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samedi 30 mai 2026

Le « peuple » a-t-il toujours raison ?

Temps de lecture : 4 minutes

D’après nos populistes de droite comme de gauche, le « peuple » français ne se trompe jamais. Vraiment ?

L’antiélitisme a atteint sans doute, nous ne dirons pas son point culminant car la bêtise est infinie, mais son niveau le plus élevé depuis que Tocqueville dissertait brillamment sur les affres de la démocratie. Malheureusement, cette défiance envers les élites, pis contre une prétendue élite, ne se manifeste pas qu’au  café du commerce ; elle se déchaîne dans le débat politique. On peut y voir avec raison une des conséquences délétères d’internet, dopé par l’intelligence artificielle. Combien de membres de professions libérales ont-ils croisé des clients persuadés de savoir mieux qu’eux la manière de traiter leur dossier, notamment juridique ou médical ? Lire trois articles sur internet suffit à quelques simples d’esprit pour donner des leçons au chirurgien doté de trente années d’expérience…

En réalité, Tocqueville avait remarquablement analysé à quel point chaque individu, l’égal de tout autre en matière de votation, pensait que rien ne pouvait légitimement surpasser sa propre opinion, même si en définitive  – paradoxe apparent – c’était « l’opinion générale » qui tendait à régner en démocratie. Les « supériorités », ceux qu’on appelait au XIXe siècle les « capacités », sont au mieux méprisées, au pis délaissées et il n’est pas besoin d’être un anarcho-capitaliste pour s’en convaincre…

Le populisme majoritaire

Les derniers sondages montrent que la moitié, voire plus de la moitié, des personnes interrogées portent leurs vœux sur des partis en apparence très opposés (La France insoumise et le Rassemblement National), mais en fait très proches à beaucoup d’égards du fait de leur populisme. Le discours simpliste met toujours en scène deux entités : les élites  – ou pis, on l’a dit, l’élite  – et le bon « peuple », dont le parti considéré prétend exprimer de manière monopolistique les idées. Par définition mauvaises, les élites se déclinent de manière distincte suivant les mouvements ou les idéologies : certains viseront les « riches », ces vampires qui sucent le sang des pauvres ; d’autres les immigrés, ces profiteurs qui volent le pain des « Français de souche » ; d’autres encore les Américains, le libre-échange, la mondialisation, les « mondialistes » chers aux souverainistes de tous poils ou encore, bien entendu au haut de la liste, les ignobles libéraux, tous des boucs émissaires.

Le discours simpliste des défenseurs du « peuple » pose que ce dernier a toujours été berné ou subjugué par cette ou ces élites exploiteuses. Dès lors, le peuple Français n’est en rien responsable de la situation catastrophique et il n’a pas à « payer » pour les autres, il n’a pas à faire des « efforts », lui qui paye pour tous depuis toujours sans jamais rien recevoir de l’État.

Les mauvais choix des Français

Nous passerons sur le fait qu’un foyer fiscal sur deux est bénéficiaire net de l’État providence, 57 % précisément, pour nous concentrer sur les votes des Français depuis les années 1980. Car enfin qui a voté en faveur des incompétents qui ont successivement gouverné ?

On nous objectera qu’en réalité, les Français n’avaient guère le choix en dépit des apparences. Nous nous focaliserons sur les élections présidentielles, puisque, en vertu de la pratique des institutions, même si elle est regrettable, elles commandent tout. Le manque  de choix est un argument non dénué de fondements. Prenons la dernière élection du chef de l’État. En 2022, 12 candidats se sont affrontés, dont au moins 6 extrémistes, 4 à gauche et 2 à droite. Le second tour s’est réduit à un affrontement entre un président au bilan déjà particulièrement mauvais et une Marine Le Pen au programme économique et social désastreux. Les Français ont donc, comme souvent, voté pour le « moins pire ».

La sanction des mauvais présidents de droite

L’absence de choix véritable s’est aussi fait sentir lorsqu’un chef de l’État de droite se représentait avec son mauvais bilan et que, par conséquent, il ne méritait pas d’être réélu. Telle a été la situation en 1981 ou en 2012. Que fallait-il faire alors : voter en faveur de Giscard et son « socialisme de droite », le moins mauvais à défaut d’être le meilleur, ou bien en faveur d’un Mitterrand dont la dangerosité du programme et des alliés sautait aux yeux ? Voter en faveur d’un Nicolas Sarkozy qui, comme Giscard, comme l’ensemble des chefs de l’État depuis la première crise pétrolière, a commis la lourde erreur d’étatiser plus encore le pays au prétexte de résoudre une crise, ou bien en faveur d’un François Hollande à l’évidence nullement taillé pour la fonction ? Le choix était encore plus contraint en 2012 qu’en 1981, car le « tiers homme » s’appelait alors François Bayrou, et non plus le Jacques Chirac version plus ou moins libérale, entre son « travaillisme à la française » du milieu des années 1970 et son antilibéralisme croissant à partir de la fin des années 1980.

Le cas emblématique de 2002

Les Français semblent donc avoir des circonstances atténuantes. Cela a-t-il toujours été le cas ? Certainement pas. Prenons d’abord l’exemple de 1988. Un autre choix était proposé aux Français que l’affrontement entre Mitterrand et Chirac : c’était celui de Raymond Barre, un conservateur bon teint, qui a finalement échoué à la troisième place. Mais l’élection présidentielle de 2002 offre le cas le plus remarquable. Seize  candidats s’affrontent alors : un record. Et parmi ces candidats se trouve le plus grand libéral (nous allions dire le seul jusqu’alors) de la Ve République : Alain Madelin. On connaît la suite : le candidat de Démocratie libérale est arrivé en 10e position avec à peine plus de 1,1 million de suffrages, soit moins de 4 % des voix. Cela signifie donc que plus de 28 millions de Français n’ont pas  voté pour lui. Rappelons que plus de 1,6 million d’entre eux ont choisi dans le même temps Arlette Laguiller ! Question : si le « peuple » qui est, paraît-il, si clairvoyant, avait élu Alain Madelin, en serions-nous là aujourd’hui ? Poser la question, c’est déjà y répondre…

Bien au-delà du cas de 2002, il ne faut pas oublier que les hommes politiques deviendront libéraux lorsqu’ils auront intérêt à l’être (nous paraphrasons ainsi Ludwig von Mises). Se défausser de ses responsabilités sur de prétendues élites ou se lamenter de l’absence systématique de choix aux diverses élections ne tient pas. Force est de constater qu’une majorité de votants a fréquemment fait le mauvais choix en faisant gagner des démagogues ou en privilégiant son petit confort apporté par l’Etat providence le plus pesant de l’univers (la retraite à 60 ans, les 35 heures, les millions de postes de fonctionnaires créés, les centaines de milliards d’euros versés en aides et autres subventions chaque année, etc.). Que chacun balaye donc devant sa porte au lieu de systématiquement se défausser de ses responsabilités. Et qu’il vote pour le plus libéral de manière systématique, ou en tout cas pour le moins antilibéral !

Illustration de couverture ©rawpixel sur Freepik

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20 réponses

  1. Nous sommes dans une société complexe, devenue hermétique au « bon peuple » qui se laisse facilement emporter par des idées simples, telle que l’idée qu’il pourra toujours agir sur son évolution en votant ou en manifestant.
    Dans ce contexte des hommes politiques avides, sans véritable vision, utilisent massivement la propagande sur l’audiovisuel public et censurent les opposants (ex. : C8) pour se maintenir au pouvoir. Ils s’efforcent de décérébrer la population en abaissant le niveau scolaire (ce n’est pas une circonstance fortuite) et en évitant de l’instruire sur le fonctionnement des institutions, dont l’opacité permet toutes les manoeuvres, parfois même très discutables au regard de la Constitution.
    Cette autocratie de caste s’exerce contre le peuple, les dénis de démocratie étant multiples depuis le référendum sur le traité européen de 2005. Ainsi, le parti socialiste n’a aucun scrupule à revendiquer des postes ministériels avec 1,7 % des voix.
    Ce que révèle la période actuelle, c’est que le peuple refuse désormais ce simulacre de démocratie. L’illégitimité de la caste l’entraîne inéluctablement à accroître la pression pour se maintenir, ce qui fait monter le rejet et bientôt la violence, les voies démocratiques ayant été obstruées.

  2. Raymond Barre :
    15% d’inflation annuelle.
    Résultat Mitterrand élu.
    Maire de Lyon :
    Résultat : Colomb élu, puis Doucet après lui.

    Par contre vous avez oublié un anti-maastrichien
    , Philippe SEGUIN, qui aurait pu se présenter sans la présence du centriste du milieu.

      1. L’inflation était aussi et surtout due au laxisme monétaire suite à la fin du système de Bretton Woods. Et l’inflation a duré après, à ceci près qu’elle s’est essentiellement nichée dans le prix des actifs financiers et immobiliers.

  3. Le « peuple » est la marionnette des tromperies politiques orchestrées par les medias d’état et les partis eux même.
    Arrêtez de l’accuser!
    Le coup d’état médiatico-judiciaire, (flagrant délit) de l’élection de Macron, (ENORME) est passé quasiment inaperçu, même a ses victimes (et aux complices LR, Les Renégats)!
    Le « peuple » s’est encore bien fait avoir.
    Vous même écrivez un article sur le sujet sans même l’évoquer! Tabou?
    Comment voulez vous que le « peuple » s’y retrouve quand la malhonnêteté et l’inconscience des élites atteind ce niveau…
    Votre titre devrait être:
    « Le « peuple » se fait il toujours avoir? »

  4. C est la réponse du berger à la bergère . Les élites se pensent très clairement au dessus de la mêlée , alors elles méprisent sans vergogne les partis démagos dits « populistes ». On voit d’ailleurs bien dans ce terme le mépris d’un peuple auquel ils ne semblent pas appartenir , ne disent t il pas « cordon sanitaire » ? C’est tout un point de vue. Pour eux le peuple pue , il a la gale , il faut le soigner , l' »éduquer » , et surtout s’en protéger. Or ceux qui se réclament des élites se trompent tout autant que le peuple. Cf le dernier livre de Fitoussi . Le problème c’est que les erreurs des élites se payent plus cher que celles d’un individu du peuple. Le vers dans le fruit est de penser qu’une personne issue des élites a plus de bon sens et/ou d’éthique qu’une personne du peuple . C’est d’ailleurs cela la démocratie . Si une personne pense différemment , alors elle n’est tout simplement pas démocrate . L ‘autre vers dans le fruit est la différence de statuts , la différence de régimes , la différences de droits que nos élites ont mises en place (pour être élus) , les élites accusent le peuple de se conduire en clients , mais qui a rendu possible ce clientélisme ? Qui est le plus coupable entre le corrupteur et le corrompu ? C’est le corrupteur , car lui avait le pouvoir de corrompre .

  5. Le peuple a parfois raison, c’est à dire est dans le sens de l’histoire, et parfois tort, depuis la démocratie athénienne. Ce qui est sûr, c’est qu’une élite qui se croit plus éclairée que le peuple et qui se maintient contre le peuple a forcément tort…

    1. Et encore, si c’était vraiement une « Elite » ça serait un moindre mal…. Franchement apposer un panneau « hôpital psychiatrique » à l’entrée de l’assemblée nationale ne serait pas un non sens… A l’Élysée non plus…

  6. Les IA et Internet plus globalement permette « au peuple » de vérifier les dires des « experts » et autres politiciens. Cela dérange évidemment ces derniers, car de ce fait, ils ne sont plus détenteurs de la « vérité »… Ils peuvent être challengés par « le peuple », le truc de fou !
    Le « peuple » n’a clairement pas tout le temps raison, mais clairement, désormais, il a des possibilités de correction.
    C’est censé être le boulot des journalistes quand ils interviewent des « experts » ; choses qu’ils ne font pas…

  7. Pour que la démocratie fonctionne, il faut que le peuple reçoive une instruction qui lui permette de comprendre les règles de ce monde. Même dans l’hypothèse ou l’instruction serait honnête (loin d’être le cas car l’eductation et les médias sont infestés par la gauche), ce serait compliqué pour beaucoup…

    Concrètement, la démocratie n’est qu’un cas particulier des diverses formes de totalitarisme. Elle a juste l’avantage de faire croire au peuple que c’est lui qui choisis son dirigeant. Ça a le mérite de calmer un peu la populasse…

    1. @Hervé « populasse…  » et vous , vous en êtes ou pas de la « populasse » ? C’est juste pour savoir . Si non , merci de me dire d’où vous parlez , si oui, ça vous calme ?

  8. La France est un pays conservateur et corporatiste et c’est valable pour la grande majorité des libéraux qui sont pour la plupart des planqués ayant surtout eu pour eux leur appartenance d’un classe d’âge ayant fait pendant un demi siècle la pluie et le beau temps aux élections, ce qui conduit à la maltraitante des jeunes générations pour qui « libéralisme » est devenu synonyme de « gérontocratie » car il devient ardu de trouver un libéral ayant moins de 75 ans, ou alors dans des métiers en connivence avec l’Etat (notaires, taxis, pharmaciens…)

    1. @O je n’ai pas la même vision que vous. Il n’y a que très peu de libéraux en France et ce quelque soit la classe d’âge. Les retraités ne le sont pas plus que les autres (peut être même moins , dépendants comme ils le sont du système de répartition) . Sinon, étant la classe la plus choyée (car la plus nombreuse de l’électorat) , nous serions dans un régime libéral depuis longtemps. Les jeunes ont en haine le libéralisme car bien qu’étant dans une société ultra étatisée , on leur serine toute la journée que nous sommes dans un monde ultra libéral que le capitalisme est le mal absolu . Alors ils attribuent à tort , tous leurs problèmes à un libéralisme fantasmé et au capitalisme .

    1. Le certificat d’études primaires d’avant-guerre était plus exigeant que le bac d’aujourd’hui, ce qui pourrait expliquer un électorat moderne apparemment moins éclairé et un parlement plus décadent.

    2. Le certificat d’études primaires d’avant-guerre était plus exigeant que le bac d’aujourd’hui, ce qui pourrait expliquer un électorat moderne apparemment moins éclairé et un parlement plus décadent.

  9. votre article sur le seul candidat libéral a l’élection présidentielle : Madelin
    pour ma part , je suis libéral et les idées économiques et fiscales de Madelinme convenaient bien .
    j’aurai voulu voter pour lui
    mais vu son absence de popularité ( 4%)
    mon vote aurait été perdu , inefficace
    j’ai donc , comme vous l’indiquez voté pour le moins anti libéral des candidats éligibles
    cqfd

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