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dimanche 7 décembre 2025

Coordination rurale : le syndicalisme français peut-il se concevoir sans violence ?

Temps de lecture : 3 minutes

russie

Vingt agriculteurs de la Coordination rurale comparaissaient devant le tribunal correctionnel d’Agen dans une ambiance « folklorique ».

La Coordination rurale est un syndicat agricole créé en 1991 en rupture avec la FNSEA. Classée très à droite bien qu’elle s’en défende, elle est devenue le second syndicat français du secteur (et le premier dans le Lot-et-Garonne). Elle s’est distinguée à de multiples reprises par des actions controversées.

20 de ses membres viennent de comparaître devant le tribunal judiciaire d’Agen les 14 et 15 mai, poursuivis, suivant les cas, pour dégradation du bien d’autrui, dépôt illégal de déchets, entrave à la libre circulation d’un train, intimidations et autres outrages. Précisons que nous n’avons connaissance des faits que par la presse, notamment locale (La Croix, 16 mai 2025 ; Sud-Ouest, 15 et 16 mai 2025), et surtout que toutes les personnes poursuivies demeurent innocentes jusqu’à une éventuelle condamnation définitive.

Les faits se sont étalés sur plusieurs mois en 2024. Plusieurs membres de la Coordination rurale ont, suivant les cas, déversé des déchets sur une voie ferrée, occasionnant ainsi des retards (pas grave pour la SNCF, le préjudice étant évalué à 135.000 euros, ni pour les usagers !), introduit une botte de foin dans un restaurant McDonald’s, dégradé un bâtiment de l’État, traité des policiers d’« ânes » et d’« abrutis », etc. Au total 1.000 tonnes de déchets auront été déversés.

Le jour de l’ouverture du procès, le folklore habituel était de rigueur, rien (mutatis mutandis) ne distinguant ce syndicat d’extrême droite des usages des cégétistes et autres syndicats de salariés d’extrême gauche. En effet, des dizaines de manifestants sont venus soutenir les prévenus et ont ainsi fait pression sur la justice. Une pression accrue par la présence sur le parvis d’une cinquantaine de tracteurs (pas de lisier cependant cette fois !). Les syndicalistes étaient aussi soutenus par des élus locaux. Le comble est venu du maire (Modem) d’Agen. Alors que 400.000 euros avaient été nécessaires pour nettoyer la ville après les manifestations, le maire a refusé que sa commune se constitue partie civile (les contribuables apprécieront), car « les syndicats n’avaient pas franchi la ligne rouge de la casse » et qu’ils s’étaient « contentés (sic) de dégradations et de blocages ». Rien que cela ! Ces propos sont d’autant plus scandaleux que les élus locaux ont par leur soutien, et au mépris de la séparation des pouvoirs, fait eux-aussi pression sur les juges.

Le folklore était aussi dans la salle. La quasi-intégralité des prévenus a contesté leur présence ou leur responsabilité, ce qui était bien sûr leur droit. Mais le procureur de la République a accusé le syndicat de friser le « ridicule » durant les audiences. Le lisier déversé devant le magasin Leclerc ? « Je ne me rappelle plus », dit l’un. Et les cagettes de légumes détruites au péage après avoir stoppé un camion en provenance d’Espagne ? « Elles sont tombées toutes seules », répond l’autre. Et les 20 radars tagués après un appel  sur les réseaux des représentants du syndicat ? « Le compte Facebook a été piraté ».

Le ministère public a requis une amende de 10.000 euros dont 3.000 avec sursis contre le syndicat, 105 heures de travail d’intérêt général pour outrages, des amendes de 2.000 euros dont 500 avec sursis. Le plus drôle a été la réaction des syndicalistes lorsque le procureur a requis l’interdiction des aides publiques au syndicat durant trois ans. « On a franchi la ligne jaune. C’est une forme d’acte politique ! ». Si un syndicat ne peut plus toucher de subventions, où va-t-on ?

Une caissière Leclerc a expliqué que du lisier avait été déversé sur son scooter : « J’ai dû me rendre à mon travail à pied durant plusieurs mois », soit 6 kilomètres aller-retour, avant de devoir démissionner. Bon prince, le syndicat a offert le remboursement du bien pour 3.400 euros.

Le jour où les syndicalistes dans notre pays, quel que soit leur domaine d’activité, comprendront que le fait d’être syndicalistes ne leur confère aucune immunité, qu’ils ne sont pas au-dessus des lois, quoi qu’on puisse penser par ailleurs de leurs revendications, et qu’ils restent des citoyens comme les autres, nous aurons fait un grand pas vers l’État de droit.

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4 réponses

  1. combien de casseurs de bloqueurs de violents de « ‘science po » » ont ils été poursuivis ?

  2. le nombre de bloqueurs de casseurs de violents « étudiants » de « ‘science po » » ont ils été poursuivis ?

  3. « Classée très à droite bien qu’elle s’en défende, elle est devenue le second syndicat français du secteur (et le premier dans le Lot-et-Garonne). Elle s’est distinguée à de multiples reprises par des actions controversées. »

    Sur quels critères classe t-on ce syndicat à l’extrême droite ? Ses actions ressemblent assez aux méthodes de l’extrême gauche, non ? Sans doute est-ce le fait que ses adhérents travaillent plus de 50h par semaine qui lui vaut un classement à l’extrême droite ….

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