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lundi 9 février 2026

Autonomie de la Corse : un faux problème qui cache les vrais défis

Temps de lecture : 4 minutes

Seule une minorité de décideurs locaux insulaires veut l’autonomie. Ce sont pourtant eux qu’Emmanuel Macron écoute et c’est à leurs demandes qu’il accède, sans tenir compte de la volonté de la population corse.

Le président de la République s’est engagé dans une réforme du statut de la Corse dont la majorité de la population de l’île ne veut pas, car elle ne répond pas aux besoins des habitants. Ce processus a commencé après l’assassinat d’Yvan Colonna en mars 2022 à la prison d’Arles, qui avait enclenché une série d’émeutes, où la colère de certains jeunes fut exploitée politiquement. Depuis lors, Emmanuel Macron s’est persuadé que le problème de la Corse était l’autonomie, alors même que ce territoire dispose de compétences particulières bien supérieures à toutes les régions françaises. En proposant de donner à la Collectivité de Corse un « pouvoir normatif délégué », il franchit une ligne rouge inacceptable pour beaucoup d’élus, mais il suscite aussi de l’interrogation et de l’inquiétude au sein de la population corse, qui ne raffole guère des aventures risquées, comme le fait d’octroyer un pouvoir législatif aux nationalistes.

Le Conseil d’État a suggéré de modifier ce texte sur des points substantiels, mais le gouvernement a décidé de passer outre. 

Le plan d’Emmanuel Macron semble être d’un machiavélisme de court terme : offrir ce « pouvoir normatif délégué » aux nationalistes, tout en sachant qu’il n’obtiendra pas la majorité des 3/5e du Parlement, afin de faire porter l’échec de l’autonomie aux sénateurs. In fine, cela provoquera la colère des nationalistes qui souhaitent l’autonomie, sans résoudre les problèmes de l’île.

Un nationalisme en trompe-l’œil

Les nationalistes ont certes gagné les élections territoriales de 2017 et 2021, mais cette victoire est un trompe-l’œil. Lors des élections, la participation fut faible : 52% en 2017, 57% en 2021. C’est à peine un électeur corse sur deux qui a participé au scrutin. La Corse a des taux de participation qui sont toujours inférieurs aux autres territoires français. À la présidentielle de 2022, le taux de participation au premier tour fut là aussi de 57%. Preuve qu’une grande partie de la population corse n’est pas intéressée par les sujets politiques. 

L’autre caractéristique de la politique corse est qu’elle est régie par des logiques claniques et familiales et non pas idéologiques. Si les partis nationalistes gagnent, c’est en raison des liens claniques qu’ils ont tissés, notamment avec les élus locaux. Une fois au pouvoir, ces liens sont renforcés par le contrôle des emplois publics et des subventions. Comme c’est eux qui parviennent le plus à mobiliser leur électorat, dans un contexte de faible participation électorale, ils parviennent à l’emporter. Mais Gilles Simeoni, l’actuel président de la collectivité de Corse, n’a obtenu que 29% des voix au premier tour et 40% au second. 

Ce nationalisme en trompe-l’œil est manifesté par le vote de la présidentielle : Marine Le Pen y a obtenu 58% des voix au second tour, soit son meilleur score régional. La Corse est la région qui vote le plus pour Marine Le Pen, alors qu’elle s’est dite fermement opposée à l’autonomie et à l’apprentissage des langues régionales. 

Certains y voient un paradoxe, mais il n’est qu’apparent : le vote régional et le vote présidentiel répondent à deux logiques politiques différentes. Une logique territoriale et clanique dans un cas, où la question de l’autonomie est en réalité secondaire pour des électeurs qui votent pourtant pour les autonomistes, et une logique idéologique dans le second cas. Le fil conducteur étant la défense de l’identité corse. Beaucoup d’électeurs corses votent nationalistes non pas pour l’autonomie, mais parce que c’est pour eux un moyen d’exprimer leur volonté de défendre leur culture et leur identité ; expression identitaire et culturelle qu’ils expriment ensuite dans le vote pour Marine Le Pen.

La Corse et ses défis

Les atouts et les défis de la Corse sont nombreux et l’île et ses habitants méritent mieux que les tambouilles politiques.
Avec 350 000 habitants, la population de la Corse est équivalente à celle de la ville de Nice, mais l’agglomération niçoise atteint les 970 000 habitants.
Qui peut croire qu’une autonomie fiscale parviendra à financer les infrastructures routières complexes, les équipements structurants d’une région montagneuse ?
Qui pour financer les professeurs, les services de soin et de sécurité ?

L’été, gendarmerie et pompier sont renforcés par des réservistes venus du continent pour assurer la sécurité des personnes, des biens et des espaces naturels. Ce n’est pas la Corse seule qui peut financer cela.

Depuis 1982, la Corse bénéficie déjà d’une autonomie assez large dont les politiques publiques n’ont jamais été évaluées. Alors que l’organisation de la gestion des déchets dépend de la Collectivité de Corse, l’île ne possède pas d’incinérateurs, d’unités de traitement et de valorisation. Les déchets sont donc enfouis, ce qui ne semble pas émouvoir ceux qui se disent pourtant préoccupés par la sauvegarde de la nature.
L’île a toujours des problèmes d’accès à l’eau, pour la boisson et pour l’irrigation, et les tensions énergétiques perdurent.

Des finances dans le rouge

En juin dernier, la Chambre régionale des comptes a tiré le signal d’alarme à propos de l’état des finances de la Collectivité de Corse, dont les dépenses et l’endettement ne cessent de croître. Environ 72% du budget est consacré aux dépenses de fonctionnement et 28% seulement aux dépenses d’investissement, faisant de la Corse la région la plus endettée de France. Donner le pouvoir aux autonomistes créerait un véritable parti-État qui supprimant tous les contre-pouvoirs et prenant le contrôle de tous les secteurs économiques vitaux, dont les ports et les aéroports. Avec pour résultat déjà palpable, des prix dans l’aérien qui explosent y compris pour les résidents de l’île. Un billet vers Chypre ou le Maroc est aujourd’hui deux à trois fois moins cher qu’un billet d’avion vers la Corse. En conséquence, une destination toujours plus concurrencée et des Corses résidents sur le continent qui espacent ou réduisent leur séjour. Moins de vacanciers, cela signifie moins de locations, mais aussi moins de consommation sur place, ce qui pénalise tout le secteur agricole : viticulture, élevage, fromagers, etc., dont le débouché premier est la consommation locale. Moins d’activité économique, donc plus de chômage et de pauvreté. 

À quoi s’ajoute une criminalité organisée qui n’a rien de romantique ni de noble. Il faut déraciner l’image d’Épinal du bandit d’honneur qui n’existe plus depuis longtemps. Cette criminalité-là vit du racket des entreprises, qui n’ont pas d’autres choix que de payer ou de partir, et du trafic de drogue, qui explose sur l’île comme dans toutes les régions françaises.

Autant de freins qui limitent le travail des très nombreux entrepreneurs de l’île et qui poussent la jeunesse entreprenante à partir. 

C’est tout cela que le gouvernement actuel devrait pourtant traiter : lutte contre la criminalité, développement de la libre entreprise, concurrence des compagnies aériennes et maritimes, afin de permettre aux Corses entreprenants et désireux de mettre en valeur leur patrimoine et leur culture de le faire sans crainte. Loin, très loin donc, des chimères d’une autonomie qui à ce jour, signifie surtout la captation des richesses communes par des intérêts privés.   

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

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5 réponses

  1. Je confirme que j’ai croisé « sur le continent » mais aussi dans des pays lointains des entrepreneurs corses qui ont fui le socialo-gangstérisme de leur chère île… ils demeurent fortement attachés à leur identité corse (qu’ils n’opposent nullement à l’appartenance à la France) et dénoncent très fortement le « système » qui défigure leur île. Dans certains pays du tiers-monde ils ont trouvé une plus grande sécurité entrepreneuriale qu’en Corse (c’est dire !). Ils ont fui leur île par refus de se faire racketter par des minables, et de la démagogie complice de l’état français qui laisse faire ces pratiques au détriment de la population et des entrepreneurs. Je pense qu’ils sont dans la même situation qu’un certain nombre d’Ultra-Marins tout à la fois attachés à leur identité locale et à leur attachement à la France, et qui votent RN. La situation est souvent la même dans l’hexagone où l’état laisse sciemment les coteries phagocyter les collectivité locales sous prétexte de décentralisation. Tout cela se fait au détriment de la population et des entrepreneurs. L’état doit faire respecter l’égalité libérale et cesser de gérer notre pays comme une république soviétoïde.

  2. « Je confirme que j’ai croisé « sur le continent » mais aussi dans des pays lointains des entrepreneurs corses qui ont fui le socialo-gangstérisme de leur chère île… »

    Macron caresse dans le sens du poil les mafieux Corses, il facilite tout ce qui peut affaiblir la France-état nation au profit de ses chimères européo-mondialistes.

  3. Et vous ne parlez pas du monopole sur les carburants entre les mains d’un seul homme, qui interdit aux grandes surface de l’ile de vendre ces carburants.

  4. Comme en Nouvelle-Calédonie, l’État français cède aux minorités, violentes et/ou claniques.
    Il suffirait, me semble-t-il d’organiser un referendum local proposant deux statuts, celui du maintien dans la république, ou celui de l’indépendance réclamée par les autonomistes.
    Je pense que le résultat serait très clairement en faveur du maintien dans la république.

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