Le réalisateur François Ozon a adapté au cinéma le célèbre roman d’Albert Camus, L’Étranger, presque 60 ans après que Visconti en eut lui-même fait une première adaptation. C’est donc l’occasion de rappeler en quoi Camus mérite d’être considéré non seulement comme un éminent écrivain, mais aussi comme l’une des grandes figures intellectuelles du XXe siècle qui tâcha de défendre la liberté individuelle contre les entreprises d’embrigadement idéologique entendant museler et mettre au pas les récalcitrants. Tandis que Sartre s’enfermait dans l’idéologie et prenait ouvertement position dans le débat public comme compagnon de route du communisme, Camus fit quant à lui preuve d’une lucidité sans commune mesure vis-à-vis du marxisme. « Nous ne serons jamais pour les camps de concentration », a-t-il par exemple dit (voir le dernier hors-série du Figaro consacré à Camus, p. 36). Là où les défenseurs de l’URSS se sont tus ou ont menti eu égard aux massacres commis en URSS, Camus choisit le parti de la vérité, n’hésitant pas à dénoncer les crimes commis au nom de l’idéologie, et s’exposant dès lors aux rudes attaques menées par les thuriféraires du soviétisme, alors légion parmi l’intelligentsia française de gauche. En 1951 paraît L’homme révolté, qui sera un grand succès de librairie. Un ouvrage dans lequel Camus, qui ne renie pourtant pas sa qualification d’ « homme de gauche », s’en prend au principe même de la révolution : 1789 – avec son paroxysme de violence atteint lors de la Terreur -, mais aussi bien sûr 1917 (ibid, p. 38). Camus l’intellectuel fut aussi éloigné qu’on pouvait l’être de tout machiavélisme : là où l’auteur du Prince entendait justifier la fin par les moyens, le futur prix Nobel de littérature (1957) considérait pour sa part que les moyens sont de nature à délégitimer la fin poursuivie. On a donc raison en ce sens de parler de l’humanisme de la pensée de Camus.
Mathieu Laine ne s’y est du reste pas trompé en incluant Camus dans son Dictionnaire amoureux de la liberté (Paris, Plon, 2016). « Camus, peut-on y lire, c’est l’homme de la résistance, de la révolte. Pas de la révolte d’un héros, mais d’un homme qui, parce que c’est lui, pense autrement, voit différemment le monde » (p. 141). Camus aura ainsi su être, à l’inverse de Sartre – qui reste malgré tout un grand auteur pour ses qualités notamment littéraires -, un écrivain pleinement responsable – pour reprendre son discours de réception du Nobel – des « deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté » (cité p. 142).
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2 réponses
Je ne vois aucun rapport avec le film de François Ozon.
Bonjour Monsieur,
Merci pour votre commentaire. Le film de François Ozon a donné lieu dernièrement à plusieurs articles dans la presse sur l’auteur de L’Étranger. Il y a notamment tout un hors-série du Figaro intitulé « Camus, étranger parmi les siens ». J’ai simplement tâché de m’inscrire dans cette actualité pour rappeler en quoi Camus fut aussi au XXe siècle un défenseur de la liberté.
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Je ne vois aucun rapport avec le film de François Ozon.
Bonjour Monsieur,
Merci pour votre commentaire. Le film de François Ozon a donné lieu dernièrement à plusieurs articles dans la presse sur l’auteur de L’Étranger. Il y a notamment tout un hors-série du Figaro intitulé « Camus, étranger parmi les siens ». J’ai simplement tâché de m’inscrire dans cette actualité pour rappeler en quoi Camus fut aussi au XXe siècle un défenseur de la liberté.
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