Le populisme à l'italienne et une certaine idée de la conduite des affaires ont pris fin avec la démission du Premier ministre Giuseppe Conte et son remplacement par Mario Draghi. Le nouveau Premier ministre est devenu un héros national et a fait changer les gens d'avis. Ils ne croient plus aux discours grandiloquents ni à la sélection des députés par le biais d'un concours fantaisiste sur Internet où les candidats feraient étalage de leurs qualités et de leurs promesses.
Le populisme à l’italienne et une certaine idée de la conduite des affaires ont pris fin avec la démission du Premier ministre Giuseppe Conte et son remplacement par Mario Draghi. Le nouveau Premier ministre est devenu un héros national et a fait changer les gens d’avis. Ils ne croient plus aux discours grandiloquents ni à la sélection des députés par le biais d’un concours fantaisiste sur Internet où les candidats feraient étalage de leurs qualités et de leurs promesses.
En vérité, il n’était pas difficile de prévoir que la coalition populiste soutenant le premier gouvernement Conte – une alliance entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles (M5S) qui a pris le pouvoir en 2018 – était incompétente pour gérer la situation économique. Cependant, la coalition soutenant le second gouvernement Conte ne s’en est pas mieux sortie : l’alliance entre le M5S et le Parti démocratique pro-européen fondé par Romano Prodi dans les années 90 s’est avérée incapable de trouver les compromis nécessaires, cela n’a rien d’étonnant. Le M5S avait promis de remodeler l’ensemble de la structure du pouvoir italien. En revanche, le PD représente le rempart même des groupes de pression en place. Pour aggraver les choses, l’ancien Premier ministre Matteo Renzi a quitté le PD, a créé son propre parti et a retiré son soutien à la coalition. Le gouvernement de Conte a dû démissionner. En conséquence, le président italien Sergio Mattarella a demandé à Draghi d’essayer de former un nouveau gouvernement.
Sans surprise, Draghi a réussi à trouver les soutiens dont il avait besoin. La plupart des députés italiens en exercice ne souhaitent pas d’élections anticipées, une récente réforme constitutionnelle ayant réduit d’un tiers le nombre de sièges parlementaires. On comprend que la plupart d’entre eux craignent pour leur siège et pour la somptueuse indemnité qui l’accompagne. Il y a cependant une autre raison à la résistance aux élections anticipées : l’argent du plan européen Next Generation est à portée de main, et tous les députés veulent en profiter.
Les erreurs de Conte
En effet, la somme d’argent (209 milliards d’euros) que l’UE va distribuer à l’Italie est énorme : elle dépasse les 10 % du PIB italien, et 80 milliards seront versés sous forme de subventions.
Toutefois, pour pouvoir profiter de cette manne financière, l’Italie devra présenter un sérieux programme de dépenses. Voilà le problème. Vers la fin de 2020, l’establishment italien a commencé à craindre que Conte n’ait pas les compétences nécessaires pour répondre aux exigences de l’UE et faire en sorte que ces 209 milliards finissent par arriver. Pour couronner le tout, Conte a contribué au désordre en contournant le Parlement et en créant une superstructure parallèle de quelque 300 « experts ». Cette une structure aurait dilué les responsabilités et ouvert la porte aux groupes d’intérêts les plus disparates. Cela a clairement alarmé le président Mattarella : les conséquences économiques d’un tel échec auraient été dévastatrices pour son image et pour le pays.
Un homme de dernier recours
Cela contribue à expliquer pourquoi les Italiens ont accueilli Draghi comme l’homme providentiel, tandis que les observateurs étrangers étaient soulagés de voir un homme réputé pour ses compétences à la barre. En effet, la plupart des gens pensent actuellement que la réputation internationale et l’expérience technique de Draghi seront plus que suffisantes pour faire face à la crise et relancer l’économie italienne à l’agonie. Pourtant, sa tâche ne sera pas une partie de plaisir. Il devra faire des choix qui ne feront pas nécessairement l’unanimité, et on ne sait pas comment les partis et les factions réagiront. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Italie a connu 69 gouvernements, un tous les 13 mois en moyenne. Cette situation est typique d’un pays où les affaires publiques sont souvent considérées comme un moyen de promouvoir les intérêts locaux et de satisfaire les groupes de pression. Les données disponibles ne permettent pas d’établir des comparaisons précises mais la figure 1 ci-dessous peut suffire à illustrer l’anomalie italienne.
Les gouvernements italiens ne durent en général pas longtemps. La principale raison est qu’ils résultent de la fragmentation des parlements, qui permet même aux petits partis d’avoir un fort pouvoir de chantage : ils peuvent facilement faire pencher la balance, et n’hésitent généralement pas à le faire.
Dans les années 1990, une nouvelle législation électorale a permis de réduire la fragmentation des partis. Mais elle a ensuite été progressivement modifiée et le système électoral italien est lentement revenu à son point de départ. Les politiciens en furent sûr heureux, mais à cause de ce retour en arrière, l’Italie a désormais du mal à faire face à de graves problèmes – comme le Covid-19 – et à utiliser efficacement les ressources financières disponibles. Pour faire court, les factions sont prêtes à faire entendre leur voix, sans considération du sort de l’Italie, et elles joueront certainement un rôle clé dans la suite des événements. Draghi peut tenter de les maîtriser mais la partie est loin d’être gagnée.
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