La France ne travaille pas suffisamment. C’est une cause majeure de ses difficultés. Non seulement les Français travaillent moins que les autres, mais ils sont moins motivés.
Si les civilisations antiques qui nous ont précédés, Grecs et Latins, méprisaient le travail, le christianisme l’a pourtant réhabilité. Mais depuis le XIXème siècle, Marx fait rêver d’une société socialiste où le travail serait aboli. Son gendre, Paul Lafargue, revendiquait « le droit à la paresse » dont LFI se fait l’écho aujourd’hui. Sous la pression syndicale, la France est parmi les trois pays de l’Union européenne où la durée du travail est la plus basse. Les 35 heures et la retraite à 60 ans ont été le poison mitterrandien pour tuer l’esprit du travail.
Sous la contrainte de la nécessité, la durée du travail se rallonge un peu, mais, en même temps, la société française reste encalminée par une fonction publique pléthorique et surprotégée par son statut. Anne de Guigné s’inquiète à juste titre que largement plus de 50% de l’économie française soit désormais sous tutelle publique (les dépenses publiques représentent 56 à 58 % du PIB), hors marché. Par ailleurs, les politiques de traitement social du chômage ont à leur tour éloigné des populations de l’emploi depuis les années 1970. Les jeunes en ont été les plus grandes victimes. Aujourd’hui 4 millions de personnes vivent dans un ménage touchant le RSA !
Plus que les aspects économiques, l’évolution des mentalités explique largement, selon Anne de Guigné, la dévaluation du travail. Le travailleur contemporain n’accepte plus ou moins la subordination, il veut être autonome ; paradoxalement, il a besoin de reconnaissance de ses supérieurs en même temps qu’il rejette la hiérarchie. Entre la généralisation du télétravail, la robotisation et la financiarisation de la détention des entreprises, le travail se déshumanise. Il se déconnecte de la réalité et perd en saveur dit-elle en rappelant la recommandation de Simone Weil de faire coïncider pensée et action dans le travail pour lui redonner sa dignité.
Elle dénonce aussi le travail qui ne paye plus. La France perd sa productivité et rogne la rémunération nette de trop de charges sociales. L’écrasement des salaires et les trappes à pauvreté du SMIC et des aides aux réductions de charges sur bas salaires ajoutent à une régression du salaire des cadres pour démotiver les salariés que par ailleurs désorientent les campagnes orchestrées autour des inégalités de rémunération et du retour des rentiers.
La France s’affaisse. En termes de PIB par habitant, elle est 25ème selon le FMI alors qu’elle était 11ème dans les années 1990. La dégradation de l’enseignement, initial et continu, n’y est pas pour rien ; la rigidité du droit du travail non plus. Selon les mots de Tocqueville, au-dessus des Français, l’Etat « élève un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort ». La solution à leurs maux est sans doute, conclut Anne de Guigné, que les Français s’octroient « par leur travail, le droit de veiller eux-mêmes à leur bonheur ». Elle a raison. Son petit livre est bienvenu et agréable à lire.
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