres d’agriculture a montré l’attachement qu’ils portent aux 800 millions d’euros en jeu et aux pouvoirs que constituent leurs 8.200 salariés et 2.300 élus à travers toute la France. Comme dans tous les secteurs qui bénéficient des progrès techniques généraux (informatique, télécommunication, drones, stations automatiques…), les chambres d’agriculture auraient dû au moins améliorer leur productivité tous les ans. Elles ont pris un retard considérable, et les agriculteurs qui les financent sont de moins en moins nombreux. Ce serait très probablement beaucoup mieux si elles disparaissaient.

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7 réponses

  1. Une mesure objective de l’influence de ces organismes:
    La chaine Youtube d’une Chambre d’agriculture a 345 abonnés après plusieurs années d’existence. Son exposé sur le sujet très intéressant de la fissuration des sols a été vu par 491 personnes.
    Alors que les Youtubers Alex, Etienne, Sam, Ver de terre, Thierry, Marc… ont des dizaines de milliers, voir des centaines de milliers d’abonnés, et que leurs exposés sur des sujets variés (y compris la fissuration de sols) sont regardés par des dizaines de milliers, voir des centaines de milliers de personnes.

  2. Le Ministère de l’agriculture et de la pêche ne s’occupe plus d’agriculture que pour la contrôler en fonction de règlementations de plus en plus complexes. La plus grande partie de ses employés est dans les lycées agricoles qui n’enseignent plus que marginalement l’agriculture. L’INRAE ne fait plus que secondairement de la recherche agricole, surtout avec un angle écolo correspondant aux appels à projets édictés d’en haut et aux convictions des nouvelles générations de chercheurs. Les Chambres d’Agriculture elles aussi sont captées par la nécessité de répondre par les agriculteurs et par elles-mêmes aux remplissages de dossiers administratifs toujours plus hors-sol et abscons, pour des agriculteurs dont les revenus diminuent.

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