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vendredi 23 octobre 2026

Alexandre Skobov : « Je refuse d’être une monnaie d’échange »

Temps de lecture : 2 minutes

Alexandre Skobov est né à Leningrad en 1957. Étudiant en histoire, il jette depuis un toit, en 1976, des tracts appelant à un « socialisme humaniste » et publie une revue clandestine. Arrêté par le KGB, il est condamné à six mois de prison, puis à trois ans d’internement psychiatrique. En 1981 il rejoint la première tentative de création d’un syndicat indépendant en URSS, et en 1982, un texte publié dans un circuit de diffusion clandestin, le samizdat, lui vaut cinq nouvelles années d’hôpital psychiatrique. Il en sort durant l’été 1987, à l’époque de la Perestroïka.

Trente-sept ans plus tard, il est de nouveau enfermé. Arrêté à Saint-Pétersbourg en avril 2024 après avoir publié un article contre la guerre en Ukraine, il est condamné le 21 mars 2025 par un tribunal militaire à seize ans de détention pour « justification du terrorisme » et « participation aux activités d’une communauté terroriste », ce second chef pour son rôle au sein du Forum Russie libre. Son appel a été rejeté en avril 2026. En août, la justice russe lui infligeait une amende de plus pour un slogan pro-ukrainien (« Gloire à l’Ukraine, gloire aux héros ! ») lancé à ses gardiens.

C’est de la colonie de haute sécurité d’Elets (région de Lipetsk) qu’il a écrit une lettre adressée aux Américains. Elle porte sur les négociations en cours entre Washington et Moscou : des prisonniers politiques russes contre un allègement des sanctions. Donald Trump a confirmé le 18 octobre que les discussions incluaient des détenus, et Moscou a reconnu ce dialogue le 20 octobre. Skobov demande que son nom soit retiré de toute liste.

La raison tient en une phrase : « Les sanctions ont un impact réel sur la situation au front. Les lever avant le gel des opérations militaires reviendrait donc à aider l’agresseur. » Sa position reste ferme en ce qui le concerne personnellement : « Je ne donnerai pas mon consentement pour devenir une monnaie d’échange dans une telle transaction. »

Suit la phrase la plus importante du texte, qui  vise ceux qui prétendent le sauver : « Personne n’a le droit d’exiger quoi que ce soit des otages. » Skobov ne condamne pas les détenus qui accepteraient d’être échangés ; il condamne la pression exercée sur eux pour qu’ils le fassent. Un consentement arraché à un homme enfermé n’est pas un consentement. Et pour sa part il s’y refuse : « Je suis un acteur à part entière, autonome et toujours capable d’agir… Et j’espère très sincèrement qu’on ne laissera tout simplement pas Trump mener à bien cette transaction indigne. » Skobov préfère rester enfermé mais digne plutôt que de recouvrer la liberté au prix d’une telle complicité.

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