« L’oreille voit, l’œil écoute », tel est le thème de ce très beau roman  où l’auteur parvient à transcrire dans chacun de ses chapitres les cinq mouvements de la « Huitième symphonie » de Chostakovitch. Impossible dorénavant de dissocier la tonalité ambivalente de cette composition musicale, des tourments  de Jun Mizukami, soldat nippon rappelé au pays pour participer aux horreurs de la guerre. Dès le début, le style de l’écrivain est aussi douloureux que le  grincement des instruments musicaux qui, avant d’éclater  en un motif fortissimo, annonce les supplices endurés par Jun, fermement opposé au despotisme monstrueux de l’armée impériale. Le deuxième mouvement, plus vif et léger, appartient aux deux femmes qui se joignent à sa destinée, Anna jeune institutrice parisienne et Ayako jeune infirmière de Tokyo, toutes deux victimes elles aussi  du nazisme et du communisme.
La détonation grave des multiples  instruments musicaux du troisième mouvement reflète des notes hurlantes d’espérance. En effet une rencontre bienveillante, une simple biographie, des gènes d’artistes transmis par des ancêtres bien-aimés ne peuvent-ils pas changer le cours des événements ? Malheureusement il est impossible de ne pas interpréter le quatrième mouvement en marche funèbre. Le passage au fortissimo n’est-il pas le transfert de la solitude morale en une funeste folie ? Par bonheur la pureté du solo de l’alto achève le cinquième mouvement avec un pianissimo qui transforme la chance en une heureuse Providence ! Livre aussi beau que « Ame brisée » qui a fait la célébrité de Akira Mizubayashi dans le monde entier.
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