A prendre ainsi au pied de la lettre les formules chocs du Pape François, il y a en effet de quoi surprendre (au moins) voire de quoi s’indigner ( au plus).
Le pape FRançois et l'économie Ci-après le texte d'une interview du Cardinal Bergoglio, futur François
VOLEE DE BOIS VERT DU (futur) PAPE FRANCOIS A UN JOURNALISTE
Interview du Cardinal Bergoglio par Chris Mathews de MSNBC
Chris Mathews est un journaliste de la presse libérale des USA à la réputation établie.
On commence à faire circuler la transcription d'une interview de celui qui était alors le Cardinal Bergoglio en Argentine. En fait, il s'était agi plutôt d'un guet-apens perpétré par Ie journaliste Chris Marthews de MSNBC.
Mais c'est le Cardinal Bergoglio qui finit par fustiger Matlews de telle manière que MSNBC renonça à diffuser l'interview. Mathews ayant constaté que son dessein avait échoué déposa l'enregistrement vidéo aux archives.
Un étudiant de l'université Notre Dame, qui réalisait son service social chez MSNBC, en pris possession et le remis à son professeur.
Le moment fort de l'interview est constitué par le débat à propos de la pauvreté.
L'échange démarre quand le journaliste tente de piéger le Cardinal en lui demandant ce qu'il pense de la pauvreté dans le monde.
Réponse du Cardinal :
Tout d'abord en Europe, et maintenant en Amérique, certains hommes politiques ont eu pour objectif d'endetter les peuples, créant ainsi une situation de dépendance. Pourquoi ? Pour renforcer leur pouvoir. Ce sont de remarquables experts en création de pauvreté et nul ne leur tient tête. Eh bien moi, je lutte pour combattre cette pauvreté. La pauvreté est devenue une situation naturelle et cela n'est pas bon. Ma tâche consiste à éviter l'aggravation de ce genre de situation.
Les idéologies qui engendrent de la pauvreté doivent être dénoncées. C'est l'éducation qui est la grande solution à ce problème. Nous devons apprendre aux gens comment sauver leur âme, mais en leur apprenant à éviter la pauvreté et à ne pas permettre que le gouvernement les conduise à cette pénible situation.
Là, offusqué, Matilews demande : Vous en rendez le gouvernement responsable ?!
J'en rends responsables les hommes politiques qui ne sont guidés que par leurs propres intérêts. Vous et vos amis vous êtes socialistes. Vous-mêmes et vos ligues politiques, vous êtes la cause de 70 ans de misère, et cela a conduit de nombreux pays au bord de la catastrophe. Vous croyez en la redistribution, ce qui est une des causes de la pauvreté. Vous voulez nationaliser l'univers pour pouvoir contrôler toutes les activités humaines. Vous détruisez la motivation chez l'homme, y compris pour prendre en charge sa famille, ce qui est un crime contre la Nature et contre Dieu. Cette idéologie crée plus de pauvres que toutes les corporations que vous qualifiez de diaboliques.
Mathews réplique : Je n'avais jamais entendu cela de la bouche d'un cardinal.
Le Cardinal : Les peuples dominés par les socialistes doivent savoir que nous n'avons pas à être pauvres.
Mathews attaque : Et l'Amérique Latine ? Vous voulez gommer les progrès accomplis ?
Le Cardinal: L'empire de la dépendance a été créé par Hugo Chavez avec de fausses promesses, et en mentant pour faire que l'on s'agenouille devant son gouvernement. Il leur a donné du poisson en leur interdisant de pêcher. En Amérique Latine, celui qui apprend à pêcher est puni. et ses poissons confisqués par les socialistes. La liberté est punie. Vous vous parlez de progrès, et moi je parle de pauvreté. J'ai peur pour l'Amérique Latine. Toute cette région est contrôlée par un bloc de régimes socialistes comme Cuba, l'Argentine, l'Equateur, la Bolivie, le Venezuela, le Nicaragua. Qui les sauvera de cette tyrannie ?
Mathews accuse .- Vous êtes capitaliste !
Le Cardinal: Si l'on pense que le capital est nécessaire pour construire des usines, des écoles, des hôpitaux, des églises, alors peut-être suis-je capitaliste. Et vous, vous vous opposez à ce processus ? Bien sûr que non, mais, ne pensez-vous pas que le capital est extorqué aux peuples par des corporations abusives ? Non, je pense que le peuple, au travers de ses options économiques, décide quelle est la proportion de son capital qui sera consacrée à ces projets.
L'utilisation du capital doit être volontaire. Quand les hommes politiques confisquent ce capital pour construire des ouvrages gouvernementaux et alimenter la bureaucratie, cela crée un grave problème. Le capital investi de façon volontaire est légitime, mais celui que l'on investit par coercition est illégitime.
Vos idées sont radicales, affirme le journaliste
Le Cardinal : Non. Il y a pas mal d'années, Kroutchev formula un avertissement : Nous ne devons pas nous attendre à ce que les Américains embrassent le communisme, mais nous pouvons assister leurs leaders élus grâce à des injections de socialism jusqu'à ce que, à leur réveil, ils découvrent qu'ils sont
embarqués dans le communisme Et c'est ce qui est entrain de se passer dans l'ancien bastion de la liberté. Comment les USA peuvent-ils sauver l'Amérique Latine s'ils se sont, eux, convertis en esclaves de leur gouvernement ?
Mathews affirme : Moi je ne peux pas digérer tout çà !
Le Cardinal lui répond : Vous constatez que vous êtes en colère, la vérité peut être douloureuse. Vous avez créé l'état de bien-être qui n'est que la réponse aux besoins des pauvres créés par la politique.
L'Etat interventionniste absous la société de sa responsabilité. Les familles échappent à leur devoir grâce au faux état d'assistance, et cela inclue les Eglises. Le peuple ne pratique plus la charité, et il considère les pauvres comme un problème du gouvernement. Pour l'Eglise, il n'y a plus de pauvres à aider : ils ont été appauvris de façon permanente, et ils sont maintenant la propriété des hommes politiques.
Et ce qui m'irrite profondément c'est l'incapacité des média qui observent le problème sans en analyser la cause. Le peuple a été appauvri pour qu'ensuite il vote pour ceux qui l'ont plongé dans la pauvreté.
Economie de marché… Le Pape a raison lorsqu'il dénonce l'économie de marché fondée sur une consommation outranciére quio conduit les Hommes a trouver comme seuls sources d' "équilibre", CONSOMMER et tout ce que celà engendre…Pollution, Spéculation capitalistique et financiére aux seules régles : LE PROFIT POUR QUELQUES UNS…
Le Pape et l'économie Vous devriez lui envoyer votre réflexion. En effet, ce Pape risque d'assimiler l'économie de marché à ce qu'il a connu en Argentine plus proche du capitalisme des tricheurs ou de l'Etat central tricheur qui distribue des miettes pour se faire réélire.
merci pour cette réflexion.
réaction à la lecture de l'article Une parfaite mise au point (dont le pape François aurait tout intérêt à prendre connaissance!)
Merci et bonne année!
Réponse Merci pour vos commentaires et notamment celui de Pierre Williamsonn qui montre qu'en fait le Pape était vraiment anti-socialiste quand il était cardinal Bergoglio.
C'est sans doute la preuve que dans son exhortation le Pape François a sans doute parlé trop vite et cela est, d'une certaine manière, rassurant.
Mais seulement d'une certaine manière car le devoir d'un pape est de ne pas parler trop vite et le devoir des hommes que nous sommes, c'est de rappeler toujours et contre vents et marées les méfaits de critiques aussi radicales que celles que le pape a malencontreusement prononcées contre l'économie de marché. Il a dans sa nouvelle fonction une responsabilité incroyable qu'il ne mesure peut-être pas encore. En prononcant ses mots contre l'économie de marché, il a donné des armes à ceux là mêmes qu'il dénonce dans l'interview dont Pierre Willamsonn nous a donné la teneur, ce qui est pur le moins paradoxal.
Merci à tous de vos échanges.
Jean-Philippe Delsol
La Joie provient-elle du marché ou de l'Evangile ? Merci beaucoup pour votre article très intéressant qui me touche de près car je suis à la fois créateur d'une entreprise innovante de haute technologie travaillant à 80% à l'export et en même temps diacre et par concéquent engagé dans l'Eglise. Votre analyse m'a conduit à relire attentivement les passages de l'exhortation apostolique que vous citez. J'invite d'ailleurs vos lecteurs à relire ces passages en totalité et dans le bon ordre, ce qui permet de bien suivre la pensée du pape. Personnellement, je ne tire pas les mêmes conclusions que vous après relecture des passages incriminés.
Je pense que dire que le pape est contre l'économie de marché est un contresens complet. De ce point de vue, vous avez bien fait de reproduire de long passages d'autres encycliques et enseignements de l'Eglise qui montrent que le marché est un bon outil, surtout si on l'oppose au système socialiste qui veut que l'État soit responsable de tout. Mr Pierre Williamsonn montre aussi clairement que le pape, avant d'être élu, n'était pas du tout dans l'optique de condamner le marché en lui-même et je doute fort qu'il ait retourné sa veste. Le pape François ne condamne pas le marché, en lui-même, mais il condamne le marché sacralisé. Ce mot SACRALISE, n'apparaît qu'une seule fois dans vos citations, mais dans le texte du pape, il insiste beaucoup là-dessus avec des mots équivalents : il dit « nous avons créé de nouvelles IDOLES (55)» ou encore « l'autonomie ABSOLUE des marchés (56)» ou encore « un marché DIVINISE transformé en règle ABSOLUE (56)». Autrement dit, le pape s'insurge contre l'idéologie qui fait du marché un Dieu. C'est tout à fait dans la continuité de la Bible qui ne condamne pas l'argent en lui-même mais l'argent qui devient Dieu. Le marché est bon à condition qu'il reste un outil au service de l'homme et donc au service de Dieu. Si on oublie cela, alors, "le jeu de la compétitivité fait que le plus fort et le plus puissant mange le plus faible(53)". C'est cela et uniquement cela que le pape veut dire et personnellement je suis tout à fait d'accord.
Dans mes relations de chef d'entreprise avec des clients et des fournisseurs je mesure à quel point cette analyse est pertinente. Quand un gros client négocie avec moi, je vois à quel point ce gros client est tenté d'abuser de sa grosseur et de sa force pour me laminer sans me respecter. De même, quand je négocie avec un petit fournisseur, je suis tenté à mon tour de le laminer si j'oublie que derrière le fournisseur il y a avant tout des personnes humaines qui méritent le respect et pas uniquement de l'argent à gagner. Il ne vous a probablement pas échappé que cette tentation est la même à tous les niveaux, y compris pour les centrales d'achat des grandes surfaces qui abusent souvent des petits producteurs. Par contre, ces mêmes grandes surfaces n'abusent jamais des gros comme L'Oréal ou comme Nestlé qui sont aussi gros qu'eux!
J'ai noté dans votre analyse une phrase à laquelle je souscris tout à fait et que je cite : « il vaut mieux un système qui repose sur l’action et les choix d’une multitude de personnes plutôt qu’un autre tout entier entre les mains d’une bande de politiciens tentés rapidement de conserver le monopole du pouvoir et de travailler pour eux plus que pour le bien commun ». On voit bien que cette phrase est écrite par un Français dans un contexte politique français et j'applaudis! Cependant si on sort de ce contexte et qu'on applique cette phrase à d'autres pays, on s'aperçoit que certains groupes multinationaux ont des pouvoirs financiers bien plus importants que les états eux-mêmes. C'est alors que ces groupes industriels peuvent faire la pluie et le beau temps et la fin de la phrase peut s'appliquer tout autant à ces groupes qui travaillent pour eux plus que pour le bien commun. Par exemple, je connais bien l'Éthiopie qui est un des pays les plus pauvres du monde. Si vous allez là-bas, vous constaterez que les publicités de Coca-Cola sont omniprésentes partout y compris dans les villages les plus reculés, comme si le Coca-Cola était la chose la plus nécessaire au développement de ce pays. On est typiquement là dans l'aberration du marché sans foi ni loi qui abuse de personnes pauvres pour leur vendre des produits inutiles et sans que l'État puisse finalement faire grand-chose car ils sont peut-être bien contents, à leur niveau, d'encaisser les impôts de leur principal contribuable!
L'argent, la consommation et le marché, dès lors qu'ils sont considérés comme Dieu produisent des "fruits" qui montrent à quel point cette voie est une impasse. L'indifférence, la solitude et le suicide sont des maladies typiques de nos pays riches. Souvent, je partage avec des amis originaires des pays du tiers-monde qui me témoignent que ces maladies sont bien plus rares chez eux. On en revient au titre de cette exhortation apostolique : "la joie de l'Évangile". Voilà tout le problème ! Si nous considérons le marché comme Dieu, au bout du bout, en fin de compte, nous perdons tous la joie et le bonheur. La voie de l'Évangile met Dieu et l'homme en premier et au bout du bout il nous propose la joie et le bonheur de vivre en frères. Voilà à mon sens ce que le Pape veut dire.
Le marché divinisé ! Merci beaucoup pour votre article très intéressant qui me touche de près car je suis à la fois créateur d'une entreprise innovante de haute technologie travaillant à 80% à l'export et en même temps diacre et par concéquent engagé dans l'Eglise. Votre analyse m'a conduit à relire attentivement les passages de l'exhortation apostolique que vous citez. J'invite d'ailleurs vos lecteurs à relire ces passages en totalité et dans le bon ordre, ce qui permet de bien suivre la pensée du pape. Personnellement, je ne tire pas les mêmes conclusions que vous après relecture des passages incriminés.
Je pense que dire que le pape est contre l'économie de marché est un contresens complet. De ce point de vue, vous avez bien fait de reproduire de long passages d'autres encycliques et enseignements de l'Eglise qui montrent que le marché est un bon outil, surtout si on l'oppose au système socialiste qui veut que l'État soit responsable de tout. Mr Pierre Williamsonn montre aussi clairement que le pape, avant d'être élu, n'était pas du tout dans l'optique de condamner le marché en lui-même et je doute fort qu'il ait retourné sa veste. Le pape François ne condamne pas le marché, en lui-même, mais il condamne le marché sacralisé. Ce mot SACRALISE, n'apparaît qu'une seule fois dans vos citations, mais dans le texte du pape, il insiste beaucoup là-dessus avec des mots équivalents : il dit « nous avons créé de nouvelles IDOLES (55)» ou encore « l'autonomie ABSOLUE des marchés (56)» ou encore « un marché DIVINISE transformé en règle ABSOLUE (56)». Autrement dit, le pape s'insurge contre l'idéologie qui fait du marché un Dieu. C'est tout à fait dans la continuité de la Bible qui ne condamne pas l'argent en lui-même mais l'argent qui devient Dieu. Le marché est bon à condition qu'il reste un outil au service de l'homme et donc au service de Dieu. Si on oublie cela, alors, "le jeu de la compétitivité fait que le plus fort et le plus puissant mange le plus faible(53)". C'est cela et uniquement cela que le pape veut dire et personnellement je suis tout à fait d'accord.
Dans mes relations de chef d'entreprise avec des clients et des fournisseurs je mesure à quel point cette analyse est pertinente. Quand un gros client négocie avec moi, je vois à quel point ce gros client est tenté d'abuser de sa grosseur et de sa force pour me laminer sans me respecter. De même, quand je négocie avec un petit fournisseur, je suis tenté à mon tour de le laminer si j'oublie que derrière le fournisseur il y a avant tout des personnes humaines qui méritent le respect et pas uniquement de l'argent à gagner. Il ne vous a probablement pas échappé que cette tentation est la même à tous les niveaux, y compris pour les centrales d'achat des grandes surfaces qui abusent souvent des petits producteurs. Par contre, ces mêmes grandes surfaces n'abusent jamais des gros comme L'Oréal ou comme Nestlé qui sont aussi gros qu'eux!
J'ai noté dans votre analyse une phrase à laquelle je souscris tout à fait et que je cite : « il vaut mieux un système qui repose sur l’action et les choix d’une multitude de personnes plutôt qu’un autre tout entier entre les mains d’une bande de politiciens tentés rapidement de conserver le monopole du pouvoir et de travailler pour eux plus que pour le bien commun ». On voit bien que cette phrase est écrite par un Français dans un contexte politique français et j'applaudis! Cependant si on sort de ce contexte et qu'on applique cette phrase à d'autres pays, on s'aperçoit que certains groupes multinationaux ont des pouvoirs financiers bien plus importants que les états eux-mêmes. C'est alors que ces groupes industriels peuvent faire la pluie et le beau temps et la fin de la phrase peut s'appliquer tout autant à ces groupes qui travaillent pour eux plus que pour le bien commun. Par exemple, je connais bien l'Éthiopie qui est un des pays les plus pauvres du monde. Si vous allez là-bas, vous constaterez que les publicités de Coca-Cola sont omniprésentes partout y compris dans les villages les plus reculés, comme si le Coca-Cola était la chose la plus nécessaire au développement de ce pays. On est typiquement là dans l'aberration du marché sans foi ni loi qui abuse de personnes pauvres pour leur vendre des produits inutiles et sans que l'État puisse finalement faire grand-chose car ils sont peut-être bien contents, à leur niveau, d'encaisser les impôts de leur principal contribuable!
L'argent, la consommation et le marché, dès lors qu'ils sont considérés comme Dieu produisent des "fruits" qui montrent à quel point cette voie est une impasse. L'indifférence, la solitude et le suicide sont des maladies typiques de nos pays riches. Souvent, je partage avec des amis originaires des pays du tiers-monde qui me témoignent que ces maladies sont bien plus rares chez eux. On en revient au titre de cette exhortation apostolique : "la joie de l'Évangile". Si nous considérons le marché comme Dieu, au bout du bout, en fin de compte, nous perdons tous la joie et le bonheur. La voie de l'Évangile met Dieu et l'homme en premier et au bout du bout il nous propose la joie et le bonheur de vivre en frères. Voilà à mon sens ce que le Pape veut dire.
Exortation du Pape Merci pour ce laïus qui remet en perspective la réalité des faits inconnus et incompréhensible, malheureusement, pour une majorité de nos concitoyens. Ces réalités sont voulues par les gouvernements; j'ose dire: de tous les pays. Le pouvoir sur les individus est une drogue donc un abime sans fond, les richesses matérielles enivrent et les rendent inconscients qu'ils sont pourtant de chair faits. Il n'y a qu'a écouter certaines "élites", là, on se rend compte qu'ils sont "hors sol". Encore merci pour les 6 commentaires précédents: on se sent moins seul, mais ce n'est quand même pas rassurant pour l'avenir immédiat.
Bonne fin d'année à tous.
Réponse à Pascal Je remercie Pascal de son propos que je partage dans sa condamnation d'un marché qui serait sacralisé. Le marché n'est qu'un moyen, un outil. Mais jusqu'à présent, on a pas trouvé mieux pour faire progresser le monde. Ce qui ne veut pas dire que l'économie de marché est le système qui sera toujours le meilleur, et encore moins qu'il soit parfait. Comme tout suystème, il est aussi ce qu'en font les hommes qui peuvent le détourner à leur profit de manière malhonnète.
Mon analyse a consisté à souligner que le Pape François a parlé sans doute sans précaution, en ayant une tendance a jeté le bébé du marché avec l'eau du bain de son idolatrie.
Le problème est que beaucoup de gens vont lire les propos du Pape en s'en prévalant pour accabler les économies de marché. Et les prètres risquent d'être les premiers à tirer parti de ces propos en chair. Je l'ai déjà entendu. Le Pape Jean-Paul II qui condamnait aussi l'idolatrie du marché l'avait fait avec infiniment plus de discernement, en prenant soin de souligner les vertus d'un marché libre, ce que le Pape François n'a pas fait. Certes, je suis convaincu que le Pape François n'est pas marxiste. Mais il a néanmoins dit clairement qu'il voudrait d'une manière ou d'une autre s'en remettre à l'Etat et à ses programmes et autres plans plutôt qu'au marché, fusse-t-il désacralisé. Il est de notre devoir d'ouvrir le débat à ce sujet.
Réponse de Pascal à Jean-Philippe Delsol Merci de vos remerciements qui, à mon tour, m'inspirent quelques réflexions :
Je n'oserais personnellement pas dire que "le marché est LE système qui sera TOUJOURS le meilleur". C'est justement des affirmations de ce genre qui nous mettent sur la pente d'un système "sacralisé" au sens ou il serait "TOUJOURS le meilleur" pour les siècles des siècles … comme Dieu. J'exprimerais les choses autrement en disant que : « dans l'état actuel des choses, on n'a pas trouvé mieux que le système du marché libre ». J'ai cependant l'espérance qu'un jour, si Dieu le veut, on trouvera un système meilleur !
Il est tout à fait vrai qu'aborder ces questions pour un Pape, et plus généralement pour l'Eglise, est très délicat car on est sans cesse sur la corde raide à se garder d'un côté des excès du libéralisme et de l'autre des excès du socialisme, étant bien entendu que, dès lors qu'il ne s'agit pas d'idéologies, la liberté et le social sont des bonnes choses qu'il faut promouvoir simultanément. Il est vrai que le Pape aurait peut-être pu être plus équilibré en soulignant aussi les avantages du marché et pas uniquement ses dangers. Mais vous voyez que l'exercice est terriblement difficile au sens où j'ai essayé de vous montrer dans ma remarque qui précède que vous tombiez finalement dans le même excès, mais en sens inverse du Pape François.
Je partage avec vous qu'il est inquiétant ( consternant même ? ) de voir des prêtres qui s'emparent de ces propos pour dénigrer en chair les vertus de l'économie libre et du marché. Cela signifie que, outre le fait qu'ils ne sont pas au courant des encycliques et autres discours de l'Eglise sur ces sujets, ils ne savent pas bien lire non plus tous les mots que j'ai soulignés dans mon premier post. Espérons que les diacres qui, comme moi, travaillent dans l'économie libre et dans la création de richesses, puisse rectifier, en chair aussi, ces excès.
Je partage avec le Pape l'idée que c'est bien à l'État de réguler le marché lorsqu'il devient fou et ne se préoccupe plus du bien commun. En revanche, il convient de se mettre d'accord sur ce que le mot "réguler" et "État" veut dire ? Pour moi, réguler ne veut pas dire tuer et État ne veut pas dire dictature. Ce qui pose problème c'est lorsque l'État fait une promotion active de la lutte des classes, dissuade les entrepreneurs d'entreprendre, promeut l'assistanat à tous les étages, et considère la création de richesses comme un délit. J'ose espérer que ce n'est pas le cas de tous les Etats du monde ! Peut-être suis-je naïf ?
Je partage tout à fait avec vous l'idée qu'il est un "devoir d'ouvrir le débat" sur ces sujets. C'est ce que vous faites et je ne peux que vous en remercier chaleureusement. C'est la raison aussi pour laquelle je suis abonné à votre lettre d'information que je lis avec grand intérêt.
Cupidité ou capacité à servir le Bien Commun ? L'Exhortation de François, document remarquable pour nous aider à mieux discerner, m'a interpellé en tant qu'ancien chef d'entreprise dans une grande entreprise, puis dans une entreprise familiale. Déconcerté de prime abord par les passages sur l'économie que je n'arrivais pas à relier à Centesimus Annus , document qui ne quitte pas mon bureau, j'ai regardé les contextes dans lesquels l'encyclique et l'exhortation avaient été écrites. En 1991, exit le communisme, en 2013, la crise ultra libéraliste de nature essentiellement morale est toujours là avec sa " culture du déchet" comme le dit avec véhémence François . Si les responsables politiques et économiques s'étaient inspirés de l'Encyclique Centesimus Annus, il est plus que probable que nous aurions évité la crise. Quand j'en parlé autour de moi on m'écoutait avec un intérêt poli sans plus. La cupidité , engendrant le court termisme, a vite pris le dessus dans le domaine de l'économie et les politiques pensaient plus à leur réélection qu'au bien commun.
Le pape François ne met pas en opposition l' entrepreneur et le politique. Il écrit dans le chapitre 203 " LA vocation d'entrepreneur est un noble travail, il doit se laisser toujours interroger par un sens plus large de la vie;ceci lui permet de servir vraiment le bien commun…" Je ne vois là aucune contradiction avec l'économie libre de JP II.Dans le chapitre 205 il dit " La politique tant dénigrée, est une vocation très noble…..parce qu'elle cherche le bien commun." Au fond c'est l'oubli du bien commun par les uns et les autres , qui est la cause première de la crise. Les dirigeants qu'ils soient politiques ou économiques ont oublié la qualité essentielle qui fait la grandeur de leur métier : la capacité à servir ; et beaucoup ont choisi de se servir par goût du lucre ou de la domination.
Je me sens bien en phase avec JP Delsol et le remercie d'avoir si bien fait la liaison avec Centesimus Annus.
Jean-Paul II, une référence ?? Remarquable, l'éloge de JP II pour dénigrer la nouvelle approche de François. JP II, ami de Thatcher, Reagan et Pinochet (saluant les chiliens depuis le balcon avec Pinochet) est difficilement une référence…
Oui, François dérange les libéraux… Bonne nouvelle. "On ne peut pas servir Dieu et l'argent".
Jean-Paul II, quelle référence ?? Remarquable, l'éloge de JP II pour dénigrer la nouvelle approche de François. JP II, ami de Thatcher, Reagan et Pinochet (saluant les chiliens depuis le balcon avec Pinochet) est difficilement une référence…
Oui, François dérange les libéraux… Bonne nouvelle. "On ne peut pas servir Dieu et l'argent".
Et si la question économique était liée à notre foi ? Juste le commentaire d'un chrétien (non catholique) pour rappeler que l'évangile enseigne que le prince de ce monde c'est satan…
Quand un pays , une ville ou un groupe s'incline devant Jésus en s'appuyant et en obéissant à sa Parole, alors il se passe des choses extraordinaires dans tous les domaines y compris l'économie. Quand on s'éloigne de lui c'est l'inverse. Le peuple juif en est une excellente illustration . Voir également les films "transformations" , témoignages filmés de ce que j'avance à l'échelle de villes et pays. Evidemment le raisonnement humain en prend un sacré coup ! Vive la foi!
Le Pape et l'économie L'excellente sélection d'extraits proposée par Jean-Philippe DELSOL met bien en évidence la position particulièrement équilibrée de l'enseignement social de l'Eglise: Affranchie de toute idéologie, elle rappelle la nécessité de respecter les droits à la liberté d'entreprendre et à la propriété privée tout en en indiquant les limites, condamne "l'Etat de l'assistance" tout en rappelant la nécessité du rôle régulateur de l'Etat. Les rôles respectifs de l'Etat et des personnes doivent être envisagés, non pas dans une opposition stérile, mais dans une complémentarité régie par le principe de subsidiarité. Les hommes ne sont pas meilleurs lorsqu'ils sont responsables de l'Etat ou responsables de l'activité économique. Le pire survient lorsqu'ils sont les deux à la fois. La recherche du bien commun ne saurait être réservée aux responsables politiques. Elle incombe à chacun dans l'exercice de ses responsabilités, notamment économiques: il en résulte que l'affirmation d'Adam Smith, selon laquelle chacun agit le plus efficacement pour l'intérêt de la société lorsqu'il ne poursuit que son propre intérêt n'est pas recevable et conduit à l'exploitation de la personne humaine ainsi qu'à la destruction de son environnement. L'exhortation du Pape n'est pas une recension des positions équilibrées de l'enseignement social de l'Eglise, qu'il n'a pas remis en cause, mais un cri d'alarme devant les dégâts humains qu'engendrent l'ignorance du bien commun et la recherche exclusive du profit lorsque le marché est mal régulé ou se compose d'un trop grand nombre de décideurs cyniques.
Merci à Jean-Philippe Delsol pour le rappel de ces textes qui forment une véritable ossature…même si je vais peut-être un peu au delà de ses conclusions?
16 réponses
Le pape FRançois et l'économie
Ci-après le texte d'une interview du Cardinal Bergoglio, futur François
VOLEE DE BOIS VERT DU (futur) PAPE FRANCOIS A UN JOURNALISTE
Interview du Cardinal Bergoglio par Chris Mathews de MSNBC
Chris Mathews est un journaliste de la presse libérale des USA à la réputation établie.
On commence à faire circuler la transcription d'une interview de celui qui était alors le Cardinal Bergoglio en Argentine. En fait, il s'était agi plutôt d'un guet-apens perpétré par Ie journaliste Chris Marthews de MSNBC.
Mais c'est le Cardinal Bergoglio qui finit par fustiger Matlews de telle manière que MSNBC renonça à diffuser l'interview. Mathews ayant constaté que son dessein avait échoué déposa l'enregistrement vidéo aux archives.
Un étudiant de l'université Notre Dame, qui réalisait son service social chez MSNBC, en pris possession et le remis à son professeur.
Le moment fort de l'interview est constitué par le débat à propos de la pauvreté.
L'échange démarre quand le journaliste tente de piéger le Cardinal en lui demandant ce qu'il pense de la pauvreté dans le monde.
Réponse du Cardinal :
Tout d'abord en Europe, et maintenant en Amérique, certains hommes politiques ont eu pour objectif d'endetter les peuples, créant ainsi une situation de dépendance. Pourquoi ? Pour renforcer leur pouvoir. Ce sont de remarquables experts en création de pauvreté et nul ne leur tient tête. Eh bien moi, je lutte pour combattre cette pauvreté. La pauvreté est devenue une situation naturelle et cela n'est pas bon. Ma tâche consiste à éviter l'aggravation de ce genre de situation.
Les idéologies qui engendrent de la pauvreté doivent être dénoncées. C'est l'éducation qui est la grande solution à ce problème. Nous devons apprendre aux gens comment sauver leur âme, mais en leur apprenant à éviter la pauvreté et à ne pas permettre que le gouvernement les conduise à cette pénible situation.
Là, offusqué, Matilews demande : Vous en rendez le gouvernement responsable ?!
J'en rends responsables les hommes politiques qui ne sont guidés que par leurs propres intérêts. Vous et vos amis vous êtes socialistes. Vous-mêmes et vos ligues politiques, vous êtes la cause de 70 ans de misère, et cela a conduit de nombreux pays au bord de la catastrophe. Vous croyez en la redistribution, ce qui est une des causes de la pauvreté. Vous voulez nationaliser l'univers pour pouvoir contrôler toutes les activités humaines. Vous détruisez la motivation chez l'homme, y compris pour prendre en charge sa famille, ce qui est un crime contre la Nature et contre Dieu. Cette idéologie crée plus de pauvres que toutes les corporations que vous qualifiez de diaboliques.
Mathews réplique : Je n'avais jamais entendu cela de la bouche d'un cardinal.
Le Cardinal : Les peuples dominés par les socialistes doivent savoir que nous n'avons pas à être pauvres.
Mathews attaque : Et l'Amérique Latine ? Vous voulez gommer les progrès accomplis ?
Le Cardinal: L'empire de la dépendance a été créé par Hugo Chavez avec de fausses promesses, et en mentant pour faire que l'on s'agenouille devant son gouvernement. Il leur a donné du poisson en leur interdisant de pêcher. En Amérique Latine, celui qui apprend à pêcher est puni. et ses poissons confisqués par les socialistes. La liberté est punie. Vous vous parlez de progrès, et moi je parle de pauvreté. J'ai peur pour l'Amérique Latine. Toute cette région est contrôlée par un bloc de régimes socialistes comme Cuba, l'Argentine, l'Equateur, la Bolivie, le Venezuela, le Nicaragua. Qui les sauvera de cette tyrannie ?
Mathews accuse .- Vous êtes capitaliste !
Le Cardinal: Si l'on pense que le capital est nécessaire pour construire des usines, des écoles, des hôpitaux, des églises, alors peut-être suis-je capitaliste. Et vous, vous vous opposez à ce processus ? Bien sûr que non, mais, ne pensez-vous pas que le capital est extorqué aux peuples par des corporations abusives ? Non, je pense que le peuple, au travers de ses options économiques, décide quelle est la proportion de son capital qui sera consacrée à ces projets.
L'utilisation du capital doit être volontaire. Quand les hommes politiques confisquent ce capital pour construire des ouvrages gouvernementaux et alimenter la bureaucratie, cela crée un grave problème. Le capital investi de façon volontaire est légitime, mais celui que l'on investit par coercition est illégitime.
Vos idées sont radicales, affirme le journaliste
Le Cardinal : Non. Il y a pas mal d'années, Kroutchev formula un avertissement : Nous ne devons pas nous attendre à ce que les Américains embrassent le communisme, mais nous pouvons assister leurs leaders élus grâce à des injections de socialism jusqu'à ce que, à leur réveil, ils découvrent qu'ils sont
embarqués dans le communisme Et c'est ce qui est entrain de se passer dans l'ancien bastion de la liberté. Comment les USA peuvent-ils sauver l'Amérique Latine s'ils se sont, eux, convertis en esclaves de leur gouvernement ?
Mathews affirme : Moi je ne peux pas digérer tout çà !
Le Cardinal lui répond : Vous constatez que vous êtes en colère, la vérité peut être douloureuse. Vous avez créé l'état de bien-être qui n'est que la réponse aux besoins des pauvres créés par la politique.
L'Etat interventionniste absous la société de sa responsabilité. Les familles échappent à leur devoir grâce au faux état d'assistance, et cela inclue les Eglises. Le peuple ne pratique plus la charité, et il considère les pauvres comme un problème du gouvernement. Pour l'Eglise, il n'y a plus de pauvres à aider : ils ont été appauvris de façon permanente, et ils sont maintenant la propriété des hommes politiques.
Et ce qui m'irrite profondément c'est l'incapacité des média qui observent le problème sans en analyser la cause. Le peuple a été appauvri pour qu'ensuite il vote pour ceux qui l'ont plongé dans la pauvreté.
Economie de marché…
Le Pape a raison lorsqu'il dénonce l'économie de marché fondée sur une consommation outranciére quio conduit les Hommes a trouver comme seuls sources d' "équilibre", CONSOMMER et tout ce que celà engendre…Pollution, Spéculation capitalistique et financiére aux seules régles : LE PROFIT POUR QUELQUES UNS…
Le Pape et l'économie
Vous devriez lui envoyer votre réflexion. En effet, ce Pape risque d'assimiler l'économie de marché à ce qu'il a connu en Argentine plus proche du capitalisme des tricheurs ou de l'Etat central tricheur qui distribue des miettes pour se faire réélire.
merci pour cette réflexion.
réaction à la lecture de l'article
Une parfaite mise au point (dont le pape François aurait tout intérêt à prendre connaissance!)
Merci et bonne année!
Réponse
Merci pour vos commentaires et notamment celui de Pierre Williamsonn qui montre qu'en fait le Pape était vraiment anti-socialiste quand il était cardinal Bergoglio.
C'est sans doute la preuve que dans son exhortation le Pape François a sans doute parlé trop vite et cela est, d'une certaine manière, rassurant.
Mais seulement d'une certaine manière car le devoir d'un pape est de ne pas parler trop vite et le devoir des hommes que nous sommes, c'est de rappeler toujours et contre vents et marées les méfaits de critiques aussi radicales que celles que le pape a malencontreusement prononcées contre l'économie de marché. Il a dans sa nouvelle fonction une responsabilité incroyable qu'il ne mesure peut-être pas encore. En prononcant ses mots contre l'économie de marché, il a donné des armes à ceux là mêmes qu'il dénonce dans l'interview dont Pierre Willamsonn nous a donné la teneur, ce qui est pur le moins paradoxal.
Merci à tous de vos échanges.
Jean-Philippe Delsol
La Joie provient-elle du marché ou de l'Evangile ?
Merci beaucoup pour votre article très intéressant qui me touche de près car je suis à la fois créateur d'une entreprise innovante de haute technologie travaillant à 80% à l'export et en même temps diacre et par concéquent engagé dans l'Eglise. Votre analyse m'a conduit à relire attentivement les passages de l'exhortation apostolique que vous citez. J'invite d'ailleurs vos lecteurs à relire ces passages en totalité et dans le bon ordre, ce qui permet de bien suivre la pensée du pape. Personnellement, je ne tire pas les mêmes conclusions que vous après relecture des passages incriminés.
Je pense que dire que le pape est contre l'économie de marché est un contresens complet. De ce point de vue, vous avez bien fait de reproduire de long passages d'autres encycliques et enseignements de l'Eglise qui montrent que le marché est un bon outil, surtout si on l'oppose au système socialiste qui veut que l'État soit responsable de tout. Mr Pierre Williamsonn montre aussi clairement que le pape, avant d'être élu, n'était pas du tout dans l'optique de condamner le marché en lui-même et je doute fort qu'il ait retourné sa veste. Le pape François ne condamne pas le marché, en lui-même, mais il condamne le marché sacralisé. Ce mot SACRALISE, n'apparaît qu'une seule fois dans vos citations, mais dans le texte du pape, il insiste beaucoup là-dessus avec des mots équivalents : il dit « nous avons créé de nouvelles IDOLES (55)» ou encore « l'autonomie ABSOLUE des marchés (56)» ou encore « un marché DIVINISE transformé en règle ABSOLUE (56)». Autrement dit, le pape s'insurge contre l'idéologie qui fait du marché un Dieu. C'est tout à fait dans la continuité de la Bible qui ne condamne pas l'argent en lui-même mais l'argent qui devient Dieu. Le marché est bon à condition qu'il reste un outil au service de l'homme et donc au service de Dieu. Si on oublie cela, alors, "le jeu de la compétitivité fait que le plus fort et le plus puissant mange le plus faible(53)". C'est cela et uniquement cela que le pape veut dire et personnellement je suis tout à fait d'accord.
Dans mes relations de chef d'entreprise avec des clients et des fournisseurs je mesure à quel point cette analyse est pertinente. Quand un gros client négocie avec moi, je vois à quel point ce gros client est tenté d'abuser de sa grosseur et de sa force pour me laminer sans me respecter. De même, quand je négocie avec un petit fournisseur, je suis tenté à mon tour de le laminer si j'oublie que derrière le fournisseur il y a avant tout des personnes humaines qui méritent le respect et pas uniquement de l'argent à gagner. Il ne vous a probablement pas échappé que cette tentation est la même à tous les niveaux, y compris pour les centrales d'achat des grandes surfaces qui abusent souvent des petits producteurs. Par contre, ces mêmes grandes surfaces n'abusent jamais des gros comme L'Oréal ou comme Nestlé qui sont aussi gros qu'eux!
J'ai noté dans votre analyse une phrase à laquelle je souscris tout à fait et que je cite : « il vaut mieux un système qui repose sur l’action et les choix d’une multitude de personnes plutôt qu’un autre tout entier entre les mains d’une bande de politiciens tentés rapidement de conserver le monopole du pouvoir et de travailler pour eux plus que pour le bien commun ». On voit bien que cette phrase est écrite par un Français dans un contexte politique français et j'applaudis! Cependant si on sort de ce contexte et qu'on applique cette phrase à d'autres pays, on s'aperçoit que certains groupes multinationaux ont des pouvoirs financiers bien plus importants que les états eux-mêmes. C'est alors que ces groupes industriels peuvent faire la pluie et le beau temps et la fin de la phrase peut s'appliquer tout autant à ces groupes qui travaillent pour eux plus que pour le bien commun. Par exemple, je connais bien l'Éthiopie qui est un des pays les plus pauvres du monde. Si vous allez là-bas, vous constaterez que les publicités de Coca-Cola sont omniprésentes partout y compris dans les villages les plus reculés, comme si le Coca-Cola était la chose la plus nécessaire au développement de ce pays. On est typiquement là dans l'aberration du marché sans foi ni loi qui abuse de personnes pauvres pour leur vendre des produits inutiles et sans que l'État puisse finalement faire grand-chose car ils sont peut-être bien contents, à leur niveau, d'encaisser les impôts de leur principal contribuable!
L'argent, la consommation et le marché, dès lors qu'ils sont considérés comme Dieu produisent des "fruits" qui montrent à quel point cette voie est une impasse. L'indifférence, la solitude et le suicide sont des maladies typiques de nos pays riches. Souvent, je partage avec des amis originaires des pays du tiers-monde qui me témoignent que ces maladies sont bien plus rares chez eux. On en revient au titre de cette exhortation apostolique : "la joie de l'Évangile". Voilà tout le problème ! Si nous considérons le marché comme Dieu, au bout du bout, en fin de compte, nous perdons tous la joie et le bonheur. La voie de l'Évangile met Dieu et l'homme en premier et au bout du bout il nous propose la joie et le bonheur de vivre en frères. Voilà à mon sens ce que le Pape veut dire.
Le marché divinisé !
Merci beaucoup pour votre article très intéressant qui me touche de près car je suis à la fois créateur d'une entreprise innovante de haute technologie travaillant à 80% à l'export et en même temps diacre et par concéquent engagé dans l'Eglise. Votre analyse m'a conduit à relire attentivement les passages de l'exhortation apostolique que vous citez. J'invite d'ailleurs vos lecteurs à relire ces passages en totalité et dans le bon ordre, ce qui permet de bien suivre la pensée du pape. Personnellement, je ne tire pas les mêmes conclusions que vous après relecture des passages incriminés.
Je pense que dire que le pape est contre l'économie de marché est un contresens complet. De ce point de vue, vous avez bien fait de reproduire de long passages d'autres encycliques et enseignements de l'Eglise qui montrent que le marché est un bon outil, surtout si on l'oppose au système socialiste qui veut que l'État soit responsable de tout. Mr Pierre Williamsonn montre aussi clairement que le pape, avant d'être élu, n'était pas du tout dans l'optique de condamner le marché en lui-même et je doute fort qu'il ait retourné sa veste. Le pape François ne condamne pas le marché, en lui-même, mais il condamne le marché sacralisé. Ce mot SACRALISE, n'apparaît qu'une seule fois dans vos citations, mais dans le texte du pape, il insiste beaucoup là-dessus avec des mots équivalents : il dit « nous avons créé de nouvelles IDOLES (55)» ou encore « l'autonomie ABSOLUE des marchés (56)» ou encore « un marché DIVINISE transformé en règle ABSOLUE (56)». Autrement dit, le pape s'insurge contre l'idéologie qui fait du marché un Dieu. C'est tout à fait dans la continuité de la Bible qui ne condamne pas l'argent en lui-même mais l'argent qui devient Dieu. Le marché est bon à condition qu'il reste un outil au service de l'homme et donc au service de Dieu. Si on oublie cela, alors, "le jeu de la compétitivité fait que le plus fort et le plus puissant mange le plus faible(53)". C'est cela et uniquement cela que le pape veut dire et personnellement je suis tout à fait d'accord.
Dans mes relations de chef d'entreprise avec des clients et des fournisseurs je mesure à quel point cette analyse est pertinente. Quand un gros client négocie avec moi, je vois à quel point ce gros client est tenté d'abuser de sa grosseur et de sa force pour me laminer sans me respecter. De même, quand je négocie avec un petit fournisseur, je suis tenté à mon tour de le laminer si j'oublie que derrière le fournisseur il y a avant tout des personnes humaines qui méritent le respect et pas uniquement de l'argent à gagner. Il ne vous a probablement pas échappé que cette tentation est la même à tous les niveaux, y compris pour les centrales d'achat des grandes surfaces qui abusent souvent des petits producteurs. Par contre, ces mêmes grandes surfaces n'abusent jamais des gros comme L'Oréal ou comme Nestlé qui sont aussi gros qu'eux!
J'ai noté dans votre analyse une phrase à laquelle je souscris tout à fait et que je cite : « il vaut mieux un système qui repose sur l’action et les choix d’une multitude de personnes plutôt qu’un autre tout entier entre les mains d’une bande de politiciens tentés rapidement de conserver le monopole du pouvoir et de travailler pour eux plus que pour le bien commun ». On voit bien que cette phrase est écrite par un Français dans un contexte politique français et j'applaudis! Cependant si on sort de ce contexte et qu'on applique cette phrase à d'autres pays, on s'aperçoit que certains groupes multinationaux ont des pouvoirs financiers bien plus importants que les états eux-mêmes. C'est alors que ces groupes industriels peuvent faire la pluie et le beau temps et la fin de la phrase peut s'appliquer tout autant à ces groupes qui travaillent pour eux plus que pour le bien commun. Par exemple, je connais bien l'Éthiopie qui est un des pays les plus pauvres du monde. Si vous allez là-bas, vous constaterez que les publicités de Coca-Cola sont omniprésentes partout y compris dans les villages les plus reculés, comme si le Coca-Cola était la chose la plus nécessaire au développement de ce pays. On est typiquement là dans l'aberration du marché sans foi ni loi qui abuse de personnes pauvres pour leur vendre des produits inutiles et sans que l'État puisse finalement faire grand-chose car ils sont peut-être bien contents, à leur niveau, d'encaisser les impôts de leur principal contribuable!
L'argent, la consommation et le marché, dès lors qu'ils sont considérés comme Dieu produisent des "fruits" qui montrent à quel point cette voie est une impasse. L'indifférence, la solitude et le suicide sont des maladies typiques de nos pays riches. Souvent, je partage avec des amis originaires des pays du tiers-monde qui me témoignent que ces maladies sont bien plus rares chez eux. On en revient au titre de cette exhortation apostolique : "la joie de l'Évangile". Si nous considérons le marché comme Dieu, au bout du bout, en fin de compte, nous perdons tous la joie et le bonheur. La voie de l'Évangile met Dieu et l'homme en premier et au bout du bout il nous propose la joie et le bonheur de vivre en frères. Voilà à mon sens ce que le Pape veut dire.
Exortation du Pape
Merci pour ce laïus qui remet en perspective la réalité des faits inconnus et incompréhensible, malheureusement, pour une majorité de nos concitoyens. Ces réalités sont voulues par les gouvernements; j'ose dire: de tous les pays. Le pouvoir sur les individus est une drogue donc un abime sans fond, les richesses matérielles enivrent et les rendent inconscients qu'ils sont pourtant de chair faits. Il n'y a qu'a écouter certaines "élites", là, on se rend compte qu'ils sont "hors sol". Encore merci pour les 6 commentaires précédents: on se sent moins seul, mais ce n'est quand même pas rassurant pour l'avenir immédiat.
Bonne fin d'année à tous.
Réponse à Pascal
Je remercie Pascal de son propos que je partage dans sa condamnation d'un marché qui serait sacralisé. Le marché n'est qu'un moyen, un outil. Mais jusqu'à présent, on a pas trouvé mieux pour faire progresser le monde. Ce qui ne veut pas dire que l'économie de marché est le système qui sera toujours le meilleur, et encore moins qu'il soit parfait. Comme tout suystème, il est aussi ce qu'en font les hommes qui peuvent le détourner à leur profit de manière malhonnète.
Mon analyse a consisté à souligner que le Pape François a parlé sans doute sans précaution, en ayant une tendance a jeté le bébé du marché avec l'eau du bain de son idolatrie.
Le problème est que beaucoup de gens vont lire les propos du Pape en s'en prévalant pour accabler les économies de marché. Et les prètres risquent d'être les premiers à tirer parti de ces propos en chair. Je l'ai déjà entendu. Le Pape Jean-Paul II qui condamnait aussi l'idolatrie du marché l'avait fait avec infiniment plus de discernement, en prenant soin de souligner les vertus d'un marché libre, ce que le Pape François n'a pas fait. Certes, je suis convaincu que le Pape François n'est pas marxiste. Mais il a néanmoins dit clairement qu'il voudrait d'une manière ou d'une autre s'en remettre à l'Etat et à ses programmes et autres plans plutôt qu'au marché, fusse-t-il désacralisé. Il est de notre devoir d'ouvrir le débat à ce sujet.
Réponse de Pascal à Jean-Philippe Delsol
Merci de vos remerciements qui, à mon tour, m'inspirent quelques réflexions :
Je n'oserais personnellement pas dire que "le marché est LE système qui sera TOUJOURS le meilleur". C'est justement des affirmations de ce genre qui nous mettent sur la pente d'un système "sacralisé" au sens ou il serait "TOUJOURS le meilleur" pour les siècles des siècles … comme Dieu. J'exprimerais les choses autrement en disant que : « dans l'état actuel des choses, on n'a pas trouvé mieux que le système du marché libre ». J'ai cependant l'espérance qu'un jour, si Dieu le veut, on trouvera un système meilleur !
Il est tout à fait vrai qu'aborder ces questions pour un Pape, et plus généralement pour l'Eglise, est très délicat car on est sans cesse sur la corde raide à se garder d'un côté des excès du libéralisme et de l'autre des excès du socialisme, étant bien entendu que, dès lors qu'il ne s'agit pas d'idéologies, la liberté et le social sont des bonnes choses qu'il faut promouvoir simultanément. Il est vrai que le Pape aurait peut-être pu être plus équilibré en soulignant aussi les avantages du marché et pas uniquement ses dangers. Mais vous voyez que l'exercice est terriblement difficile au sens où j'ai essayé de vous montrer dans ma remarque qui précède que vous tombiez finalement dans le même excès, mais en sens inverse du Pape François.
Je partage avec vous qu'il est inquiétant ( consternant même ? ) de voir des prêtres qui s'emparent de ces propos pour dénigrer en chair les vertus de l'économie libre et du marché. Cela signifie que, outre le fait qu'ils ne sont pas au courant des encycliques et autres discours de l'Eglise sur ces sujets, ils ne savent pas bien lire non plus tous les mots que j'ai soulignés dans mon premier post. Espérons que les diacres qui, comme moi, travaillent dans l'économie libre et dans la création de richesses, puisse rectifier, en chair aussi, ces excès.
Je partage avec le Pape l'idée que c'est bien à l'État de réguler le marché lorsqu'il devient fou et ne se préoccupe plus du bien commun. En revanche, il convient de se mettre d'accord sur ce que le mot "réguler" et "État" veut dire ? Pour moi, réguler ne veut pas dire tuer et État ne veut pas dire dictature. Ce qui pose problème c'est lorsque l'État fait une promotion active de la lutte des classes, dissuade les entrepreneurs d'entreprendre, promeut l'assistanat à tous les étages, et considère la création de richesses comme un délit. J'ose espérer que ce n'est pas le cas de tous les Etats du monde ! Peut-être suis-je naïf ?
Je partage tout à fait avec vous l'idée qu'il est un "devoir d'ouvrir le débat" sur ces sujets. C'est ce que vous faites et je ne peux que vous en remercier chaleureusement. C'est la raison aussi pour laquelle je suis abonné à votre lettre d'information que je lis avec grand intérêt.
Cupidité ou capacité à servir le Bien Commun ?
L'Exhortation de François, document remarquable pour nous aider à mieux discerner, m'a interpellé en tant qu'ancien chef d'entreprise dans une grande entreprise, puis dans une entreprise familiale. Déconcerté de prime abord par les passages sur l'économie que je n'arrivais pas à relier à Centesimus Annus , document qui ne quitte pas mon bureau, j'ai regardé les contextes dans lesquels l'encyclique et l'exhortation avaient été écrites. En 1991, exit le communisme, en 2013, la crise ultra libéraliste de nature essentiellement morale est toujours là avec sa " culture du déchet" comme le dit avec véhémence François . Si les responsables politiques et économiques s'étaient inspirés de l'Encyclique Centesimus Annus, il est plus que probable que nous aurions évité la crise. Quand j'en parlé autour de moi on m'écoutait avec un intérêt poli sans plus. La cupidité , engendrant le court termisme, a vite pris le dessus dans le domaine de l'économie et les politiques pensaient plus à leur réélection qu'au bien commun.
Le pape François ne met pas en opposition l' entrepreneur et le politique. Il écrit dans le chapitre 203 " LA vocation d'entrepreneur est un noble travail, il doit se laisser toujours interroger par un sens plus large de la vie;ceci lui permet de servir vraiment le bien commun…" Je ne vois là aucune contradiction avec l'économie libre de JP II.Dans le chapitre 205 il dit " La politique tant dénigrée, est une vocation très noble…..parce qu'elle cherche le bien commun." Au fond c'est l'oubli du bien commun par les uns et les autres , qui est la cause première de la crise. Les dirigeants qu'ils soient politiques ou économiques ont oublié la qualité essentielle qui fait la grandeur de leur métier : la capacité à servir ; et beaucoup ont choisi de se servir par goût du lucre ou de la domination.
Je me sens bien en phase avec JP Delsol et le remercie d'avoir si bien fait la liaison avec Centesimus Annus.
Jean-Paul II, une référence ??
Remarquable, l'éloge de JP II pour dénigrer la nouvelle approche de François. JP II, ami de Thatcher, Reagan et Pinochet (saluant les chiliens depuis le balcon avec Pinochet) est difficilement une référence…
Oui, François dérange les libéraux… Bonne nouvelle. "On ne peut pas servir Dieu et l'argent".
Jean-Paul II, quelle référence ??
Remarquable, l'éloge de JP II pour dénigrer la nouvelle approche de François. JP II, ami de Thatcher, Reagan et Pinochet (saluant les chiliens depuis le balcon avec Pinochet) est difficilement une référence…
Oui, François dérange les libéraux… Bonne nouvelle. "On ne peut pas servir Dieu et l'argent".
Et si la question économique était liée à notre foi ?
Juste le commentaire d'un chrétien (non catholique) pour rappeler que l'évangile enseigne que le prince de ce monde c'est satan…
Quand un pays , une ville ou un groupe s'incline devant Jésus en s'appuyant et en obéissant à sa Parole, alors il se passe des choses extraordinaires dans tous les domaines y compris l'économie. Quand on s'éloigne de lui c'est l'inverse. Le peuple juif en est une excellente illustration . Voir également les films "transformations" , témoignages filmés de ce que j'avance à l'échelle de villes et pays. Evidemment le raisonnement humain en prend un sacré coup ! Vive la foi!
Le Pape et l'économie
L'excellente sélection d'extraits proposée par Jean-Philippe DELSOL met bien en évidence la position particulièrement équilibrée de l'enseignement social de l'Eglise: Affranchie de toute idéologie, elle rappelle la nécessité de respecter les droits à la liberté d'entreprendre et à la propriété privée tout en en indiquant les limites, condamne "l'Etat de l'assistance" tout en rappelant la nécessité du rôle régulateur de l'Etat. Les rôles respectifs de l'Etat et des personnes doivent être envisagés, non pas dans une opposition stérile, mais dans une complémentarité régie par le principe de subsidiarité. Les hommes ne sont pas meilleurs lorsqu'ils sont responsables de l'Etat ou responsables de l'activité économique. Le pire survient lorsqu'ils sont les deux à la fois. La recherche du bien commun ne saurait être réservée aux responsables politiques. Elle incombe à chacun dans l'exercice de ses responsabilités, notamment économiques: il en résulte que l'affirmation d'Adam Smith, selon laquelle chacun agit le plus efficacement pour l'intérêt de la société lorsqu'il ne poursuit que son propre intérêt n'est pas recevable et conduit à l'exploitation de la personne humaine ainsi qu'à la destruction de son environnement. L'exhortation du Pape n'est pas une recension des positions équilibrées de l'enseignement social de l'Eglise, qu'il n'a pas remis en cause, mais un cri d'alarme devant les dégâts humains qu'engendrent l'ignorance du bien commun et la recherche exclusive du profit lorsque le marché est mal régulé ou se compose d'un trop grand nombre de décideurs cyniques.
Merci à Jean-Philippe Delsol pour le rappel de ces textes qui forment une véritable ossature…même si je vais peut-être un peu au delà de ses conclusions?
Les curés sont des frustrés. Ils voudraient que l’on mène la même vie qu’eux : pauvreté, chasteté. Est-ce bien raisonnable?