Le 7 janvier, le président des LR, Bruno Retailleau, a présenté ses propositions pour que la France travaille plus et que les Français gagnent plus. Elles rappellent la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 et sont bienvenues mais insuffisantes. La France ne travaille pas assez : 35 heures, indemnisation excessive du chômage, aides sociales mal contrôlées, vacances, congés maladie, retraite précoce… Tout se combine pour que le travail devienne accessoire et pour inciter chacun à l’éviter. « Il faut changer totalement de modèle. Il va falloir renverser la table », dit-il. Il a raison.
 Les mesures proposées par M. Retailleau peuvent être améliorées et nous souhaitons y contribuer.
Les 35 heures
 Sans oser supprimer les 35 heures, il propose d’annualiser le temps de travail, en passant de 1607 heures (les 35 heures hebdomadaires) à 1623 heures, 16 heures de plus, rémunérées mais exonérées de cotisations sociales hors CSG//RDS.
Ne vaudrait-il pas mieux trouver le courage de supprimer les 35 heures et de rendre la liberté aux parties prenantes, employeurs et employés, de négocier leurs relations ?
Une suppression des cotisations au-delà d’un certain nombre d’heures est un moyen supplémentaire laissé à l’Etat de piloter les emplois et les entreprises. Il vaudrait mieux faire en sorte que les cotisations baissent pour tous et que la liberté croisse pour salariés et employeurs.
Revenu d’incitationÂ
Il veut encore créer un « revenu d’incitation à l’activité » fusionnant le RSA (intégrant 15 heures obligatoires d’activité), la prime d’activité et l’ASS (allocation spécifique de solidarité) et en réduisant l’allocation au niveau du RSA, pour que travailler permette de gagner plus et favoriser ainsi la reprise du travail. Ce « RIA » serait ensuite, le cas échéant, réduit de 30% des revenus d’activité reçus par son bénéficiaire, ce qui est intelligent et l’inciterait à la reprise d’un travail.
Bruno Retailleau considère qu’il serait trop difficile et trop coûteux de disposer d’une allocation sociale unique et suggère de créer un « compte social unique » pour rassembler toutes les aides publiques reçues par chacun, qui seraient ensemble plafonnées à 70 % du Smic, soit une autre incitation à reprendre un emploi.
Mais pourquoi fusionner certaines allocations et pas les autres ? Une allocation unique serait plus simple, plus lisible, moins onéreuse à piloter qu’un système où il faudrait partager rogner une partie de chaque allocation pour en limiter le montant total.
Ruptures conventionnellesÂ
 Il souhaite encore mieux encadrer les ruptures conventionnelles, qui se multiplient et coûtent 9 milliards d’euros par an, et être rigoureux dans le respect d’une règle de suppression de l’allocation après un troisième refus d’offre d’emploi.
Il a raison, sauf à observer que s’il est bon de conserver les ruptures conventionnelles pour leur simplicité d’exécution, elles ne doivent plus ouvrir droit aux allocations chômage. Chacun doit pouvoir aisément quitter l’entreprise à l’amiable, mais sans pour autant bénéficier d’une assurance chômage qui devrait être réservée aux départs involontaires. L’assurance ne peut couvrir que des risques indépendants de la volonté des assurés, comme l’est en principe le licenciement. Aujourd’hui trop de salariés, notamment des jeunes, gèrent la rupture conventionnelle comme une démission indemnisée, pour se donner quelques mois de repos par exemple, ou aller voyager… C’est un dévoiement.
Cumul emploi/retraite
 M. Retailleau espère enfin encourager le travail des seniors en proposant« un cumul emploi-retraite rénové, simple et incitatif ». Ainsi, pour « les salariés ayant tous leurs trimestres mais n’ayant pas encore atteint l’âge légal de départ », il prévoit « une exonération totale de cotisations retraite et chômage ». Après l’âge légal, le cumul emploi‑retraite serait possible sans conditions avec une exonération des charges sociales employeur et employé hors CSG/RDS, mais le salarié verrait sa retraite amputée à concurrence de 30% du salaire qu’il gagnerait et n’acquerrait aucun droit à la retraite. Ce qui serait au double détriment des retraités voulant travailler. En étant privés arbitrairement de 30% du salaire gagné, ce serait comme s’ils payaient 43% (30% x 70% de salaire net reçu) de cotisations sociales sur ce salaire. Et puisqu’ils n’auraient pas de droits supplémentaires à la retraite, ni ne bénéficieraient du chômage, il serait normal qu’ils ne payent pas de cotisations à ce titre.
Au total, le projet annonce qu’ils seront exonérés de cotisations alors qu’ils paieront, avec la CSG/RDS, plus de 50% de cotisations pour les seuls services d’assurance santé qu’ils ont déjà payé toute leur vie puisque les cotisations maladie de la Sécu comprennent la prolongation de cette assurance au-delà de la retraite. Cette réforme est donc très défavorable aux seniors.
Changer de systèmeÂ
Il apparaît ainsi que pour « renverser la table », il ne suffit pas de modifier le modèle existant, il faut sortir du système qui reste tout entier conçu pour gérer les comportements des Français à leur place. La politique doit cesser de se confiner à de l’ingénierie tendant à organiser le « Tout social ». Sa mission est de permettre aux individus de vivre libres, sauf, bien entendu, à veiller à ce que la solidarité s’exerce quand c’est nécessaire.
Les réformes dont les Français ont besoin sont celles qui leur permettront de retrouver la maîtrise de leur vie dans l’exercice de leurs responsabilités. Il faut cesser de vouloir décider pour eux et de les infantiliser. Ils sont capables de faire le choix de leur retraite, de leurs assurances maladie et chômage, de leur temps de travail… Ils en décident déjà très bien par eux-mêmes pour leur assurance automobile ou logement, pour leurs études et leurs vacances. Ils peuvent le faire pour assurer leur santé, leur chômage, leur retraite…
Les actifs allemands sont libres de choisir leur assurance santé s’ils sont indépendants, non-salariés, ou si leurs revenus salariaux sont supérieurs à 73 800€ par an.  On pourrait, en France, laisser les indépendants et les salariés gagnant plus de 4500€ par mois s’assurer comme ils le veulent auprès de compagnies d’assurance privées ou de mutuelles pour leur maladie, chômage et retraite. Puis le seuil serait abaissé progressivement, chacun pouvant néanmoins rester assuré à la Sécu que la concurrence, instituée ainsi, inciterait à devenir plus performante.
Quant à l’avenir des retraites, Bruno Retailleau voudrait inclure un étage de capitalisation, mais cherche aussi des solutions pour sauver notre système par répartition, aujourd’hui menacé. La démographie, hélas, ne laisse aucun avenir à un tel modèle, sinon a minima. La transition d’un système à l’autre est possible, comme l’IREF l’a démontré, mais ce sera très long : raison de plus pour s’y atteler  sans tarder.
Articles connexes:
Congé paternité : le coût d’un tel scénario serait…
En marche vers le confinement sans fin ?
La douzième Lettre du Conseil d'Orientation des Retraites
Le conflit d'intérêts au cœur de la République
Pourquoi les députés LAREM ont eu raison de ne pas…
Pour en finir avec les 35 heures
Dégressivité et suppression des allocations chômage :
L’injustice fiscale ou l’abus de bien commun
12 réponses
Depuis 1968 on n’a fait que diminuer le temps de travail avec les 35 h en point d’orgue : une grande erreur qui a fabriqué des paresseux revendicatifs
Tout à fait d’accord Mijuna ! Les 35 heures mises en place par des socialos, une fois de plus. Croyez-vous que la droite aurait réagit à l’époque, et le patronat ? Bien sur que non puisqu’ils sont tous des socialcommunoverdos.
Je le répète, les français en fermant les yeux et en continuant à élire des irresponsables, sont en train de se suicider ! Quel malheur !
@Asterix : les 35h ont été mise en place par Jospin, mais dans le prolongement de la du dispositif Robien mis en place par le gouvernement Juppé du fait de grosses saignées d’emplois dans l’industrie. Pour ça il y avait beaucoup d’hypocrisie des politiciens de droite, de même que de leurs électeurs ayant profité en silence des 35h pour partir en retraite avant la suppression de leur emploi. Et les entreprises y ont aussi trouvé leur compte car les 35h était la contreparties de souplesse de gestion que l’industrie demandait depuis des années pour gérer la production en flux tendus (moins de stocks)
@ o. C’est bien ce que je dis car Juppé a toujours été un socialiste….. !
Bonjour
le système du compte social unique sur lequel seraient déclarées toutes les aides dont bénéficie un assuré aurait l’avantage de permettre la prise en compte de toutes les aides versées y compris par les collectivites et les organismes décentralisés, voire les employeurs. qui échappent à la connaissance des organismes sociaux .
Sans cette connaissance le plafonnement des aides est illusoire et reste théorique ; et comme il apparaît difficile d’interdire aux collectivités de distribuer des aides lorsqu’elles ont compétence pour le faire ( et on constate qu’elles ont une très large acceptation de leur compétence…) c’est une proposition opératoire…
Sur l’incitation à l’activité il me semble, au contraire de ce qui est affirmé, que la proposition de M. Retailleau est plus simple que l’hypothétique allocation unique, et bien réfléchie.
Aujourd’hui de multiples organismes, y compris locaux, accordent des aides (exemple des tarifs muniicpaux réduits) qui ne sont même pas recensées et encore moins prises en compte ; s’agissant en particulier des collectivités elles en ont parfaitement le droit. Le leur interdire nécessiterait de modifier la loi ; au contraire le compte social unique permettrait à l’Etat, et la Sécurité sociale, de connaître la situation réelle d’un assuré et de plafonner leurs versements à celui-ci en fonction desa ides des autres organismes il est clair qu’assez rapidement ces autres organismes se poseraient la question de la pertinence d’aides qui leur coûteraient sans être visibles par les bénéficiaires….
C’est plus simple à mettre en oeuvre et très incitatif
Tout à fait ! Par rapport au dispositif envisagé d’une ASU (Allocation sociale Unique) versée par l’Etat, ce système proposé par Retailleau est beaucoup plus complexe, il frôle l’absurde, mais il est malheureusement indispensable vu les aides versées allègrement par les collectivités territoriales (au nom de la libre administration des collectivités territoriales, principe constitutionnel) (pour acheter des voix ?), voire par les organismes para-publics.
Ce programme rassemble des mesures ressassees par la droite depuis 25 ans et jamais mis en pratique
Quand des LR votent contre la réforme des retraites a 64 ans…..tout est dit de la déliquescence de la droite francaise comme de la société!!!!
Mr Retailleau : beaucoup de bruit et de mesurettes quand il faudrait un grand coup de Karcher économique et social, de la vraie destruction créatrice. Mais je ne le critique pas, la France est tellement malade de sa paresse et de ses égoïsmes qu’un remède de cheval, trop difficile à imposer de toute façon, finirait par la tuer avant de la sauver. Le salut ne viendra pas de l’intérieur, mais d’un coup de bâton extérieur ou imprévu comme l’impossibilité de renouveler la dette, ou des pénuries cruciales et vitales sans solutions évidentes ou une révolution anarchique et meurtrière qui nous ramènera d’abord au niveau basique de la survie pour nous faire accepter tous les changements nécessaires.
Remettre les Français au travail, lesquels, ceux qui travaillent déjà ou ceux qui sont assistés. Avons suffisamment d’emplois pour mettre tout le monde au travail, pour cela il faudrait une politique créatrice d’activités, commerciales ou industrielles, y en a t il une ?.
On entend ou lit souvent motiver et valoriser le travail, mais là on peut répondre pourquoi, l’état passe derrière avec des impôts, des taxes, des contributions pour reprendre le résultat de mon travail valorisé… si j’épargne, idem, si je me constitue un patrimoine, il le piquera à mes héritiers directs ou non.
Réforme oui, des retraites oui mais pour tous, un seul et unique système, et une baisse des prélèvements obligatoires et aussi suppression de l’impôt sur la mort (héritage est le fruit de travail, mais aussi de revenus sur lequel on a déjà payé l’impôt)…..
Etc…
J’avais une certaine considération pour ce monsieur , mais l’attitude prise à l’occasion du budget 2026 m’a fait changer d’avis . La colonne vertébrale souple n’est pas ma tasse de thé . La mollesse n’aboutit à rien et on voit que faire passer le budget ils ont du accepter une petite dépense supplémentaire de 15 milliards . Qui va payer ?
C’est lamentable et donne à tous la certitude que ceux qui nous gouvernent prennent l’habitude de marcher le pantalon aux chevilles . Désolé pour l’expression mais je n’ai pas trouvé plus correct correspondant à cette situation désastreuse .
Bonjour
Il serait judicieux de faire en sorte que les entreprises soit obligée d’ embaucher des seniors, car a ce jour on nous demandent de travailler mais personne ne veut de seniors.
Cordialement