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vendredi 12 juin 2026

« Au diable la rente ! », par Etienne de Rocquigny

Temps de lecture : 2 minutes

Comme Anne de Guigné, Etienne de Rocquigny veut aussi « réhabiliter le sens du travail, la joie de l’incertitude créatrice et leur rapport nécessaire à l’argent, mauvais maître mais bon serviteur ».

Il fait l’éloge de l’entrepreneur qui ne gagne de l’argent que parce que « les biens et services nouveaux qu’il a tenté de développer ont été appréciés ». L’enrichissement des uns n’appauvrit pas les autres. Il ne s’agit pas d’un jeu à sommes nulles. La créativité entrepreneuriale favorise l’emploi et l’impôt, elle élargit le gâteau et permet à chacun, à sa mesure, de faire grandir sa part. L’abandon du travail, la généralisation de la rente, dit-il, « nous rendrait tous malheureux et esclaves à force de vouloir nous libérer de ce qui fonde la vie ».

Certains prophètes prédisent que l’IA supprimera le travail. Certains s’en réjouissent tandis que d’autres s’angoissent. Déjà les machines à tisser inquiétaient les luddites et les canuts. Les marchands de chandelles ont disparu, mais l’électricité a favorisé nombre d’activités nouvelles. Un monde sans travail et sans risque serait un enfer nous dit Etienne de Rocquigny. La tentation de croire que l’IA pourrait assurer une répartition indiscriminée de tous les biens entre tous et supprimer une fois pour toutes les besoins matériels de chacun est un leurre tant les besoins humains sont infinis.

Le monde humain est indéterminé comme le rappelle la physique quantique. L’IA bouleversera le monde comme Gutenberg, Edison et Bill Gates l’ont fait. Mais l’auteur est confiant dans la singularité humaine : « Malgré les promesses de contrôle universel par l’IA, l’indétermination, l’incertitude et donc le risque constituent l’essence de la vie et du monde. » C’est en travaillant qu’on devient une personne humaine et l’IA pourra nous y aider, pas nous en empêcher. Nous vivons et nous ne pouvons vivre que par nos efforts permanents, par notre travail, « cette réalité qui trouve ses fondements dans la nature elle-même et son plein développement dans la dignité du travail propre aux personnes humaines ».

Plus que du travail, il nous faut des buts à atteindre, des aventures à entreprendre, des lièvres à courir pour nous réaliser. C’est en faisant fructifier nos talents, en en prenant le risque, que nous accomplissons nos fins. A cet effet, nous avons besoin, anthropologiquement, de notre autonomie, de notre liberté. La dignité du travail humain exige que ses moyens et ses fruits soient reconnus, elle a donc besoin du « respect structurel du droit de propriété ».

Il ne faut donc pas plus s’en remettre à l’IA que la rejeter. Les immenses possibilités qu’elle ouvre sont autant de risques de déshumanisation du travail que la financiarisation de ses développements augmente. Il n’empêche qu’elle facilitera de nombreuses tâches, qu’elle aidera à faire face au défi climatique, qu’elle permettra le meilleur usage de nombreuses ressources. Etienne de Rocquigny est optimiste, il croit, non sans raison, que la transformation des métiers par l’IA peut permettre une meilleure maîtrise du travail, en faciliter un partage efficace… De l’incertitude de notre époque il nous invite à tirer le meilleur profit, à accepter et gérer le risque de l’IA pour en saisir et en faire fructifier les opportunités. Ce message positif est sympathique et reste à méditer.

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