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dimanche 10 mai 2026

Le gouvernement a organisé la pénurie des médicaments

Temps de lecture : 4 minutes

pénurie de médicaments en France

Le 18 septembre 2025, neuf pharmacies sur dix ont fermé leurs portes. Les pharmaciens contestent la réduction des marges qui leur est imposée et menace la viabilité de leurs officines.  Mais ce n’est qu’un rouage dans un processus de production et de vente des médicaments, si réglementé et contraint qu’il crée la pénurie. L’épidémie de Covid a pris fin, pourtant les médicaments en rupture sont toujours nombreux alors même que certains sont d’importance vitale pour des patients.

Un arrêté du 4 août 2025 abaissant les remises sur les médicaments génériques de 40 % à 30 % dès septembre, avant une baisse prévue à 20 % d’ici 2027, a mis le feu aux poudres dans les pharmacies. Mais tout le système est sous pression.

Des prix administrés sur les médicaments en France

Pour qu’un médicament soit mis sur le marché, il doit d’abord obtenir une autorisation de mise sur le marché, l’AMM, donnée généralement par la Commission européenne après avis favorable de l’European Medicine Agency (EMA) en fonction d’une balance bénéfice/risque sur la base d’études contrôlées visant à démontrer son efficacité, sa sécurité d’emploi et sa qualité pharmaceutique. Puis une seconde phase, dite de Health Technology Assessment (HTA), permet à chaque pays de décider du prix et du remboursement.

En France la Haute Autorité de santé (HAS) s’en charge sur la base de deux critères principaux, de nature clinique, le service médical rendu (SMR) et l’amélioration du service médical rendu (ASMR). Il s’agit d’abord de déterminer si le médicament a suffisamment d’intérêt pour être remboursé. A cet effet il est classé selon 4 niveaux de SMR (important, modéré, faible, insuffisant) qui conditionnent le remboursement et son niveau. Le médicament est également évalué selon son niveau d’ASMR qui détermine le progrès qu’il apporte par rapport aux traitements disponibles. Ce qui permet au comité économique des produits de santé (le CEPS) de fixer le prix des médicaments en s’appuyant encore, pour les plus innovants, sur une étude coût-efficacité, éventuellement complétée d’une analyse d’impact budgétaire.

Des prix brouillés sur les médicaments dits innovants

Les médicaments dits innovants, ayant une ASMR I à III, voire IV,  bénéficient d’un prix facial ou « prix liste » qui n’est pas inférieur au prix le plus bas pratiqué sur 4 autres grands marchés européens (Allemagne, Espagne, Italie, Royaume Uni) et qui peut tendre vers le prix le plus élevé de ce panel si le produit est fabriqué en France.
Ce prix liste est accordé pour permettre aux laboratoires pharmaceutiques de vendre leurs produits à un prix de marché à l’étranger. Cependant, pour réduire en France le prix qui sera remboursé par l’Assurance maladie, et qui n’est pas rendu public, il est exigé du laboratoire qui produit le médicament de reverser à l’Assurance maladie des remises dites conventionnelles dont le montant total a, selon la Cnam, augmenté de 7,5 milliards d’euros en sept ans pour atteindre 9,06 milliards en 2024. Ces remises sont fixées selon de nombreux critères : volume, performance, bon usage, durée du traitement…

« En réalité, observe l’Assemblée nationale,  très peu de personnes connaissent réellement le coût exact d’un médicament, entre le prix facial inscrit sur l’ordonnance, les remises confidentielles, les négociations à chaque étape de la chaîne de fabrication… ». Les prix deviennent aléatoires. Et ils sont les plus bas d’Europe, « de 10 % inférieurs à la moyenne européenne, et même de 30 % inférieurs s’agissant des molécules dites essentielles » observe Mme Laurence Peyraut, directrice générale des entreprises du médicament (Leem) qui ajoute que ces entreprises, qui supportent une fiscalité particulièrement élevée, « présentent ainsi la quatorzième rentabilité la plus basse des dix-huit pays européens ». Entre 2010 et 2020, la baisse du prix des médicaments en ville a été en moyenne de 4,2% par an et la baisse s’est poursuivie plus modérément depuis.

Certes, la plupart des autres pays développés pratiquent des méthodes d’autorisation et de fixation des prix du même genre. Et il est très difficile de comparer les systèmes existants eu égard à l’opacité qui préside notamment aux négociations entre les autorités de régulation médicale et les industriels de la pharmacie.

Il reste que pour réduire ses remboursements la France n’accorde qu’avec parcimonie ses notes ASMR, ce qui retarde ou empêche l’introduction sur le marché de certains produits innovants. Par ailleurs, elle a tellement baissé ses prix qu’en cas de rareté elle peine à être servie par ses fournisseurs étrangers. La faiblesse des prix incite les industriels français à fabriquer ou acheter des produits provenant de pays à faibles coûts où la sécurité d’approvisionnement n’est pas toujours assurée ni la substitution toujours possible : les principes actifs proviennent pour 80% d’Asie.

Responsabiliser davantage le patient dans sa consommation médicale

Plutôt que de multiplier les normes, les autorisations, les contraintes (jusqu’à régir les ventes des « médicaments d’intérêt thérapeutique majeur » -MITM-), les prélèvements, les remises, la France gagnerait sans doute à libérer les industriels de la pharmacie et à rendre chaque patient plus responsable de sa consommation médicale. Aujourd’hui, il ne paye quasiment pas ses médicaments prescrits et ne connaît pas le coût de son assurance dont le montant apparaît sur sa fiche de paye de manière éparse. Avec l’Allemagne, la France est le pays européen dont le système de santé est le plus onéreux (> 12% du PIB). Avec Chypre, elle est celui où le reste à charge des patients est le plus faible : 8 % à Chypre, 12 % en France et 18 % en Allemagne.

Mais en Allemagne, 10% de la population est couverte par des assurances privées, ce qui introduit de la concurrence, et les prix des nouveaux médicaments n’y sont négociés qu’après leur mise sur le marché pour mieux estimer leur valeur thérapeutique.

En permettant à ceux qui le souhaitent de s’assurer librement auprès d’assureurs ou mutuelles privés, la vérité des prix pourrait se rétablir et faire cesser la pénurie. En attendant, il serait possible de réduire le coût des assurances sociales, pour redonner du pouvoir d’achat aux actifs, tout en imposant des franchises significatives aux assurés, en pourcentage des prix des médicaments, pour faire naturellement baisser tout à la fois les prix des médicaments et leur consommation.

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6 réponses

  1. Le numerus clausus a créé les déserts médicaux, la réglementation du prix des médicaments a causé leur pénurie : les incompétents de la caste auront réussi à casser la France jusqu’au domaine de la santé, géré de façon dirigiste. Combien de temps encore l’idéologie gauchiste bien-pensante mais à ce point malfaisante va-t-elle encore pouvoir masquer les faits à une population méthodiquement décérébrée par la propagande ?

    1. Réponse simple, mon cher Watson, contenue dans la question ! :
      « Aussi longtemps que la propagande saura méthodiquement décérébrer la population ».
      Et ça, vous en conviendrez malheureusement avec moi, c’est pas près non seulement de cesser, mais de faiblir…

  2. Si vous voulez, à titre personnel, payer moins cher vos frais de santé, ne prenez pas de mutuelle santé. Ou alors au mieux, une mutuelle qui ne couvre que l’hospitalisation.
    Vous êtes systématiquement perdant, le coût de vos cotisations étant toujours supérieur à vos remboursements.
    Sauf dans un cas de figure : si vous êtes très jeune (cotisations faibles) et très malade (remboursements élevés)…

  3. Ce qui est rare est cher, dit un proverbe. En France, le médicament est rare mais bon marché. Ce qui permet à des américains d’amortir leur voyage, en faisant leurs courses dans nos pharmacies, accentuant ainsi le manque de médicaments. Quant aux labos, ils choisissent de vendre dans des pays où leur rémunération est meilleure.
    La France du nivellement par le bas préfère réduire les stocks disponibles, comme elle réduisait avec Elisabeth Guigou, le numérus clausus. Alors, c’est sûr, sans médecins et sans pharmacies, le Budget de la Sécu sera équilibré. Je pense que la solution est ailleurs.

  4. Tant que nous n’aurons pas un président qui mette un coup de pied dans le gauchisme de l’éducation nationale et des médias, nous continuerons de tomber dans les limbes. Les Français, mal formés et mal informés, votent… mal.

  5. @Joe Bar
    Les salariés n’ont plus le choix, mutuelle d’entreprise obligatoire, et c’est l’employeur qui décide des garanties !
    Si au moins ça ouvrait la porte au passage à la privatisation de la santé et à la fin de la Sécurité Sociale, mais…. non bien sûr, ils tiennent trop à la gestion par les « partenaires sociaux ».

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