En matière de politique commerciale, comme en diplomatie, et désormais aussi en matière militaire, Donald Trump montre qu’il sait frapper fort, et parfois juste, dès son premier coup. Mais il n’est pas du tout certain qu’il anticipe les contre-coups de ses succès initiaux. Au contraire. On sait qu’il définit seul sa politique, sur la base d’intuitions, sans avoir auparavant consulté personne, ni ses divers conseillers, encore moins des technocrates.
Que fera-t-il par exemple si la Cour suprême invalide l’essentiel de ses droits de douane punitifs ? Comment remboursera-t-il les centaines de milliards de dollars de surtaxes si elles étaient déclarées illégalement perçues ? Le même type d’improvisation caractérise son approche d’autres questions. En proclamant que l’Amérique est seule maîtresse de la destinée du continent américain (doctrine Monroe remise au goût du jour), se rend-t-il compte qu’il encourage implicitement la Russie et la Chine à proclamer à leur tour un droit de regard et d’influence exclusive sur leurs voisins ? Qu’il s’agisse des pays Baltes ou de Taiwan, notamment. Si vous avez aimé Yalta, vous allez adorer le nouvel ordre mondial trumpien…
Trump ne perd pas la boussole, il n’en a pas
En marginalisant et même en ridiculisant les Européens, se rend-t-il compte du mal qu’il fait aux intérêts américains en Europe ? En multipliant les déclarations provocantes sur l’annexion du Groenland, prend-t-il conscience du malaise qu’il provoque parmi ses meilleurs alliés en Europe ?
Le kidnapping extraordinaire du dictateur vénézuélien, Nicolas Maduro, démontre les risques énormes qu’ose prendre un Donald Trump, de plus en plus sûr de lui. Entouré pour l’essentiel de conseillers choisis pour la maigreur de leur expérience et leur sens aigu de la flagornerie, il navigue en fait à vue. Voilà du reste qui explique ses revirements fréquents : ils interviennent lorsqu’il prend conscience soudainement qu’il est allé trop loin, trop vite et dans la mauvaise direction.
Le monde entier comme terrain de golf
Élu sur la promesse de faire de l’ » America First », il se révèle très activiste sur le plan international. Au Moyen-Orient, sur l’avenir de Gaza, il s’est impliqué personnellement. Il a bombardé l’Iran. En Argentine, il a engagé la garantie du Trésor américain pour soutenir les réformes de Xavier Milei. Si ce dernier avait perdu les législatives, comment aurait-il expliqué au Congrès et au peuple MAGA que les intérêts vitaux des États-Unis étaient en jeu ?
Au Chili, il a pris ouvertement parti pour un candidat à la présidentielle. Là encore, un pari heureux. Au Honduras, même chose. Avec la Colombie, à l’inverse, il a coupé les ponts et toute aide bilatérale. Et maintenant, il prétend « gouverner le Vénézuela », mais ne donne pas de détails…
Au Vénézuela, la « bonne personne » n’est pas la plus fréquentable
En emprisonnant à Brooklyn le président usurpateur « bolivarien », Donald Trump écarte certes du pouvoir un dangereux adversaire des États-Unis, allié de la Russie, de la Chine, de Cuba et de l’Iran, et profiteur du narcotrafic. En revanche, il ne renverse pas son régime. Il exclut de miser sur Maria Corina Machado pour prendre la suite. La lauréate du prix Nobel de la paix ne lui semble pas être la bonne personne, en raison de son manque d’autorité sur l’armée. Il préfère miser sur la vice-présidente, Delcy Rodriguez, suivant l’avis de la CIA et du lobby pétrolier. Ces derniers jugent qu’elle est certes idéologiquement infréquentable, mais hélas incontournable car compétente en matière de pétrole et respectée des généraux en place. Voilà bien la première fois que Donald Trump écoute des sources mieux informées que lui.
L’homme qui a promis de « ne jamais commencer de guerres », fait ainsi un énorme pari risqué. Sera-t-il contraint d’envoyer les « marines » combattre au Vénézuéla, si jamais Delcy Rodriguez se révélait plus bolivarienne et inféodée à Cuba, que pragmatique et coopérante ?
Défier l’OTAN en s’attaquant au Groenland ? Soutenir une révolution en Iran ?
Le monde MAGA, nationaliste et isolationniste, va-t-il longtemps tolérer que son champion, Donald Trump, au lieu de combattre la vie chère, passe ses journées à traiter des dossiers diplomatiques et militaires, au besoin en allumant de nouveaux brasiers, aujourd’hui à Caracas, demain à Cuba, et après demain au Groenland ? Osera-t-il rationnellement sacrifier l’OTAN afin d’annexer l’île glacée, sous la couronne danoise depuis 1814 ? Le pire est qu’il en est capable !
Combien de temps les républicains au Congrès le suivront-ils sur ce chemin hyper-interventionniste aventureux ? Par quels moyens financiers ou secrets accepteront-ils que les États-Unis soutiennent une révolution en Iran ? C’est pourtant ce que Donald Trump promet, dans l’espoir d’encourager la révolte du peuple perse contre les mollahs.
L’Europe tétanisée
Sans jamais consulter ou même informer le Congrès, le chef de l’État américain menace, fonce, frappe et sanctionne à tout va. Il ne se soucie guère du lendemain. En Europe, frappée de stupeur, la passivité règne. Le contraste entre l’activisme trumpien et l’impuissance européenne est devenu saisissant.
L’Union européenne n’est même pas vraiment invitée à la table des négociations pour un cesser le feu en Ukraine. À Paris, Emmanuel Macron continue de faire croire qu’il compte dans le concert des Nations et qu’il parle d’égal à égal avec Trump et Xi. Sa crédibilité est pourtant nulle. Tandis que Donald Trump kidnappe Nicolas Maduro, la France se montre incapable de faire accepter à l’Algérie ses propres ressortissants coupables de délits en France.
L’Europe tétanisée, militairement faible, économiquement fragile, démographiquement déclinante, culturellement assiégée, technologiquement dépassée et politiquement fragmentée, semble condamnée au rôle de spectateur. Vieux continent obligé de subir les conséquences de pulsions impériales américaines…
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25 réponses
« …se rend-t-il compte qu’il encourage implicitement la Russie et la Chine à proclamer à leur tour un droit de regard et d’influence exclusive sur leurs voisins ?  »
Comme si ces deux empires avaient attendu les USA pour exercer « un droit de regard » sur leurs voisins ! Trump ne fait que rattraper un retard !
Je trouve que vous avez bien raison. En outre, Trump qui vend à Taïwan des armes au vu et au su de tous, n’abandonne pas l’île qui est une barrière bridant l’expansionnisme chinois (et c’est du reste bien la raison pour laquelle les communistes chinois, qui n’ont jamais mis un pied sur l’île, entendent l’annexer, et non je ne sais quel sentiment patriotique…)
Pas du tout
Trump montre sa force brute que la chine comme la Russie respectent
Il s impose aux autres car les usa restent la 1ère armée du monde
Trump ne fait que retour sur l abandon de la force par le monde occidental!!!!
Les mandats Obama Biden ont été de terribles aveux de faiblesses dont la chine russie iran turquie Corée du nord…..ont largement profité
Ces commentaires sont tristes mais malheureusement réalistes.
Vous soulevez les risques et des arrangements avec le droit international et la morale. Le sujet TRUMP est complexe et ses agissements aussi. Je perçois, peut être à tort, une évolution dans les influences suivies par TRUMP mais aussi une certaine constance.
Constance sur le Groenland qui semble être le plus provocateur pour le droit international. Nous verrons bien car il y a les paroles et les actes. Pour l’instant il entame non pas une guerre mais des négociations comme il l’avait fait avec le CANADA sans succès. Pour le reste il semble écouter moins la partie MAGA de son électorat que la partie libérale et « néo » conservatrice. Le droit international montre ses limites depuis des décennies. Les dictatures socialistes, mafieuses et islamistes ne sont pas inquiétées. Elles auraient le droit international avec eux ? le droit sur leur peuple d’emprisonner, d’empêcher la libre expression, de truquer les élections, de tuer, .. Elles auraient le droit d’organiser le trafic de stupéfiants, de passer des accords entre eux et de fournir armes et organisations à des mouvements terroristes,… les décisions au niveau de l’ONU sont sous influence et sont bloquées par le droit de véto. Elles sont très souvent contraire au bon sens et à la morale. Elles renforcent l’axe du mal et lui permet de se déployer partout dans le monde notamment en Afrique.
Oui Trump a eu raison de bombarder une installation d’enrichissement de l’uranium en IRAN, de soutenir Israël contre sa lutte anti terroristes, d’organiser l’arrestation d’un dictateur, chef d’un cartel mafieux qui déverse la drogue aux USA et en Europe, d’augmenter la pression sur Poutine en mettant à mal les circuits de vente de pétrole de Poutine.
Il frappe des coups puissants contre l’internationale des dictatures qui comprend la Russie, la chine, l’IRAN et leurs satellites. Il commence à détruire leurs liens et affaiblit leurs moyens.
Cela peut faire peur? C’est risqué mais c’est aussi porteur d’espérances.
« L’Europe tétanisée, militairement faible, économiquement fragile, démographiquement déclinante, culturellement assiégée, technologiquement dépassée et politiquement fragmentée, semble condamnée au rôle de spectateur. Vieux continent obligé de subir les conséquences de pulsions impériales américaines »
En attendant de devenir le Xème état des USA ? Son appendice européen sécurisant les océan atlantique et arctique ?
L’Europe n’est pas tétanisée, pour la bonne et simple raison qu’elle n’existe pas. L’Europe est une chimère dont plusieurs dirigeants rêvent mai ne prennent aucune initiative sérieuse pour lui donner corps.
L UE ne pourra peser sur la scène internationale qu en devenant fédérale comme les usa d ailleurs
Nécessaire à la construction de l UE la structure actuelle a atteint ses limites et n est plus opérationnelle
Une évolution vers le fédéralisme est la seule solution pour sortir du marasme européen
tétanisée,
militairement trèsfaible,
économiquement fragile,
démographiquement déclinante,^_^
CULTURELLEMENT foutue !!!
technologiquement dépassée
politiquement fragmentée,
l’ Europe est morte et enterrée. …
depuis une douzaine d’années
AU MOINS !!!!!!
Prendre des risques est le contraire du fonctionnariat, en Europe on impose des lois des règles mis en place par des fonctionnaires non élu, aux Etats Unis le président met en place sa vision et l’état suit, on peut toujours critiquer , mais on a le résultat d’une Europe en décadence sous l’influence de l’Allemagne qui largement participée à ce qu’est l’Europe d’aujourd’hui.
tout à fait Roger !!!
C est pourtant toujours l allemagne qui tire l UE quand la France s enlise désespérément dans ses délicieuses contradictions
Quel étrange article ! Vous semblez faire la liste des succès de Trump tout en lui reprochant de les avoir réalisés. Soit il a tort de ne pas écouter ses conseillers, soit il a tort de les écouter parce qu’ils sont incompétents. Donc, Trump n’aurait rien dû faire, et rien tenter, de peur de fâcher les Chinois, les Russes et les Européens. C’est du « en même temps ».
ce n’est pas vraiment ce que dit l’article..
Un nouvel ordre mondial se met en place sous la houlette de dirigents forts à la tête de pays puissants et sans l’Europe car l’Europe n’est pas une nation .
L’Europe est bien présente dans la défense de l’Ukraine !
L’UE n’est pas l’Europe. Je ne comprends pas pourquoi ce simple rappel est censuré.
exact
une telle armée coute cher… le gain économique pour le contribuable us n’est pas si trivial.. l’europe l’a vu avec les colonies d’ailleurs.. le peut être une case de l’explosion de l’urss…
le seul argument  » acceptable » c’est la peur de la chine..
qui au passage se plaçait au Venezuela..
mais trump ne « déçoit » pas en ce sens qu’il refait le monde….
Donald Trump est parfois une bénédiction malgré le caractère apparemment erratique de ses agissements mais surtout de ses déclarations apparemment irréfléchies (je ne comprends pas l’obsession pour le Canada et le Groënland). Il y a là un cas d’étude à analyser et je n’en ai nullement la compétence.
Mon commentaire souligne que le « progressisme » d’un Obama a été désastreux à tout point de vue (interne sur l’économie, externe sur la Syrie, par exemple); que le néoconservatisme des Bush a été désastreux (bien pire que ce qu’a pu faire Trump jusqu’à présent, notamment en Irak et en Afghanistan); que l’action de Clinton a été la moins marquante (au plan de l’histoire, ce qui en fait peut-être le meilleur président car il s’occupait d’économie ?); que Reagan a marqué son temps avec un bilan économique solide et des succès (?) internationaux (surtout fin de l’URSS du fait de la course aux armements gagnée alors, Nicaragua, Salvador, Grenade, etc.) était très inspiré de Monroe. Et je ne remonte pas au « plan condor » avec le soutien aux dictatures (Chili, Bolivie, Argentine, Paraguay… alors paradis pour les anciens nazis)
De toutes façons, l’Europe des ronds-de-cuir n’est pas invitée.
Alors prenons la bonne nouvelle de la fin de l’horrible Maduro en attendant celles du castrisme à Cuba, de Poutine en Russie et des mollahs en Iran et, combinée à la fin de la guerre russe en Ukraine, 2026 aura été un bon cru grâce à cet étrange président.
Le cru sera encore meilleur si en Europe on se débarrasse des conneries du « green deal » et en France on voit la fin de LFI et de leur leader fasciste.
Se débarrasser des conneries du green deal et de LFI avec son leader fasciste, oui. Et on pourrait aussi s’autoriser à ajouter l’histrion psychopathe du 55…
« Le cru sera encore meilleur si en Europe on se débarrasse des conneries du « green deal » et en France on voit la fin de LFI et de leur leader fasciste. »
On ne saurait mieux dire !
Si l’Europe avait été bien présente dans la défense de l’Ukraine, la Russie ne l’aurait pas attaquée. C’est bien parce que l’Europe est faible politiquement et militairement qu’elle ne compte pas aux yeux des 3 puissances mondiales (USA, Chine, Russie). La seule façon pour elle de peser efficacement serait de devenir les États-Unis d’Europe. Ce qui n’arrivera pas.
il faut suivre l’actualité de la PDVSA, la compagnie pétrolière vénézuélienne… elle a annoncé officiellement avoir ouvert les négociations avec les USA pour la gestion des exportations pétrolières vénézuéliennes et la rénovation des infrastructures pétrolières… Si tel est le cas, cela veut dire que Trump n’a pas agi à l’aveugle, et qu’il existe effectivement un accord tacite entre Caracas et Washington.
Le petrole Venezuelien est tres cher apres un raffinage hors de prix. Il est invendable contre la plupart des petroles legers et pas cher du Moyen Orient et du Guyana. Avec le manque de confiance sur le nouveau gouvernement Venezuelien issu directement de l’ancienne equipe qui a nationalise les companies petrolieres sans contrepartie, le cout enorme a investir dans les installations petrolieres et le prix du petrole Venezuelien non rentable au prix actuel du brut, il va falloir que Trump investisse lui meme. Les companies petrolieres ne suivront pas… Un coup d’epee dans l’eau pour Trump?