Le Competitive Enterprise Institute (think tank libéralo-libertarien de Washington fondé en 1984 par le regretté Fred Smith) vient de publier un court papier prenant le parti de Jerome Powell, Président de la Fed, dans son affrontement face à Donald Trump. Je sympathise avec la prise de position du CEI, que je juge bienvenue. C’est sans doute une saine réaction, mais pas pour les raisons que son rédacteur avance. Le CEI, comme tout le monde, dénonce l’engrenage inflationniste que les réactions des marchés pourraient déclencher. Il reste toutefois dans le cadre d’une vision qui repose sur le mythe du « despote éclairé » appliqué aux présidents des banques centrales, voire aux banques centrales elles-mêmes. Ce despote est « si éclairé » qu’il est indispensable de le mettre définitivement à l’abri de l’influence corruptrice des forces politiques qui ne partagent pas son « savoir ». D’où la doctrine de l’indépendance monétaire. Malheureusement, on sait depuis des décennies que « ce savoir » n’existe pas, et tous les jours qui passent nous apportent la preuve que ces « sur-pouvoirs » communément prêtés aux banques centrales ne sont qu’une fable.
Les marchés eux-mêmes ne réagissent plus aux décisions ou communications de la Banque centrale (sinon pour une très courte période, de plus en plus courte). Il existe désormais une déconnexion complète entre le comportement des marchés obligataires, et ce que disent et prétendent faire les banques centrales. Elles peuvent faire ce qu’elles veulent, les marchés continuent imperturbablement leur route, sans même montrer la moindre réaction visible. Dans ce contexte, il est faux de croire que ces marchés pourraient « réagir » par des anticipations rationnelles d’inflation – dans la mesure où, précisément, les mécanismes réels de la création monétaire n’ont plus rien à voir avec la fable théorique à laquelle la communauté des économistes continue d’adhérer. Il nous faudrait commencer par rééduquer le CEI lui-même. Fondamentalement, mon sentiment est que, quoi qu’il se passe à la tête de la Fed, quel que soit son statut, quel que soit son Président, à l’heure du Global Money [1], cela n’a aucune importance. Que son Président soit indépendant ou non, qu’il passe ou non sous la tutelle du Trésor importe peu. Tout compte fait, mieux vaudrait ne pas avoir de Banque centrale du tout. Ou, tout au moins, une Banque centrale « non centrale » dont le rôle se limiterait à un rôle de police administrative minimale d’une profession (celle des banques et assimilés). Autrement dit, a minima, une banque centrale « sans responsabilité monétaire ».
[1]  Cf Henri Lepage, « L’ère du Global Money », Journal des Libertés, n°7 Hiver 2019. Voir aussi Henri Lepage , « Comment le monde a changé de système monétaire », Journal des Libertés, Hiver 2021. Ou encore Henri Lepage, « Global money, crise, dette et finances publiques », Journal des Libertés, n° 22, automne 2023.
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6 réponses
Il faut quand même un organisme financier pour gérer la monnaie afin d’ éviter un excès de la masse monétaire qui crée de l’inflation ou de gérer des taux d’intérêt trop bas sur de longues périodes afin d’éviter des bulles spéculatives. Milton Freidman n’avait pas milité pour la disparition des banques centrales, mais qu’elles soient indépendantes du pouvoir politique. C’est en se basant sur ses travaux que les taux d’inflation à deux chiffres ont disparu des démocraties libérales. Hayek pensait plutôt à la création de monnaies concurrentes aux monnaies nationales. Pourquoi pas. Mais comment un commerçant va gérer par exemple une dizaine de monnaies différentes avec une seule caisse enregistreuse?
Trump à un gros problème d’ego. Il préfère casser les thermomètres que d’admettre une réalité qui ne lui convient pas. Il a viré la personne qui lui a donné des chiffres sur l’emploi qui ne lui convenait pas. Il fait désactiver les satellites qui mesurent les variations climatiques parce que son climato- septisisme relève de la croyance et non de la science.
( Je ne renie pas au droit à etre septique sur le narratif issue du GIEC du moment que ce scepticisme soit des critiques basées sur des théories scientifiques )
Maintenant, il veut faire virer le président de la banque centrales ( un autre thermomètre ) parce que les taux d’intérêt ne lui conviennent pas.
J Powell finit son mandat en mai 2026……donc beaucoup de buzz pour rien
Il me semble pour être exact que Milton Friedman (l’un des meilleurs économistes) suggérait que la banque centrale soit un ordinateur qui doit simplement injecter 3% de liquidité supplémentaire chaque année, sans possibilité d’intervention sur cela, point. Pour le reste, s’il n’y a pas de perturbations dues à des interventions étatiques, le marché fera le boulot de régulation.
« Il nous faudrait commencer par rééduquer le CEI lui-même. »
Bizarre que dans un papier libéral, on parle de « rééduquer ». Attention Camarades, à la bête immonde qui sommeille plus ou moins en vous et qui semble toujours féconde !
Vive la liberté !
Bonne remarque. Mais ne poussez pas trop loin… disons alors « réapprendre ». Cela vous va-t-il ?
Les trumpistes s’organisent derrière Trump à la manière des nazis derrière Hitler.
Le but est de tout contrôler. C’est du fascisme tout simplement.
Il n’y a pas plus de réalité économique dans la prise de main sur la FED que de réalité structurelle dans le démantèlement des centres de surveillance climatique.
Hitler avançait avec ses SS, Trump se fait plaisir avec ses ICE Crime.