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mercredi 22 juillet 2026

L’investissement dans les startups est 3 fois plus important au Royaume-Uni qu’en France

Temps de lecture : 4 minutes

Les levées de fond dans les startups françaises et européennes ont fortement progressé au premier semestre 2026. Les capitaux investis en Europe restent cependant très inférieurs à ce qu’ils sont aux Etats-Unis. Mais c’est surtout l’approche très différente des investisseurs qui sépare les deux continents.

Les startups françaises ont levé, au premier semestre 2026, 4,58 milliards d’euros (Md€), soit 65% de plus qu’au premier semestre 2025, selon le baromètre du capital-risque réalisé par le cabinet de conseil EY. C’est le troisième meilleur premier semestre pour la French Tech depuis la période covid.

La France se diversifie…

Les montants levés en 2025 (7,39 Md€) ont presque été divisés par deux par rapport au pic de 2022 (13,49 Md€). Les 4,58 Md€ du premier semestre 2026 – qui représentent 62% des montants de toute l’année dernière – laissent donc espérer une hausse des investissements cette année. Comme le dit EY, « le capital est toujours disponible pour financer l’innovation ». C’est évidemment une bonne nouvelle.

Le cabinet de conseil tient à rappeler les atouts de la France : « une recherche de premier plan, des entrepreneurs reconnus mondialement, une excellence toute particulière dans les mathématiques, l’ingénierie, la santé, le spatial ou le quantique, ainsi qu’un écosystème de financement parvenu à maturité. »

De fait, notre marché est l’un des plus diversifiés d’Europe avec des leaders dans l’IA (Mistral, H Company, AMI Labs), le quantique (Pasqal, Alice & Bob, Quobly), l’énergie (Verkor, Electra, GravitHy), le spatial (Exotrail, Latitude, Unseenlabs), la robotique (Exotec, Wandercraft).

Les champions français existent. L’enjeu sera, dans les prochaines années, de leur permettre de changer d’échelle pour qu’ils s’imposent au plus haut niveau. « Mais dans un monde où les cycles technologiques s’accélèrent et où les positions acquises peuvent être remises en cause en quelques années seulement, rien n’est garanti. »

C’est pourquoi EY tient à rappeler qu’il est primordial de soutenir nos entrepreneurs, d’investir dans l’innovation, de favoriser l’industrialisation des technologies de rupture et de prendre place dans le peloton de tête de la concurrence mondiale. Le cabinet de conseil espère que la campagne de l’élection présidentielle de 2027 sera l’occasion de se poser les bonnes questions : « Comment financer la croissance de nos champions ? Comment accélérer le passage de la recherche au marché ? Comment attirer et retenir les talents ? Comment faire de l’Europe non seulement un marché, mais une puissance technologique ? »

… tandis que ses voisins se spécialisent

Si le capital-risque ne se porte pas trop mal en France, l’autosatisfaction n’est cependant pas de mise. Surtout si l’on se compare à nos voisins allemand et britannique.

La croissance de nos levées de fonds est certes spectaculaire (+65%), mais elle l’est aussi en Allemagne (+66%) et plus encore au Royaume-Uni (+97%). Outre-Rhin, 5,92 Md€ ont été levés au premier semestre 2026 et outre-Manche, 14,59 Md€ (3 fois plus qu’en France).

Au Royaume-Uni, les investissements sont portés par l’IA – à la fois par les modèles, la puissance de calcul, l’IA appliquée à la science – et confortent Londres comme première place technologique européenne. En Allemagne, ils sont concentrés dans la défense, la robotique, le spatial et l’énergie, ce qui fait dire à EY que « c’est une véritable réindustrialisation technologique qui se met en place » chez notre voisin.

Il semble donc que le Royaume-Uni et l’Allemagne ont choisi de se spécialiser, qui dans l’IA, qui dans les usines du futur, alors que la France fait feu de tout bois. L’avenir dira quelle stratégie fut la bonne.

Une forte augmentation des « mégatours » qui pousse à s’interroger

Les trois pays ont néanmoins un point commun : le marché se concentre et finance moins d’entreprises. Au Royaume-Uni, les 22 « mégatours » de plus de 100 millions d’euros (M€) accaparent 9,4 Md€ (+122%), soit près des deux tiers du marché. En Allemagne, 7 « mégatours » pèsent 3,6 Md€ (+115%), soit plus de 60% des capitaux.

En France, 7 opérations à plus de 100 M€ monopolisent près de la moitié des montants levés pendant ce premier semestre 2026. Les cinq plus importantes levées françaises (AMI Labs, Alan, Pennylane, Pasqal, Bionyra Pharma) représentent à elles seules près de 2 Md€ de financement.

L’Europe n’en reste pas moins très éloignée des Etats-Unis où les « mégatours » battent tous les records : 65 Md$ pour Anthropic au premier semestre de l’année, soit près d’un dollar sur trois investis au niveau mondial !

Il n’y a cependant pas que les montants en jeu qui distinguent le capital-risque américain de l’européen. Les investisseurs des deux continents ont des approches radicalement différentes, comme le montre une récente étude, pilotée par Audencia Business School et publiée dans la revue scientifique Small Business Economics.

Les Américains « accordent un poids important aux fondamentaux économiques : modèle d’affaires (83%), produit (74%) et taille du marché (68%) ». Ils scrutent « la scalabilité [ndlr : l’évolutivité] et la robustesse du modèle économique de l’entreprise » et privilégient « des approches prospectives fondées sur la croissance future et les scénarios de sortie ». Ils évaluent l’équipe dans son ensemble (cohésion, organisation, capacité de croissance).

Business model vs fondateur vedette

Les investisseurs européens, eux, accordent moins d’importance aux fondamentaux économiques (43% pour le modèle d’affaires et son adéquation stratégique) et s’appuient davantage sur les conditions de marché, la valorisation de l’entreprise comparativement à ses concurrents et les objectifs d’ouverture du capital. Ils privilégient la crédibilité personnelle, la résilience, la passion, la détermination et l’engagement du fondateur par rapport à l’équipe.

L’importante levée de fonds (selon les standards européens) d’AMI Labs – 890 M€ dès le premier tour de table – pourrait illustrer cette « faiblesse » européenne. Si un tiers du capital levé par la startup française est de sources américaines (contre 40% de sources européennes), il semblerait que les fonds de capital-risque de la Silicon Valley ne soient pas dans le tour de table.

Les investisseurs ont-ils privilégié une société capable de démontrer un avantage technologique fort, une ambition mondiale et une capacité à changer d’échelle rapidement, comme le pense EY ? Ou ont-ils tout misé sur son fondateur, Yann LeCun, professeur à l’université de New York, couronné du prix Turing pour ses travaux sur l’apprentissage profond (deep learning), ancien dirigeant du laboratoire de recherche en intelligence artificielle de Meta (Facebook, WhatsApp, Instagram) ?

Il faudra attendre quelques années sans doute pour savoir si les investisseurs français d’AMI Labs (Bpifrance, Groupe industriel Marcel Dassault, Publicis Groupe, Association familiale Mulliez, etc.) ont eu raison contre les fonds de la Silicon Valley.

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2 réponses

  1. Le rôle de l’État est d’anticiper et de créer des conditions favorables. En France, depuis « Tonton », on n’anticipe plus ,on réagit ou on sème des graines de calamité. Quant aux conditions, à l’évidence le mot favorable n’est pas dans la préoccupation majeure de nos présidents successifs depuis 50 ans, avec mention spéciale et prix de la persévérance pour les deux derniers en date.

  2. « De fait, notre marché est l’un des plus diversifiés d’Europe avec des leaders dans l’IA (Mistral, H Company, AMI Labs), le quantique (Pasqal, Alice & Bob, Quobly), l’énergie (Verkor, Electra, GravitHy), le spatial (Exotrail, Latitude, Unseenlabs), la robotique (Exotec, Wandercraft). »

    Qui connaît ces leaders dans le grand public ? Qui du grand public peut investir un copek dans ces entreprises ? A quoi servent donc le Nouveau Marché, Euronext, Euronext Growth ?

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