Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 approchent à grands pas, et dans beaucoup de petites communes rurales, les prétendants à la mairie ont une même préoccupation : sauver l’école du village. Une solution existe pour endiguer la vague de fermetures de classes demandées par le ministère de l’Education : le chèque éducation.
Entre 1985 et 2025, 17 616 écoles ont été fermées par l’Etat. Elles étaient 60 059, elles ne sont plus que 42 443 quarante ans plus tard. Ce sont surtout les campagnes qui sont touchées : entre 60 et 70 écoles rurales disparaissent tous les ans depuis 2019. Les territoires perdent leurs habitants, ce qui entraîne en toute logique une baisse du nombre d’écoliers et le ministère estime alors qu’il est trop coûteux de garder des écoles presque vides.
Plus généralement, le premier degré de l’enseignement public a perdu 500 491 élèves depuis 1996. Selon des projections du ministère de l’Education nationale, entre 2024 et 2029, les effectifs scolaires devraient diminuer de 556 000 élèves.
Pas d’école, pas de vie
Dans certaines régions, les clôtures de classes se sont enchainées de façon drastique : dans le bassin de vie de Saint-Chély d’Apcher, en Lozère, 36 écoles ont fermé, soit une baisse de 76,6 %. Pour le bassin de vie voisin de Saugues, la baisse est même de 93,8 % ! Le nombre de communes sans école en France est passé de 9 070 en 1982 à 14 063 en 2025. D’où, bien sûr, une cascade de désagréments pour les habitants, dont notamment les temps de trajets quotidiens pour rallier l’établissement le plus proche. Un autre inconvénient est que, avec le regroupement des centres scolaires, le nombre d’élèves par classe augmente.
La particularité des petites écoles rurales est d’avoir un enseignant avec plusieurs classes. Selon certains spécialistes, ce système de classe unique à multiniveaux développe l’entraide entre les écoliers, leur autonomie, et permet un apprentissage facilité des fondamentaux et une progression plus rapide pour les meilleurs élèves. Pour Angela Barthes, professeure en sciences de l’éducation à l’université d’Aix-Marseille interrogée par Franceinfo, « à niveau social égal, les écoles rurales réussissent mieux que les écoles urbaines ».
La fermeture d’une école dans les petites communes est un déchirement social. Les jeunes parents ne s’y installant pas, elles deviennent de plus en plus des villages de retraités. Toujours selon Angela Barthes, les fermetures imposées « ne tiennent absolument pas compte de ce que la présence de l’école apporte aux villages, aux élèves, à la vie locale ». Anne Coffinier, dans une tribune pour le journal La Croix, renchérit en expliquant que « lorsqu’une école rurale ferme, c’est le village tout entier qu’on assassine. Cet acte de rationalité budgétaire conduit à une désertification contraire à tous les efforts d’aménagement du territoire réalisés jusque-là. »
Mais peut-il en être autrement quand l’enseignement est géré par un ministère de l’Education déconnecté de ces réalités ? Le centralisme et la logique étatiste derrière la gestion de l’enseignement en France ne peuvent pas apporter de solutions à la désertification rurale. Alors que la subsidiarité peut au contraire mettre fin à cette spirale. Le chèque éducation est une arme puissante de ce possible changement de paradigme.
Plus d’autonomie, plus de liberté, plus de responsabilité : le chèque-éducation
L’un des promoteurs du chèque éducation (ou voucher) est l’économiste libéral Milton Friedman, qui en a théorisé le fonctionnement dans son ouvrage Capitalisme et Liberté (1962) : « Les gouvernements pourraient exiger un niveau minimum de scolarisation financé en accordant aux parents des bons échangeables contre un montant maximal déterminé par enfant et par an, à condition qu’ils soient dépensés pour des services éducatifs « agréés ». Les parents seraient alors libres de dépenser cette somme et toute somme supplémentaire qu’ils auraient eux-mêmes fournie pour acheter des services éducatifs auprès d’un établissement « agréé » de leur choix. […] Le rôle du gouvernement se limiterait à s’assurer que les écoles respectent certaines normes minimales. »[1]
Dans son livre Repenser l’enseignement (2024), Philippe Nemo, philosophe libéral et fondateur de l’Ecole professorale de Paris, estime que les bons éducatifs peuvent être une solution à ce qu’il recommande pour le système français, à savoir découpler le financement et la prestation de l’éducation.
L’IREF propose aussi sa version : l’instauration d’un chèqueéducation d’une valeur forfaitaire égale au coût marginal moyen d’un élève selon son niveau d’avancée dans le système scolaire. Ainsi, ce serait la fin de la carte scolaire : les parents pourraient choisir de donner ce chèque à l’école qu’ils voudraient, publique ou privée. Certes, le financement des écoles viendrait de la dépense publique (en tout ou partie, les écoles publiques fonctionnant avec le seul montant du chèque, les privées pouvant demander un complément aux parents) mais il dépendrait des familles et non plus du ministère. De ce fait, si une école rurale souhaitait se maintenir malgré un effectif faible et divisé en plusieurs classes, elle le ferait uniquement sur son financement par le chèque éducation. De nouvelles écoles pourraient aussi être créées dans les zones le plus touchées par les fermetures. Ce dispositif introduirait une concurrence dans le système d’enseignement, sans pour autant compromettre sa mission dite de service public.
Les écoles devraient également être autonomes : les chefs d’établissements auraient le pouvoir de recruter et de former les enseignants. Ils devraient aussi être crédités d’une plus grande liberté dans les programmes scolaires. Le ministère de l’Education nationale (qui pourrait se renommer ministère de l’Enseignement ou de l’Instruction), n’aurait plus qu’un rôle de contrôle : contrôle du respect de la loi (le ministère établirait un cahier des charges neutre et large pour ne pas imposer un fonctionnement et un programme uniques) et contrôle des connaissances (Philippe Nemo, dans Repenser l’enseignement, suggère que les écoles présentent leurs élèves à des examens nationaux pour vérifier leur niveau).
Le chèque éducation, ça fonctionne !
Le chèque éducation n’est pas une chimère : il est déjà appliqué dans plusieurs pays. Dans une note intitulée « La mise en œuvre du bon scolaire », Didier Maréchal, de l’association des économistes catholiques, recense onze pays européens qui l’utilisent, sous des formes diverses : la Suède, le Danemark, les Pays-Bas, la Pologne, la Norvège, la Hongrie, l’Estonie, la Belgique, la Slovaquie, la Lituanie et la Lettonie.
La Suède est pionnière en la matière : le chèque-éducation y a été institué en 1992. Il est alloué aux familles pour qu’elles le remettent à l’école de leur choix, privée ou publique, qui ne peut dès lors prélever aucun frais de scolarité (depuis 1994, la dotation est la même pour toutes). Qui plus est, toute personne physique ou morale peut créer une école sous réserve de remplir les conditions requises par l’inspection scolaire suédoise et d’être agréée par l’Agence nationale de l’éducation. Cette libéralisation a développé l’enseignement privé dans le pays : environ 16 % des élèves du primaire et des collèges, 30 % de ceux des lycées, y sont inscrits, alors qu’ils n’étaient que 1% il y a trente ans.
Certains disent que le chèque éducation et le manque d’encadrement de l’Etat provoqueraient une baisse du niveau ; les données démontrent que ce n’est pas le cas. Au classement PISA 2022, la Suède a de meilleurs résultats que la France en mathématiques, en lecture et en sciences. Même chose au Danemark, en Lettonie, en Pologne ou encore en Estonie, meilleur pays européen.
Plus d’autonomie dans le fonctionnement des écoles, un véritable choix pour les parents, pas de fermetures de classes intempestives et décidées par une bureaucratie éducative, autorisation de créer de nouvelles écoles… le chèque éducation n’est pas une solution miracle, mais il y a toutes les raisons de croire qu’il pourrait enfin redorer un peu le blason de l’Education nationale, conjurer ses échecs et enrayer la désertification rurale. Concurrence et liberté contre centralisme et dirigisme étatiste : l’heure du choix a sonné.
[1] Traduction de l’extrait de Capitalism and Freedom, page 89: “Governments could require a minimum level of schooling financed by giving parents vouchers redeemable for a specified maximum sum per child per year if spent on “approved” educational services. Parents would then be free to spend this sum and any additional sum they themselves provided on purchasing educational services from an “approved” institution of their own choice. […] The role of the government would be limited to insuring that the schools met certain minimum standards”
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15 réponses
En Suisse dans certains cantons des initiatives ont été lancée pour instaurer un chèque éducation. A chaque fois ça échoué dans les urnes par une propagande des socialistes bien rodée et mensongère qui y voyaient une privatisation du système scolaire.
Maintenir des écoles primaires en milieu rural avec des populations en berne relève de l arnaque politique que ce soit par l EN ou le chèque éducation
C est faire preuve de démagogie
Le chèque éducation devrait avoir toute sa place en France mais dans des conditions viables qui puissent montrer ses atouts
Article très intéressant sur le chèque éducation, mais pas encore probant contre la fermeture des écoles rurales. Ce qui serait, en plus utile : 1/. que des retraités , surabondants puissent suivre les enfants dans une salle fournie par la mairie, 2/. un véhicule commun pour le transport, certains jours, vers une école dotée plus de moyens 3/. moyens de télé-éducation… dans la salle locale … Il faut des adultes disponibles, mais avec peu d’enfants, comme avec la formation à la maison, ça marche… Aux maires de se décarcasser !
Très intéressant article documenté et argumenté dont je viens de transmettre la copie à des proches. Bravo et merci !
Non seulement le maintien des écoles rurales est précieux pour lutter contre la mortifère désertification de nos campagnes mais, élément essentiel, elle promeut la responsabilité et l’implication des parents et des enseignants dans le cadre d’un enseignement plus efficace que ce qui se pratique dans les tristes sovkhozes éducatifs grisâtres normalisés chers au cœur de la néfaste syndicratie qui contrôle l’administration. Comparaison, concurrence et responsabilité : autant de notions anathèmes à ces nuisibles idéologues…
Le chèque éducation n a rien a voir avec le chèque énergie ou la prime de Noël qui sont versés sous condition de ressources
Il pourrait concerner tous les francais quel que soit leurs revenus
Encore une comparaison hâtive pour justifier un appriori cognitif
Si il n’y a pas de familles avec des enfants à scolariser dans le village, aucun chèque n’en fera venir. Le système du chèque éducatif ne fonctionne que dans les bourgs ou les villes disposant d’une offre suffisante d’établissements d’enseignement. Ca n’est pas destiné à participer à l’aménagement du territoire, mais à rétablir la liberté de choix des familles.
Merci pour cet article qui défend le chèque éducation pour sauvegarder les petites écoles rurales, une proposition stimulante pour préserver l’accès à l’enseignement dans les zones isolées.
Encore un article qui vend la Suède comme le paradis Friedmanien du chèque éducation mais c’ est de l’ embrouille. Le skolpeng n’est pas un vrai voucher citoyen: 100% financé par les impots via les municipalités il n est pas payé directement aux parents .L argent public va également aux écoles privées y compris celles cotés en bourse comme Academedia . Bref très loin de la thèse de Friedman ex: paiement direct aux familles + aides ciblées pout les pauvres et handicapés zéro régulation lourde . Surement pas le système hybride de la Suède mélange d impots publics et business privé. La Suède est un contre exemple.
On accuse souvent à bon marché le « catholicisme » d’être responsable de la mentalité de centralisation de notre pays. Alors que le catholicisme peut parfaitement être compatible avec le droit naturel et la subsidiarité. C’est plutôt à un certain « républicanisme » dévoyé en collectivisme qu’il faut attribuer cette dérive intellectuelle parfaitement visible dans notre « éducation nationale ». Dans cette perspective, il ne s’agit pas seulement d’instruire les enfants mais de faire de bons petits républicains. D’où la crispation pour libéraliser l’école. … Il faut donc le dire clairement, ce n’est pas à l’école de forger des citoyens mais de les instruire. Si notre pays est « éclaté » au point de ressentir une dilution de la communauté civique, c’est ailleurs qu’il faut chercher les causes. … Alors, avec ou sans roi, avec ou sans église, chacun selon nos choix et notre éthique, ayons la liberté d’instruire nos enfants selon notre entendement et nos valeurs. Vive la liberté, morbleu !
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15 réponses
En Suisse dans certains cantons des initiatives ont été lancée pour instaurer un chèque éducation. A chaque fois ça échoué dans les urnes par une propagande des socialistes bien rodée et mensongère qui y voyaient une privatisation du système scolaire.
Maintenir des écoles primaires en milieu rural avec des populations en berne relève de l arnaque politique que ce soit par l EN ou le chèque éducation
C est faire preuve de démagogie
Le chèque éducation devrait avoir toute sa place en France mais dans des conditions viables qui puissent montrer ses atouts
Article très intéressant sur le chèque éducation, mais pas encore probant contre la fermeture des écoles rurales. Ce qui serait, en plus utile : 1/. que des retraités , surabondants puissent suivre les enfants dans une salle fournie par la mairie, 2/. un véhicule commun pour le transport, certains jours, vers une école dotée plus de moyens 3/. moyens de télé-éducation… dans la salle locale … Il faut des adultes disponibles, mais avec peu d’enfants, comme avec la formation à la maison, ça marche… Aux maires de se décarcasser !
Eh oui nos retraités surabondants devraient être au boulot comme chez tous nos voisins européens
Très intéressant article documenté et argumenté dont je viens de transmettre la copie à des proches. Bravo et merci !
Non seulement le maintien des écoles rurales est précieux pour lutter contre la mortifère désertification de nos campagnes mais, élément essentiel, elle promeut la responsabilité et l’implication des parents et des enseignants dans le cadre d’un enseignement plus efficace que ce qui se pratique dans les tristes sovkhozes éducatifs grisâtres normalisés chers au cœur de la néfaste syndicratie qui contrôle l’administration. Comparaison, concurrence et responsabilité : autant de notions anathèmes à ces nuisibles idéologues…
Le chèque éducation (comme le chèque énergie ou le chèque de Noël) est une proposition étatiste socialiste.
Vous n’avez rien compris. C’est une proposition de Milton Friedman ! Il n’était pas vraiment étatiste socialiste…
C’est le principe du libre choix de de l’établissement scolaire. Où est le socialisme?
Le chèque.
Le chèque éducation n a rien a voir avec le chèque énergie ou la prime de Noël qui sont versés sous condition de ressources
Il pourrait concerner tous les francais quel que soit leurs revenus
Encore une comparaison hâtive pour justifier un appriori cognitif
La fermeture d’écoles est une chose. La diminution du nombre d’élèves en est une autre. 50 ans d’avortement d’État se sont écoulés.
Si il n’y a pas de familles avec des enfants à scolariser dans le village, aucun chèque n’en fera venir. Le système du chèque éducatif ne fonctionne que dans les bourgs ou les villes disposant d’une offre suffisante d’établissements d’enseignement. Ca n’est pas destiné à participer à l’aménagement du territoire, mais à rétablir la liberté de choix des familles.
Merci pour cet article qui défend le chèque éducation pour sauvegarder les petites écoles rurales, une proposition stimulante pour préserver l’accès à l’enseignement dans les zones isolées.
Encore un article qui vend la Suède comme le paradis Friedmanien du chèque éducation mais c’ est de l’ embrouille. Le skolpeng n’est pas un vrai voucher citoyen: 100% financé par les impots via les municipalités il n est pas payé directement aux parents .L argent public va également aux écoles privées y compris celles cotés en bourse comme Academedia . Bref très loin de la thèse de Friedman ex: paiement direct aux familles + aides ciblées pout les pauvres et handicapés zéro régulation lourde . Surement pas le système hybride de la Suède mélange d impots publics et business privé. La Suède est un contre exemple.
On accuse souvent à bon marché le « catholicisme » d’être responsable de la mentalité de centralisation de notre pays. Alors que le catholicisme peut parfaitement être compatible avec le droit naturel et la subsidiarité. C’est plutôt à un certain « républicanisme » dévoyé en collectivisme qu’il faut attribuer cette dérive intellectuelle parfaitement visible dans notre « éducation nationale ». Dans cette perspective, il ne s’agit pas seulement d’instruire les enfants mais de faire de bons petits républicains. D’où la crispation pour libéraliser l’école. … Il faut donc le dire clairement, ce n’est pas à l’école de forger des citoyens mais de les instruire. Si notre pays est « éclaté » au point de ressentir une dilution de la communauté civique, c’est ailleurs qu’il faut chercher les causes. … Alors, avec ou sans roi, avec ou sans église, chacun selon nos choix et notre éthique, ayons la liberté d’instruire nos enfants selon notre entendement et nos valeurs. Vive la liberté, morbleu !