Dans un monde en tension, les électeurs se rallient volontiers à ceux dont les propositions sont les plus percutantes en même temps que les plus fiables et les plus novatrices. La droite française libérale démocrate ne gagnera les prochaine présidentielles qu’en affichant des convictions libérales cohérentes et déterminées.
La politique se tend comme un arc près de rompre. La guerre qui se propage y incline. Aux Etats-Unis, les excès wokistes de Kamala Harris ont permis à Trump, caricatural, de gagner. En France, le RN, en tête des sondages, et Mélenchon risquent de se faire face en duel présidentiel. En Angleterre, la scène politique se polarise désormais entre la droite plus affirmée de Farage qui engrange les défections des Tories et la gauche écolo-gaucho qui vient de gagner, ce 26 février, une élection dans le Grand Manchester contre le Labour. En Amérique latine la gauche a été partout défaite par ses échecs économiques et sa vacuité, sinon, à défaut d’élections libres, dans les bastions de quelques dictatures socialo-marxistes sordides, Cuba, le Venezuela et le Nicaragua. En Europe la droite dure gagne des points partout quand elle concentre son discours sur la menace du grand remplacement.
Les démocrates libéraux existent-ils encore en France ?
Oui, sans doute. Mais frileux. Une vraie droite libérale a voté Fillon à plus de 20% il y a six ans malgré toutes ses turpitudes ! Elle n’a pas disparu. Mais qui sait encore la mobiliser, lui faire envie ?
Notre monde est dans une vague de radicalisation des courants politiques. Les gens ne veulent plus de politiques à l’eau de rose, ils en ont assez des compromis permanents, des prudences qui confinent à l’inaction, des idées diluées et inutiles, des lâchetés et des abandons qui laissent le terrain libre à des voyous ou des profiteurs. Ils se méfient des ventres mous, des demi-mesures, des vaines promesses, des Starmer, des Macron et des von der Layen. Ils ne font plus confiance aux professionnels de la politique qui papillonnent « en même temps » ; pas plus qu’aux journalistes et aux partis. Certes, ils sont aisément complotistes pour stigmatiser, populistes « yakafokon ». Ils ne rejettent souvent un certain système médiatique décevant que pour succomber aux sirènes douteuses des fake news TikTok. De Charybde en Sylla, ils continuent d’attendre des messies comme tous les peuples du monde depuis que le monde est monde. C’est pourquoi ils aiment Poutine, Trump, Le Pen et Mélenchon, pourquoi ils « gobent » ce qu’ils leur racontent sans barguigner. Ils se réfugient volontiers dans des rêves qui sont des pièges tendus sur l’avenir illusoire d’idéologies dangereuses.
Un discours de vérité
Les électeurs sont pourtant prêts à écouter ceux qui leur tiendront un propos de vérité pour autant qu’il soit nouveau, clair, fort, lumineux, positif même s’il est sévère. Milei, Meloni, Sanae Takaichi au Japon, chacun différemment, ont eu un discours global, cohérent, intransigeant et exigeant. Ils n’ont pas gagné en agitant seulement des peurs et en semant la haine, mais en proposant de construire. Ils ne se sont pas recroquevillés sur un discours unidimensionnel et donc nécessairement faux, zemmourien, clamant qu’une immigration zéro était la panacée. Ils n’ont pas promis le ciel sur la terre qui génère toujours la terreur. Ils n’ont pas proposé du pain et des jeux, mais du travail et des efforts. « Force-les de bâtir ensemble une tour et tu les changeras en frères. Mais si tu veux qu’ils se haïssent, jette-leur du grain », écrivait Saint-Exupéry.
Il faut oser proposer des mesures nouvelles sans être hasardeuses puisqu’elles ont réussi ailleurs. Comme aux Pays-Bas, le bon scolaire peut permettre aux parents de choisir l’école de leurs enfants et de favoriser leur épanouissement autant que leur réussite (cf. les excellents résultats Pisa des Pays-Bas). Comme au Canada dans les années 1990, la baisse drastique des dépenses publiques peut être imposée à tous les ministères pour le bien du pays. Comme en Nouvelle- Zélande dans les années 1980, les aides agricoles peuvent-être supprimées, sans coup férir, et beaucoup de normes avec elles, pour rendre aux agriculteurs la maîtrise de leur vie et leur prospérité. Les subventions apparentes ou latentes aux entreprises peuvent disparaître en même temps que les impôts qui pèsent sur elles seraient réduits d’autant. Les actifs devraient pouvoir souscrire leurs assurances sociales librement auprès de compagnies ou mutuelles comme en Allemagne au-delà d’un certain niveau de revenu. Chacun devrait pouvoir opter pour une part de retraite par capitalisation comme les fonctionnaires et les élus français le font pour eux-mêmes. On peut utiliser les méthodes très efficaces d’emprisonnement des narcotrafiquants mises en Å“uvre par Bukele au Salvador dans le respect d’une justice plus prompte. On peut limiter l’immigration comme au Danemark sans être social-démocrate.
La nécessité au secours de l’audace
Pour offrir un programme audacieux, il faudra du courage. Mais sans cette audace, la chance de la droite libérale démocrate est nulle d’être au second tour de la présidentielle, puis d’emporter dans la foulée une majorité parlementaire. Proposer des réformes qui ne soient pas des réformettes est son seul moyen de distancer ses concurrents et de satisfaire à la fois aux besoins de la France et des électeurs dépités par tant de médiocrité et de vanité accumulées par le macronisme et tant de bassesse et de haine dans les bas-fonds du Nouveau Front populaire dont les membres continuent de se tenir la main sous le manteau.
S’engager dans cette voie exige des candidats un effort significatif pour abandonner les réflexes conformistes de la politique française phagocytée par la fonction publique qui nourrit les discours et les projets des élus. Il faudrait à beaucoup se débarrasser de leurs attachements publics qui logent la souveraineté dans l’Etat nourricier et qui se repaissent des subventions accordées avec l’argent des contribuables à des électeurs qu’ils transforment en mendiants ingrats.
David Lisnard annonce déjà des réformes systémiques qui le rapprochent d’un Milei français. Bruno Retailleau a pris de la notoriété dans l’exercice difficile de son mandat ministériel et les sondages lui en savent encore gré. D’autres représentants de ce qui pourrait être une droite libérale ont pris un peu d’épaisseur en résistant par exemple, avec Fx Bellamy, à la « normitude » européenne. Ils ont un souci éthique, une probité respectable, suffisamment de conviction pour pouvoir convaincre et emporter ensemble la mise à l’encontre d’autres postulants dont le ralliement sera indispensable. A condition toutefois qu’ils se débarrassent de leurs réflexes étatistes et protectionnistes. A condition aussi qu’ils sachent s’unir autant qu’oser les réformes systémiques que nous leur proposons.
Il est trop tôt encore sans doute pour dire lequel sera le meilleur pour gagner. Mais au-delà d’un certain temps, que personne ne connaît, il sera trop tard. L’heure aura sonné sans prévenir, d’autres auront pris la place en tête d’où il deviendra difficile de les déloger. La droite libérale aura perdu sa chance.
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14 réponses
Il ne faut pas se faire d illusions la dominante des programmes des élections municipales du 15 mars recèlent quasiment que de la démagogie et du clientélisme même dans des petites villes
Aucune mesure d économie
Le quoi qu il en coute est encore dans tous les esprits gaulois
Il en sera de même pour les présidentielles
La droite qui a voté pour F Fillon a 20% en 2017 n était pas libérale mais conservatrice souverainiste et etatiste dont une bonne partie a rejoint le RN
D Lisnard comme B Retailleau n ont aucune chance de réalisé le même score
Ils devront se contenter de 5% comme V Pecresse en 2022 dans le meilleur des cas
Le thème central de la prochaine présidentielle sera l’immigration (plus précisément la place de l’islam en France, mais chut) et la sécurité.
Ceux qui viendront avec des solutions ou des dénégations seront là au second tour.
Les autres ? Ils tiendront la chandelle !
« Aucune mesure d économie » ? Vous n’avez pas vu le programme de S. Knafo ?
Non, ici elle n’existe pas.
SI! et c’est bien la première fois qu’un programme m’intéresse autant.
Effectivement dans son programme il y a 10 milliards d économie a travers le non remplacement des départs naturels, la privatisation de la propreté ( régie municipale) gain 3 milliards, moratoire sur le logement social 5 milliards baisse des subventions aux assos 1 milliard sans oublier la vente du parc social pour 8 milliards pour diminuer la dette
Toutes ces mesures ne vont donner leurs effets qu a très long terme
Elle ne donne pas un échéancier clair de mise en œuvre
De même les gains escomptés sont ils sur une mandature de 6 ans????
Vous affirmiez pourtant « aucune mesure d’économie ».
Pourquoi penser qu’il faudrait plus de 6 ans pour privatiser la propreté, baisser les subventions aux associations, vendre le parc social et stopper le délire du logement social ?
Dommage de passer sous silence les mesures proposées par Sarah Knafo, de ne pas soutenir celle qui pour le moment à toutes les chances de faire bien bien plus que V. Pécresse et qui propose un vrai bon programme économique et de sortie de la collectivisation.
C est l exception qui confirme la règle
Privatiser la propreté comprend il le ramassage des ordures avec les centres de traitement afférents mais aussi l entretien quotidien de tous les locaux publics ( écoles, gymnases, piscines….)
On ne sort pas de 24 ans de on rase gratis en un claquement de doigts….
S Knafo a indéniablement du charisme, des idées, du punch et sait faire du buzz, mais pour le moment elle n a exercé que partiellement son 1er mandat européen
En tout cas, c’est bien de parler de son programme, de lui donner sa chance au lieu de l’amalgamer avec la démagogie et le clientélisme.
Quand on voit où en est la capitale, et le pays, avec ceux qui exercent intégralement leur mandat…
Pour commencer il faudrait que le candidat libéral remporte la primaire du centre et de la droite . Ce n’est pas gagné si on croit aux sondages actuels.
Il faudrait orchestrer le support de tous les libéraux à ce candidat.
Quelques simples questions après la lecture de votre article :
S’il existait un véritable courant de « droite libérale démocrate », (redondance ), monsieur Lecornu aurait il pu se maintenir aussi aisément au poste de premier ministre en pratiquant la politique de l’immobilisme qui finit de dévitaliser l’économie ?
Les membres de la direction de l’audiovisuel public, ainsi que certains directeurs de sociétés de production, pourraient il se permettre en toute impunité de prospérer en jouant avec les vides juridiques et les interprétations de la Loi, comme ils le font depuis des décennies et continueront à le faire ?
Qui peut croire que les politiciens que vous citez, qui vivent depuis des années de la politique, à l’echelon municipal, national ou européen , et sont donc impliqués à l’insu de leur plein gré, à un degré ou à un autre , dans la plupart des compromissions qui ont mis le pays dans cet état de grande fragilité, peuvent représenter une alternative crédible ?
Comme la classe politique dans son ensemble.
La solution est évidemment ailleurs mais il ne faut ni l’envisager ni l’exprimer selon la doxa conformiste.
Croyez-vous néanmoins qu’un nombre croissant de citoyens ne se rend pas compte de la situation présente et d’une nécessité de réformes libérales avant la prochaine entrée en démocratie populaire ?
Les Français sont lobotomises au collectivisme et à l’étatisme depuis 1936 (leon Blum) et renforcé en 1941 (Pétain). De Gaulle et Aron n’ont été qu’une parenthèse prolongée par Pompidou et Giscard, ce dernier très mal conseillé par l’ignoble Chirac. Mais bon : les Français ont voté 2 fois Mitterrand. Tant que le pays n’arrivera pas au niveau de pauvreté du Venezuela, les politiciens collectivistes ont de beaux jours devant eux.
Une équipe avec des objectifs communs clairement définis, un attracteur au secours de la prochaine présidentielle,une éloge de l’anti-manipulation,c’est à dire de la sincérité,célébrer la franchise,même lorsqu’elle nous dérange.Un Lisnard sinon rien.
Hormis un racisme social qui ne dit pas son nom, je ne comprends pas pourquoi le RN continue de constituer une inquiétude aux yeux de certains… Car, le fond de l’affaire est là : le « barrage républicain » (de Retailleau à Obono, ah ah !) n’est que l’autre nom du « tous contre les prolos réfractaires »… Ce n’est pas reluisant, moralement parlant ! Pour le reste, je ne connais pas de parti libéral en France… c’est social-démocratie et capitalisme de connivence à tous les étages, y compris dans la presse prétendument libérale. Le MEDEF et la CGT ont la même politique. Je crois que même sous l’Ancien Régime, avec la noblesse de robe, les pensions et les corporations, on n’était pas parvenu à un tel degré de collectivisme mental en France. Comme disait Bastiat, le village gaulois en est réduit à s’étriper tous les 5 ans pour se répartir la distribution des prébendes.