En Chine, la politique zéro-Covid montre ses limites. Le 24 novembre, dix personnes ont trouvé la mort dans l’incendie d’une résidence confinée, à Urumqi, dans la région du Xinjiang.
L’intervention des secours aurait été retardée par un trop grand nombre de véhicules immobilisés à cause du confinement, et qui bloquaient le passage. À Shanghaï, le recueillement s’est rapidement transformé en manifestation. « Xi Jinping, démission ! », « À bas le Parti communiste ! », « Non aux tests covid, oui à la liberté ! ». Des centaines de jeunes ont scandé des slogans contre le pouvoir, avant que les révoltes ne se propagent dans le pays entier. Il s’agit du premier mouvement d’une telle envergure depuis des décennies, même si les manifestations locales sont légion.
L’illusion de la politique zéro-Covid
Depuis 2020, le pays connaît des confinements massifs dès l’apparition du moindre cas covid, des restrictions de circulation, ainsi qu’une quasi-fermeture des frontières. Cette politique du zéro-Covid a deux conséquences majeures. Sur le plan politique, elle révèle la dangerosité d’une rhétorique poussée à son extrême, quand l’aspiration à une société du risque zéro devient un prétexte pour contrôler la population et réprimer les opposants politiques.
Sur le plan économique, la croissance chinoise est, pour la première fois depuis 30 ans, inférieure à celle du reste de l’Asie émergente : 3,3 % en 2022 selon la Banque asiatique de développement, contre 5,3 % dans les autres pays. Quant à la production industrielle, elle a baissé de 2,9 % – avec une chute drastique de 11,1 % des ventes au détail. Les subventions du gouvernement semblent d’ailleurs avoir un impact négatif sur la productivité des entreprises, selon une étude du NBER. Tensions financières, économie en berne : pour le FMI, il n’y a pas d’autre choix que d’assouplir la politique zéro-Covid.
Les confinements prolongés ont entraîné une détérioration de l’activité économique, avec une baisse des ventes au détail et de la production industrielle (Statista)
Outre la perte d’attractivité pour les investisseurs – déjà échaudés par le durcissement réglementaire à l’égard des géants de la tech -, la réorganisation des chaînes d’approvisionnement des entreprises étrangères et la chute de l’industrie, une grave crise immobilière frappe le pays.
Certes, le marché de l’immobilier était déjà en crise, mais la politique zéro-Covid a aggravé la situation. Les confinements à répétition ont fait chuter les ventes, de telle sorte que les promoteurs se retrouvent ensevelis sous les dettes. Conséquence : des résidences, parfois neuves, sont démolies faute de trouver des acheteurs. Les dégâts sont d’autant plus grands que l’immobilier joue un rôle considérable dans l’économie chinoise – près de 29 % du PIB. Par ailleurs, l’immobilier constitue une part conséquente de la valeur nette des ménages chinois (45 % en 2019). Le gouvernement a tenté de réagir avec des mesures destinées à relancer le secteur, mais les ventes ont baissé de façon encore plus spectaculaire en avril 2022.
L’instabilité de la situation économique et la hausse des prix de l’immobilier ont fait chuter la demande (Reuters)
Vers un effondrement du régime ?
Pour le président Xi Jinping, la priorité n’est pas tant la croissance que l’unité du Parti communiste chinois (PCC). Alors qu’il brigue un troisième mandat, son étau se resserre sur le PCC. Mais la recherche de la sécurité et de la stabilité du régime, au détriment des libertés, risque de lui coûter cher. C’est probablement pour cette raison qu’il a récemment assoupli les restrictions, sans pour autant remettre en cause la politique zéro-Covid.
Problème : ces mesures de façade n’apportent aucun changement substantiel. L’économie stagne, et la corruption endémique dont souffre le pays ne semble pas près d’être endiguée. Sous le contrôle étroit des apparatchiks, les entreprises soutenues par le Parti bénéficient de nombreux avantages. Beaucoup d’hommes d’affaires entretiennent des relations étroites avec les bureaucrates du Parti, dont l’objectif est de stimuler la croissance à tout prix. Xi Jinping a lancé, il est vrai, des campagnes anti-corruption qui ont permis, entre autres, l’arrestation de l’ancien ministre des Chemins de fer. Mais ces campagnes sont parfois détournées pour purger le régime d’opposants potentiels.
Faut-il alors craindre un effondrement du régime ? À court terme, cela semble peu plausible eu égard au pouvoir de contrôle et de surveillance de Beijing. D’autant plus que le Parti semble s’unir derrière l’idée d’une Chine en compétition avec le reste du monde. À plus long terme, le gouvernement doit affronter d’autres problèmes structurels majeurs,à commencer par le vieillissement démographique qui pèse sur la dette publique, le marché de l’emploi, les systèmes de retraite et la croissance économique en général. Sans des réformes profondes, on peut penser que les politiques d’assouplissement ne suffiront pas à contenir une opposition grandissante.
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Une réponse
Bonjour, ne nous moquons pas, c’est exactement ce que nous sommes en train de vivre avec la politique Net-zéro (comprendre 0 libération de C02). https://climatetverite.net/2022/12/12/lonu-arme-dextinction-massive-de-lhumanite/
Merci. Bien à vous