Depuis plusieurs décennies, les Français sont sommés de cotiser à un système de retraite par répartition, l’un des plus coûteux de l’OCDE. Ce système instaure une lutte des âges où les actifs se voient confisquer environ un quart de leurs revenus pour financer les retraites des seniors.
Depuis plusieurs décennies, les Français sont sommés de cotiser à un système de retraite par répartition, l’un des plus coûteux de l’OCDE. Ce système instaure une lutte des âges où les actifs se voient confisquer environ un quart de leurs revenus pour financer les retraites des seniors.
Les dynamiques démographiques et la faible croissance économique condamnent le système de répartition à subir perpétuellement des réformes paramétriques. Celles-ci consistent tour à tour à allonger la durée de cotisation, augmenter le poids des prélèvements sur les actifs ou baisser le montant des pensions.
Comme l’a rappelé une étude de l’IREF, la seule manière de sortir de l’impasse de la répartition est de réintroduire de l’épargne et de la capitalisation.
En ce sens, la réforme du gouvernement – qui parachève l’étatisation et l’uniformisation du système en sanctifiant la répartition – passe totalement à côté de l’enjeu. On peut alors se demander pourquoi les Français sont si réticents à la capitalisation, seul système viable et moralement défendable.
Le paradoxe est de taille dans un pays où l’on ne cesse de dénigrer les vils actionnaires qui « s’enrichissent en dormant », pour reprendre les termes de François Mitterrand, tout en refusant de les imiter au motif que l’investissement en capital serait beaucoup trop risqué.
Ce paradoxe est à son comble quand il caractérise l’attitude des intellectuels en première ligne pour déplorer les inégalités de revenus, de patrimoine et de pouvoir qui subsistent en faveur du capital et de l’actionnariat.
On pensera à des figures de la gauche radicale, comme Thomas Piketty, qui après avoir épuisé tous leurs arguments pour dénoncer les privilèges des détenteurs du capital, ne considèrent pas un seul instant l’intérêt d’étendre ce « statut » à toute la population active par l’instauration d’un système de retraite par capitalisation.
Les arguments pikettistes en faveur de la capitalisation
Dans son ouvrage Le Capital au XXIème siècle, l’économiste socialiste Piketty s’est illustré en mettant l’accent sur une équation particulièrement commentée : r > g, où r est le rendement du capital et g la croissance économique. Thomas Piketty s’inquiète du rendement démesuré du capital qu’il identifie comme la source principale des inégalités honnies. Mais quand vient le temps de discuter la pertinence d’un système par capitalisation, l’économiste botte en touche :
« Il serait bien hasardeux d’aller placer toutes les cotisations retraites d’un pays sur les marchés financiers mondiaux. Le fait que l’inégalité r > g soit vérifiée en moyenne ne signifie pas qu’elle soit toujours vraie. Quand on a suffisamment de moyens et que l’on peut se permettre d’attendre dix ou vingt ans avant de retrouver sa mise, le rendement de la capitalisation est effectivement très attirant. Mais quand il s’agit de financer le niveau de vie de base de toute une génération, il serait tout à fait déraisonnable de jouer ainsi avec les dés. La première justification des systèmes de retraite par répartition est qu’ils sont les plus à même de garantir le montant des pensions de façon fiable et prévisible : le taux de croissance de la masse salariale est peut-être plus faible que le taux de rendement du capital, mais il est entre cinq et dix fois moins volatil. Il en ira de même au XXIe siècle, et la retraite par répartition continuera donc de faire partie de l’État social idéal de l’avenir, dans tous les pays »
Ainsi donc, monsieur Piketty admet que le métier d’investisseur et d’actionnaire est risqué. Peut-être sera-t-il plus sensible à l’argument qui insiste sur le besoin de rémunérer ce risque de manière à attirer toujours plus d’épargnants et d’investisseurs. S’il est vrai que le statut d’actionnaire n’affranchit en rien des risques du marché, il est tout à fait incongru de balayer d’un revers de main la capitalisation au motif qu’elle est risquée. C’est à chaque individu d’apprécier le niveau acceptable de risque pour son épargne et son patrimoine. Notons toutefois le caractère étrange de cette conclusion qui survient après des centaines de pages expliquant à quel point le statut d’actionnaire et de capitaliste était enviable …
Pourquoi la gauche redoute-t-elle tant la capitalisation ?
Depuis Marx, la gauche ne cesse de crier qu’il est nécessaire de rendre les travailleurs propriétaires des moyens de production. En permettant aux salariés d’investir dans les entreprises de leur choix, un système d’épargne-retraite accomplit ce vœu éternel. Pourquoi une telle hostilité contre la capitalisation de la part des intellectuels de gauche aujourd’hui, quand elle permettrait de faire de la France un pays d’actionnaires ?
La réponse nous est probablement donnée par Margaret Thatcher qui énonçait : « Je n’ai jamais oublié que l’objectif inavoué du socialisme – municipal ou national – était d’accroître la dépendance. La pauvreté n’était pas seulement le sol nourricier du socialisme : elle en était l’effet délibérément recherché ». Pour la gauche, la capitalisation risque d’accélérer l’embourgeoisement d’un prolétariat susceptible de devenir moins perméable aux ressentiments anti-capitalistes. Il serait peut-être plus difficile de conspuer la propriété privée et les vils actionnaires dans un pays où les revenus du patrimoine occuperaient une place substantielle. Dans ces conditions, la capitalisation à de quoi désarçonner une bonne partie de l’intelligentsia.
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