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samedi 22 août 2026

Santé : la leçon singapourienne de l’épargne plutôt que de la « gratuité »

Temps de lecture : 4 minutes

Nous avons récemment analysé la bonne stratégie singapourienne en matière d’éducation au numérique. Nous continuons aujourd’hui notre exploration de cette île à bien des points de vue étonnamment performante, en examinant sa politique en matière de santé.

Un peu plus de 5 % du PIB[1]: c’est tout ce que Singapour investit dans la santé de ses habitants pour contribuer à les conduire, en moyenne, jusqu’à 83,9 ans[2]. Un âge qui vaut à la cité-État le premier rang mondial du Legatum Prosperity Index.[3] La France, elle, met plus de deux fois cette somme sur la table (11,5 % du PIB[4]) sans que cela ne se traduise par un gain de longévité significatif.

Le succès singapourien tient en partie à la responsabilisation individuelle par l’épargne santé obligatoire et à des ajustements continus permettant de s’adapter au vieillissement de la population.

 Medisave : quand l’épargne remplace la « gratuité »

 « Même une contribution modeste concourt grandement à instaurer une discipline et à réduire la consommation superflue, à la fois du côté de l’offre et de la demande », déclarait le ministre de la Santé de Singapour, le 5 mars 2026, jour même où la cité-État franchissait officiellement le seuil de société « super-âgée »[5].

Cette logique de responsabilisation explique la maîtrise des coûts à court terme , via un mécanisme structurel : MediSave, compte d’épargne individuelle obligatoire alimenté par les cotisations salariales, placé en obligations d’État garanties à un taux plancher de 4 %[6], produit un rendement stable et prévisible, découplé des aléas des marchés comme des tensions budgétaires de l’État.

C’est précisément face au vieillissement que la logique de préfinancement individuel devient déterminante. Chaque assuré accumule, tout au long de sa vie active, une réserve destinée à ses propres dépenses de santé futures : un euro épargné aujourd’hui finance une dépense de demain sans peser sur les cotisants actuels. Pour un pays vieillissant, où le rapport entre actifs cotisants et personnes âgées se dégrade mécaniquement, cette épargne individuelle préfinancée limite la pression sur les seules cotisations des actifs.

À l’inverse, la France reste prisonnière d’un modèle de mutualisation intégrale, où les dépenses de santé de chacun sont financées par les cotisations de tous, sans réserve individuelle préconstituée.

Indexer plutôt que négocier

Cependant, un marché ne discipline les comportements que s’il reste connecté aux prix réels : une épargne santé dont les plafonds resteraient figés perdrait vite toute vertu incitative. Encore faut-il, pour que la logique de marché produise ses effets dans la durée, que le système soit suffisamment réactif face à l’évolution des coûts.

D’un côté, à Singapour, un mécanisme d’indexation ajuste automatiquement les paramètres du système, année après année, au rythme de l’inflation des coûts de santé, sans qu’il soit nécessaire de recourir à un vote de loi spécifique. Le plafond d’épargne santé (Basic Healthcare Sum) est ainsi passé de 71 500 dollars singapouriens, ou SGD (cohorte 2024) à 75 500 SGD (cohorte 2025) puis à 79 000 SGD (cohorte 2026) : une révision annuelle mécanique, explicitement définie comme destinée à « suivre le rythme de la hausse de la consommation de soins de santé ». Le même mécanisme s’applique aux plafonds de retrait : celui qui s’applique aux scanners ambulatoires a par exemple doublé, passant de 300 à 600 SGD au 1er janvier 2026[7]. Le plafond du programme de maladies chroniques a lui aussi été relevé à plusieurs reprises, et le sera encore en 2027.[8] Ces ajustements paramétriques permettent à Singapour de s’adapter en continu à la conjoncture économique.

D’un autre côté, c’est-à-dire en France, le doublement des franchises médicales illustre les limites d’un système dont les ajustements sont soumis à l’aléa politique du moment. Annoncé par le gouvernement Bayrou en juillet 2025 pour un objectif de 2,3 milliards d’euros d’économies, ce projet de réforme a été retiré puis rejeté par l’Assemblée nationale par 197 voix contre 23 dans le cadre du PLFSS 2026 en novembre 2025, avant d’être officiellement abandonné en décembre 2025[9].

Un modèle inachevé : la concurrence s’arrête au milieu du gué

L’efficacité singapourienne appelle cependant une nuance de fond. L’épargne obligatoire (MediSave) et l’assurance de base (MediShield Life) restent un monopole d’État : le CPF Board les gère seul, sans qu’aucun acteur privé vienne concurrencer ses coûts de fonctionnement. Singapour n’a ainsi pas aboli l’État-providence, mais elle a su le discipliner par le marché pour le sauver de lui-même.

Ce monopole est un défaut structurel que l’on retrouve chez nous. Et c’est bien là que le bât blesse pour l’Hexagone. Les pays qui organisent une véritable concurrence entre assureurs sur un panier de soins commun affichent des frais de gestion nettement inférieurs aux nôtres : 3,02 % de la dépense de santé aux Pays-Bas contre 4,95 % en France, soit 0,3 % du PIB contre 0,57 %[10] ; un écart qui, à budget constant, représenterait plusieurs milliards d’euros d’économies annuelles.

Notre pays manque de dirigeants ayant le courage de s’attaquer à deux angles morts de son système de santé – l’absence d’épargne individuelle préfinancée et une concurrence cantonnée aux assurances complémentaires.

L’IREF milite depuis toujours pour une privatisation de la Sécurité sociale afin de rendre le système de santé moins coûteux, plus responsabilisant et plus efficace.

 


[1] CEIC Data, cité dans : Lee, D. et al., « Strengthening primary care in Singapore: aligning vital health system components » et repris dans le Discours du ministre Ong Ye Kung, le 6 mars 2024.

[2]  Singapore Department of Statistics, Latest Data on Death and Life Expectancy, 2025

[3] Legatum Institute, The Legatum Prosperity Index 2023, « Health Pillar » (dernière édition en date)

[4] OCDE, Panorama de la santé 2025 : France

[5] « So even a modest co-payment goes a long way to instil discipline and reduce unnecessary consumption – on both the supply as well as demand sides. », Discours d’Ong Ye Kung du 6 mars 2024

[6] CPF Board (site officiel du gouvernement singapourien)

[7] Ministry of Health Singapore (MOH), « Keeping Healthcare Affordable and Sustainable for All », communiqué budgétaire 2025

[8] MOH, « MediSave withdrawal limits » et « CPFB Budget 2026 Highlights »

[9] Le Moniteur des Pharmacies, « Franchises médicales : l’Assemblée dit non à leur extension », 10 novembre 2025

[10] Eurostat, 2023

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9 réponses

  1. Quand je suis allé à Singapour dans les années 80, le gouvernement de l’époque venait de décréter un allègement des postes ministériels et des conseillers en expliquant à la population que les ministres et fonctionnaires pouvaient très bien gérer plusieurs portefeuilles en même temps.
    Il était dit que là bas, la fonction où il y avait le plus de travail, était celle de ministre.
    Petit état, mais très dynamique. Reste à voir si ce serait applicable, au moins partiellement, à un pays comme la France

  2. Vous ne connaissez pas David Lisnard? C’est le seul qui propose de changer complètement de système avec deux thèmes : liberté et responsabilité.
    Vous devriez vous y intéresser.

    1. Depuis prés de 20 ans D Lisnard est un homme politique assis localement au sein de son département puis de sa ville de Cannes
      Un parcours classique d homme de droite comme temps d autres avec une petite touche de libéralisme
      Son programme ne touche véritablement à aucun des problèmes de la France : tres tiède sur les retraites la santé principales sources de notre déficit structurel de 160 à 170 milliards, idem sur le mille-feuille territorial tres gourmand .sur le travailler plus, comment sont financées les baisses d impots et de taxes???, comment s attaquer a la diminution drastique des normes???…..
      Beaucoup de bonnes intentions mais la mise en pratique révèle de nombreuses zones de flou

  3. Les francais ont elu un gouvernement de gestionnaires à la petite semaine avec ses sempiternelles rustines
    Ne leur demandez pas une vision stratégique avec des réformes structurelles à la clé

  4. Comme pour les retraites, cet article traite du volet financier qui est certes important mais qui n’est pas le principal. Le plus important est la disponibilité rapide du personnel médical.
    La France et Singapour sont dans des situations analogues : une société vieillissante et un niveau de richesse par rapport au reste du monde. Autrement dit le besoin en personnel médical se rétracte dans la population indigène, mais par contre les praticiens de l’étranger sont tentés de venir.
    Je ne connais pas l’organisation de Singapour en la matière, je sais par expérience qu’elle est compliquée en France, mais que le résultat final est une forte proportion de personnel soignant étranger ou d’origine étrangère, voire de Français ayant passé leurs examens à l’étranger.
    Bref le problème n’est pas la modalité financière, mais la gestion d’une immigration qualifiée. C’est aussi celle de l’organisation de l’hôpital, mais c’est un autre sujet

  5. On croit rêver en entendant parler d’EPARGNE dans notre pays !!!???
    Il suffit de voir la voracité de l’état quand il est question de taxer les propriétaires de leur habitation ! Un bien très souvent acquis au prix de sacrifices afin de garantir l’indépendance et le mieux vivre au moment de la retraite. Même chose avec l’investissement immobilier de location. Idem avec l’épargne des Français qui suscite bien des convoitises de l’état.

  6. Pardon pour les fautes de frappe. Je voulais dire :
    « un niveau de richesse élevé par rapport au reste du monde… une offre en personnel médical insuffisante dans la population indigène… »

  7. Ils ont décidés dans ce pays de ne prendre dans les autres que ce qu’il y avait de mauvais. Le bon on leur laisse. On en voit le résultat !

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