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mardi 27 octobre 2026

Serbie : la Russie perd son allié, l’Europe rouvre la porte

Temps de lecture : 2 minutes

C’est un exploit comptant peu d’équivalents contemporains qu’ont accompli les étudiants serbes. Sans argent, sans dirigeant identifié, face à un régime autoritaire, mais pas dictatorial puisqu’il a reconnu sa défaite dimanche, le mouvement lancé il y a deux ans contre la corruption a largement remporté les législatives anticipées face au nationaliste Aleksandar Vučić, au pouvoir depuis quatorze ans.

Selon les projections d’Ipsos et du Centre pour des élections libres et la démocratie (CeSID), établies sur 96 % des bulletins dépouillés, la Liste étudiante a obtenu 52,9 % des voix et 140 sièges sur 250, contre 38,8 % et 103 sièges pour Serbie unie, la liste conduite par le Parti progressiste serbe du président sortant. Aucune des seize autres listes n’a franchi le seuil de 3 %, seules les listes de minorités nationales, qui en sont exemptées, obtenant des élus. La participation est estimée à 69,3 %, contre 58,8 % aux législatives de décembre 2023 : un record depuis plus de trente ans.

La force du mouvement, outre de n’avoir pas de chef susceptible d’être acheté ou intimidé, est d’avoir su unir pro-européens et souverainistes, capables de taire leurs divergences le temps d’écarter Vučić. Belgrade a été envahie lundi par une foule en fête.

La portée géopolitique est considérable, et c’est Moscou qui l’a dit le mieux. Dmitri Peskov a salué «  la contribution de M. Vučić au développement de nos relations bilatérales  », espéré qu’il y contribuerait encore depuis l’opposition. Six mois après la défaite de Viktor Orban en Hongrie, le Kremlin perd son second partenaire européen, et dans un pays qui avait refusé de s’aligner sur les sanctions. À Bruxelles, la commissaire à l’Élargissement Marta Kos assure que «  la porte de l’UE est ouverte  » et le groupe Renew Europe demande la reprise immédiate des négociations d’adhésion.

Le plus dur commence pourtant. Il leur faudra former un gouvernement alors qu’ils ne comptent presque personne maîtrisant les rouages de l’État, nettoyer les institutions, établir un véritable État de droit et relancer l’économie de marché.

Reste l’essentiel, et il est encourageant : après la lente chute de Viktor Orban, la Serbie offre la deuxième démonstration de l’année qu’un pouvoir installé, maître des médias et des marchés publics, n’est pas éternel dès lors que des citoyens demandent des comptes. Vučić dirigeait, selon les mots des manifestants, le dernier régime autoritaire des Balkans. Il ne le dirige plus.

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