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dimanche 28 juin 2026

Sortir du tout-État : une réponse libertarienne à la crise française

Temps de lecture : 4 minutes

Les difficultés économiques et politiques de la France ne sont pas un mystère pour qui accepte de regarder leur cause commune en face : l’omniprésence de l’État dans presque tous les aspects de la vie économique et sociale. Dette publique, fiscalité écrasante, réglementation tentaculaire, bureaucratie hypertrophiée — le diagnostic libertarien part d’un constat simple : ce n’est pas le manque d’État qui nous a menés là où nous sommes, c’est son excès.

Le poids de l’État comme cause, pas comme solution

La France consacre près de 57 % de son PIB à la dépense publique, le taux le plus élevé au monde, sans que cela se traduise par une prospérité ou des services publics manifestement supérieurs à ceux de pays bien moins dépensiers. La dette accumulée n’est pas le fruit d’un manque de recettes — la pression fiscale française est parmi les plus lourdes de l’OCDE — mais d’une dépense publique structurellement incapable de s’autolimiter, indépendamment des majorités politiques qui se succèdent. Chaque crise sert de prétexte à une nouvelle extension du périmètre de l’État : aides, subventions, réglementations, agences nouvelles, qui ne sont presque jamais démantelées une fois la crise passée.

Cette expansion continue produit elle-même une partie des problèmes qu’elle prétend résoudre. La désindustrialisation s’explique en grande partie par un coût du travail alourdi par les charges, une fiscalité de production punitive et un maquis réglementaire qui décourage l’investissement productif. Le mal-logement tient moins à un manque d’intervention publique qu’à des décennies de normes, de zonages et de fiscalité qui ont étouffé l’offre. Le sentiment d’impuissance face aux services publics dégradés vient d’un système où l’argent afflue sans que la qualité du service suive, signe classique d’un monopole administratif sans concurrence ni redevabilité.

Le double discours sur la « distraction »

Une partie du débat public, justement, occupe le terrain en évitant soigneusement cette question : celle du périmètre légitime de l’État. Les commentateurs s’écharpent sur des querelles de personnes, sur des polémiques médiatiques, sur des événements sportifs érigés en grands moments d’unité nationale — tout, sauf le débat fondamental sur la part de nos revenus et de nos libertés que nous acceptons de céder à une administration centrale. Ce silence n’est pas innocent : il profite à une classe politique et administrative dont l’intérêt objectif est de préserver son périmètre d’action, ses effectifs et son budget, quelle que soit l’étiquette partisane au pouvoir.

Le cynisme ambiant — l’idée que « rien ne peut changer », que « c’est comme ça partout » — sert paradoxalement le statu quo étatiste : il décourage d’examiner les expériences, ailleurs, de baisse de la dépense publique, de simplification fiscale ou de déréglementation qui ont produit des résultats tangibles. Présenter le tout-État comme la seule option raisonnable, et toute alternative comme une utopie dangereuse, est précisément la fonction que remplissent nombre d’analyses présentées comme « techniques » ou « neutres ».

Ce que proposerait une réponse libertarienne

Face à ce constat, la réponse libertarienne ne consiste pas à ajuster les curseurs de la dépense publique, mais à interroger le périmètre même de l’État. Cela suppose une baisse significative et durable de la fiscalité, en particulier sur le travail et la production, pour restaurer la compétitivité et l’investissement. Cela suppose aussi une déréglementation ciblée des secteurs où les normes freinent l’offre sans bénéfice clair pour le consommateur, du logement à l’énergie. Cela implique enfin une décentralisation réelle des décisions, vers les individus, les entreprises et les collectivités locales, plutôt que vers une administration centrale dont l’éloignement du terrain nourrit l’inefficacité. La responsabilité individuelle, plutôt que la dépendance à des dispositifs publics, y est vue comme la condition d’une société à la fois plus libre et plus résiliente.

Ce que révèle la théorie de l’illusion fiscale

Les objections les plus courantes à cette critique de l’État — défaillances de marché, biens publics, fonction de stabilisation, protection sociale — méritent d’être reprises à la lumière d’un concept ancien mais trop peu enseigné : l’illusion fiscale, théorisée depuis Ricardo et Bastiat jusqu’aux travaux contemporains d’économistes comme Pascal Salin.

Sur les « défaillances de marché » et les « biens publics » : justifier l’intervention de l’État par l’existence de biens que le marché produirait mal revient à supposer qu’une administration centrale saurait mieux que les individus eux-mêmes ce qu’ils désirent réellement. Or la seule façon de connaître authentiquement les préférences de chacun est d’observer ses choix volontaires sur un marché libre. En remplaçant l’échange par un monopole réglementaire ou par l’impôt, l’État supprime précisément le mécanisme qui révèle ces préférences, et finit par produire lui-même les externalités qu’il prétendait corriger.

Sur la fonction de stabilisation et la protection sociale présentées comme des remparts contre les crises : une partie de leurs bénéfices apparents repose sur des coûts différés et largement dissimulés aux citoyens. L’endettement public revient à reporter dans le temps un impôt qui devra bien être payé un jour, par des contribuables qui n’ont souvent même pas voix au chapitre aujourd’hui, à commencer par les générations qui ne sont pas encore nées. Les engagements de retraite par répartition obéissent à la même logique : n’étant pas comptabilisés comme une dette véritable, ils permettent de présenter des comptes publics en apparence équilibrés (ou plutôt moins déséquilibrés !) alors que des engagements considérables pèsent sur l’avenir.

Quant à l’idée que la dépense publique relancerait mécaniquement l’activité en cas de choc, elle néglige le fait qu’une dépense financée par l’emprunt ou par la création monétaire ne crée pas de richesse nouvelle ; elle prélève sur l’épargne qui aurait pu financer l’investissement et l’emploi productifs, ce qui tend à réduire les perspectives d’embauche plutôt qu’à les soutenir.

Enfin, la théorie des choix publics, notamment chez Tullock, Buchanan et Becker, explique pourquoi ces dispositifs perdurent malgré leurs coûts cachés : les bénéfices d’une mesure redistributive ou réglementaire se concentrent sur des groupes organisés et motivés à faire pression pour la maintenir, tandis que ses coûts, dilués sur l’ensemble des contribuables, ne suscitent guère de mobilisation en retour. Ce déséquilibre structurel, plus que la qualité ou l’incompétence des gouvernants, explique la croissance en apparence inexorable de la dépense publique observée indépendamment des alternances politiques.

Image créée avec une IA générative.

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

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