Le titre du dernier ouvrage de Kevin Brookes est passablement léniniste, mais, rassurons immédiatement nos lecteurs, le contenu est, lui, bien de sensibilité libérale… Le bref livre que l’actuel directeur du think tank Génération libre vient de publier est très accessible et il se lit d’un trait. Il se fonde sur une expérience politique nourrie de collaborateur de député ou de sénateur. De là, quelques anecdotes savoureuses, mais là n’est évidemment pas l’essentiel.
Lorsque l’on lit le terme d’élites aujourd’hui, a fortiori celui d’élite au singulier, on rencontre souvent des populistes, de droite comme de gauche. Tel n’est pas le cas de notre auteur. Dans son introduction éclairante, il précise qu’il entend par élites uniquement l’expression d’élites politiques qui recouvre non seulement ceux qui vivent au niveau national de leurs activités politiques, mais aussi, et nous dirions peut-être surtout, ceux qu’il nomme les acteurs administratifs qui exercent un rôle déterminant sur l’orientation des politiques publiques, en un mot les bureaucrates de haut niveau (pp. 11-12).
Si le ton est mesuré, le fond du propos est sévère et certaines réformes suggérées sont radicales. « Que faire de nos élites politiques ? » : il faut en changer pour en diminuer le nombre et juguler leur capacité de nuisance. Car, n’en déplaise aux populistes, les élites, à savoir ceux qui excellent dans leur domaine, sont indispensables. Dans le domaine politique également, mais il faut s’entendre : des élites responsables, mises en concurrence et surtout modestes (p. 64). Nous en sommes loin.
Le constat, nous le disions, est rude. Kevin Brookes se lamente -l’avis des spécialistes est largement partagé- de la baisse abyssale du niveau de nos élites politiques. Un constat qui, au demeurant, n’a rien de surprenant, puisque cette baisse accompagne -l’auteur nous dirait : cause en grande partie- celle des citoyens. L’amoindrissement du niveau des élites politiques suit comme son ombre portée leur regrettable professionnalisation au sein d’une « République des privilèges » qui constitue le premier des quatre chapitres, plus spécifiquement consacré aux hommes politiques.
Le second chapitre traite, lui, de la « République des sachants », plus spécifiquement consacré à la haute administration. Là encore, le constat livré est sans détour : notre pays n’est pas gouverné, mais administré (p. 46). Nous ajouterons que la description faite est difficilement contestable, mais qu’elle n’en est pas moins piquante. Car l’Ecole nationale d’administration n’a pas été conçue pour cela par Michel Debré et le changement de République en 1958 devait au contraire traduire une reprise en main de la bureaucratie par le politique après la désastreuse expérience de la IVe République à cet égard.
Le troisième chapitre s’attaque aux coût induits par cette « République des privilégiés et des sachants ». Kevin Brookes ne s’en tient pas à l’aspect comptable, affligeant en lui-même. Il élargit son propos à ce que nous qualifierons de légicentrisme français, à la complexité bureaucratique (pp. 55 et suivantes), à l’État-nounou cher à notre ami Mathieu Laine (pp. 57 et suivantes).
Le quatrième chapitre entend tirer les leçons du bilan établi lors des chapitres précédents. Son titre répond à la question de l’ouvrage et il annonce clairement la couleur : « Sans nos élites politiques ». Oui, la France a besoin d’élites, mais pas celles qui « empêchent, taxent, réglementent, interdisent et subventionnent » (p. 63). Nous le disions en liminaire : les développements sont clairement et explicitement libéraux. Ce qui a au premier chef retenu notre attention, c’est la division intitulée : « Dépolitiser » (pp. 65 et suivantes), pour la simple et bonne raison que nous plaidons depuis toujours en faveur de la dépolitisation du pays. Nous sommes donc sur la même longueur d’onde que l’auteur et cela démontre (bien évidemment…) ses hautes qualités. C’est ici que le rejet du populisme se fait singulièrement sentir et nous l’exprimerons selon nos propres termes : pas question de proposer que les questions soient tranchées par un « peuple » qui ne se trompe jamais en votant « bien » L’auteur expose dans la même veine que « toute décision n’a pas à être prise collectivement » (p. 66). Il suggère également une large décentralisation selon les principes de la subsidiarité, laquelle se déclinerait également dans le domaine fiscal, ce que nous appellerons la subsidiarité fiscale (pp. 75-76).
Kevin Brookes propose en passant -l’ouvrage étant d’un format limité, il va de soi qu’il était impossible à l’auteur de développer ses propositions- d’autres réformes radicales, telles la suppression du statut de la fonction publique, que l’Iref soutient depuis longtemps -la suppression, pas la fonction publique…- ou encore l’obligation faite aux fonctionnaires de démissionner lorsqu’ils se présentent à une élection (pp. 78-79), mesure que nous prônons périodiquement.
Du fait du format de l’ouvrage, la procédure à suivre pour la mise en place de telle ou telle réforme suggérée n’est le plus souvent pas explicitée, par exemple lorsque l’auteur souhaite un « taux unique d’imposition » (p. 72), autrement dit un impôt proportionnel, ce qui supposerait rien moins qu’une révision constitutionnelle compte tenu de la jurisprudence du Conseil constitutionnel, ou bien le fait de soutenir une proposition alternative, comme le fait l’Iref, à savoir la mise en place d’une exonération, puis de taux réduits, ce qui permettrait de passer sous les fourches caudines du Conseil.
De manière plus large, la brièveté du livre ne permet pas vraiment de trouver la -très difficile- recette pour échapper à ce que Milton Friedman appelait au début des années 1980 « la tyrannie du statu quo ». Comment se débarrasser de nos élites politiques ? Kevin Brookes approche du sujet en fin d’introduction (p. 15) lorsqu’il parle de deux conditions pour s’en défaire : que la population accepte de se délester de ses lambeaux de privilèges et que des réformes permettent de faire primer la société civile sur l’État. Mais comment en pratique faire prendre conscience aux individus de leur servitude volontaire et comment la société civile peut-elle en pratique effacer l’État dans ses missions non régaliennes ? Vaste question, eût-dit le Général !
Bon résumé-recension lue après la lecture du petit livre ! La solution est de donner les moyens aux élus de s’appuyer sur le peuple pour contrer l’exécutif excessif et une administration sans aucune légitimité autre que les diplômes scolaires et la cooptation. Cela s’appelle le RICC Referendum d’Initiative Populaire Constituante.
Une des causes de la baisse de niveau des élites en France tient à la mondialisation : si vous êtes doué, vous gagnerez bcp plus en travaillant à l’échelle mondiale plutôt qu’à l’échelle d’un petit pays en déclin.
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2 réponses
Il faut tous les parquer afin d’éviter qu’ils continuent à nuire ! les français iront leur jeter des cacahuètes !
Bon résumé-recension lue après la lecture du petit livre ! La solution est de donner les moyens aux élus de s’appuyer sur le peuple pour contrer l’exécutif excessif et une administration sans aucune légitimité autre que les diplômes scolaires et la cooptation. Cela s’appelle le RICC Referendum d’Initiative Populaire Constituante.
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