Pour une fois bien inspiré, Bruno Le Maire, alors ministre de l’Economie et des Finances, avait qualifié l’année dernière le programme du Nouveau Front populaire de « 1981 en pire ». Manifestement, les socialistes n’ont fait aucun progrès depuis plus d’une année, à prendre connaissance de leur « contre-budget » dévoilé le 30 août à Blois.
« Nous sommes prêts à gouverner », a assuré sans rire le très à gauche premier secrétaire du PS, Olivier Faure. Marine Tondelier, son homologue des Ecologistes, a opiné du chef, elle qui n’avait pas hésiter à déclarer la veille sur BFMTV que « chaque jour nous (séparait) de la bascule fasciste » !
Plus de taxes et plus de dépenses
Le Figaro (2 septembre 2025) constate que même des économistes de gauche ont été consternés par le « contre-budget », concocté par six parlementaires socialistes durant l’été (il fallait sans doute autant de personnes et autant de temps pour cela…). Que contient ce document ?
- Une réduction de la « trajectoire » de… réduction des déficits de 40 à 21,7 milliards d’euros (nos lecteurs auront noté la précision du projet, gage de la scientificité socialiste). Nous rappellerons que le projet de budget Bayrou consiste en réalité en une augmentation du budget 2026 par rapport à celui de cette année. Donc, les socialistes proposent une augmentation supplémentaire du budget de l’année prochaine.
- Un passage (très réaliste) sous les 3 % de déficit en 2032 plutôt qu’en 2029.
- 27 milliards d’impôts supplémentaires, dont 15 dus à la « taxe Zucman ».
- 14 milliards d’« économies », dont 4 sur les entreprises.
- 19,2 milliards de dépenses en plus (même remarque sur la précision du montant…), avec la réforme de la réforme des retraites, la santé et l’école (bien entendu rien de démagogique d’arroser les électeurs fidèles qui travaillent dans les hôpitaux et à l’Education nationale).
Le « contre-budget » ne fait même pas l’unanimité au PS. En tout état de cause, il n’a aucune chance en tant que tel d’être adopté puisque les Insoumis ont déclaré, par la voix de Jean-Luc Mélenchon, qu’ils ne soutiendraient pas un gouvernement dirigé par un socialiste et ils ont même émis l’idée, par la voix de Mathilde Panot, d’une censure d’un tel gouvernement ! En revanche, le risque d’une hausse des impôts ces prochains mois apparaît majeur.
Comme l’a dit un proche de François Hollande, « Le pays a besoin de la gauche » (L’Humanité, 1er septembre 2025). Il nous semble plutôt que c’est une gauche à la ramasse qui a fortement besoin du pays…
Illustration de couverture Olivier Faure © Wikimedia Commons
Articles connexes:
Les Ecologistes connaissent-ils le principe de la…
Marine Tondelier est vraiment irrécupérable
« La voie française » de Bruno Le Maire n’est pas…
Olivier Faure, un Insoumis en rose
Bruno Le Maire ou la responsabilité à géométrie variableÂ
Pour Marine Tondelier, une salade coûte entre 17 et…
Le Nouveau Front populaire sans Premier ministre…
Bernard Arnault défend une « zone de libre-échange…
5 réponses
J’ai aussi été sidéré par ce programme et l’assurance des dirigeants socialistes à clamer qu’ils étaient prêts à gouverner. Mon impression est que leur programme est une recherche ‘’marketing’ des voies de gauche, cad il faut être compatible LFI et écologistes, revenir sur la réforme des retraites (c’est populaire), taxer les riches et diminuer des aides aux entreprises (populiste), et ne pas baisser les dépenses (on est de gauche). Le destin du pays n’est pas leur priorité dans un calendrier qui se rapproche des présidentielles.
Le plan du vieux renard Bayrou paraît bien ficelé: le prochain gouvernement populiste précipitera la France dans une telle chute libre que notre démissionnaire pourra clamer “voyez ce qui se passe quand on ne m’écoute pas, je suis l’avenir qu’il vous faut ».
Ces socialistes n’ont aucune vergogne, à vouloir imposer un budget encore plus étatiste que ceux que nous avons depuis au moins quatre décennies (déficits et croissance de la dette) qui nous ont menés au marasme économique dans lequel nous sommes englués et dont nous ne pourrons sortir que par le truchement du FMI.
Le cirque PINDER a encore de beaux jours avec le clown Olivier FAURE et son compère l’Auguste Mélenchon !
Vous avez tort de railler les socialistes…
Dans la mesure où aucun gouvernement macroniste (je dis bien aucun) ne peut espérer durer s’il négocie qui avec le Rassemblement National, qui avec LFI (cela entraînerait immédiatement la fracture du fameux « socle commun » et donc le naufrage), ce dernier n’a donc pas d’autre choix que de composer avec le petit caillou socialiste qui retient la digue afin d’obtenir, ainsi que François Bayron l’avait fait, leur neutralité bienveillante lors des prochaines motions de censure qui ne manqueront pas de pleuvoir.
Or, à l’approche de l’échéance du vote crucial du budget 2026, la neutralité bienveillante des socialistes va se monnayer très, très, très cher…
Tel est le prix de la stabilité, aujourd’hui, dans le paysage politique issu des dernières élections législatives. Car, au contraire de ce que beaucoup aiment à répéter à tort et à travers, en France, la majorité de l’électorat n’est pas à droite : elle est encore et toujours à gauche. Internationaliste ou souverainiste selon les nuances de son large spectre, mais bel et bien résolument à gauche.