Danone (27 milliards d’euros de chiffre d’affaires) et Nestlé (100 Milliards d’euros de chiffre d’affaires), deux géants de l’agroalimentaire européen, ont changé de management. Loin des sirènes de la RSE (Responsabilité sociale des entreprises[1]), ces deux entreprises doivent réviser leur conduite du fait de la pression des consommateurs et de leurs actionnaires. Fortes de leur puissance, ces deux entreprises se croyaient à l’abri des marchés. Et pourtant la dure loi des marchés est venue leur rappeler que pour une entreprise privée la satisfaction de leurs clients et de leurs actionnaires est leur première mission. C’est ainsi que leurs administrateurs ont décidé de ne pas renouveler les mandats de leurs PDG.
Danone : à la recherche de la rentabilité et de la croissance
Face au nécessaire redressement de ses marges, Danone, le fleuron français de l’entreprise à mission[2], avait annoncé contre toute attente en novembre 2020 la suppression de 1 500 à 2 000 postes, dont près de 400 en France. Avec cette décision, l’enjeu pour Danone était de retrouver la confiance de ses actionnaires et des consommateurs.
Mais ce retour aux fondamentaux du PDG de Danone ne lui aura pas permis de sauver son fauteuil. Le 14 mars 2021, Emmanuel Faber, a été démis de ses fonctions à la majorité des voix des administrateurs. Ainsi le patron emblématique du CAC 40 a dû s’incliner devant la contre-performance du groupe depuis la pandémie du Covid-19. Avec un titre en chute de 25 % en 2020 et des ventes en baisse d’un milliard d’euros à cause de la crise sanitaire. Bref, les clients et les investisseurs ont eu raison de ce patron fervent militant de l’entreprise à mission. Tant que la rentabilité était là, et même si ses leçons de morale avaient tendance à irriter les milieux économiques, Emmanuel Faber pouvait s’adonner à sa passion de l’entreprise socialement responsable. Mais voilà, toute entreprise privée doit surtout penser à ses clients et ses actionnaires et ces derniers sont exigeants. Bref, le mythe de la gentille entreprise à mission avait pris du plomb dans l’aile.
Le successeur d’Emmanuel Faber est Antoine de Saint-Affrique qui est Directeur Général de Danone depuis septembre 2021 et Administrateur depuis avril 2022. Son parcours est classique pour une grande multinationale : précédemment, il a occupé le poste de Directeur Général de Barry Callebaut d’octobre 2015 à septembre 2021. De septembre 2011 à septembre 2015, il a été président d’Unilever Foods et membre du comité exécutif du groupe Unilever. Sa mission chez Danone est clairement de redresser les marges et le chiffre d’affaires du groupe tout en reprenant les ambitions de ses prédécesseurs dans la santé : produits sains, nutrition médicale et infantile. A noter cependant que Danone a annoncé récemment l’abandon du Nutri-Score pour certaines de ses marques (Actimel, Danonino, Hi-Pro, Danone ou encore Activia). En cause : la modification du Nutri-Score qui entraîne une dégradation de la note de ces produits. Les ambitions RSE (Responsabilité sociale de l’entreprise) de l’ancien PDG sont loin…
Bien que l’accent soit mis maintenant sur la profitabilité, cet élan retrouvé dans les rangs du groupe peine toutefois à se concrétiser sur les marchés financiers. La normalisation n’a pas encore donné tous les résultats escomptés. Le graphique 1 montre le retard de l’action Danone (en bleu) sur le CAC 40 (en rouge) sur les 5 dernières années.
Graphique 1 : L’action Danone comparée au CAC 40 sur 5 ans (2019-2024)
Source : Boursorama
Nestlé : repartir à la reconquête des clients
Mark Schneider, qui, depuis sept ans, était à la tête du géant de l’agroalimentaire Nestlé a lui aussi été démis de ses fonctions. Il va donc passer la main, début septembre 2024, à Laurent Freixe, qui a dirigé la zone Europe, puis la zone Amériques du groupe, pendant de nombreuses années. Ici encore on retrouve la sous performance boursière de l’action par rapport à ses indices. Le graphique 2 montre cette sous-performance de l’action Nestlé par rapport aux grandes valeurs suisses. Depuis janvier 2022, le titre sous-performe de 27,5 points les grandes valeurs helvétiques. Deutsche Bank observe que le statut boursier du titre s’est détérioré par rapport à son secteur européen.
Pour Nestlé comme pour Danone le redressement passe par la reconquête des clients. Cela sera d’autant plus difficile que le géant suisse est accusé de comportements peu éthiques comme vendre des aliments bébé trop sucrés dans les pays du Sud et des pizzas contaminées Buittoni. Il fait aussi face à un scandale sanitaire sur ses bouteilles d’eau minérales. Bref, l’image du groupe a été bien écornée.
Suite à la publication d’un article du Financial Times[3] rapportant que la majorité de ses produits n’obtiennent pas un score suffisant pour être jugés bons pour la santé dans le système de notation australien semblable au Nutri-score français, le groupe s’est engagé à modifier sa stratégie. Nestlé promet, par exemple, de réduire le sel et les calories dans ses produits et d’accroître la valeur nutritionnelle des aliments, grâce à des investissements importants dans la recherche et développement. Il est intéressant de noter que c’est in fine la pression des marchés financiers qui va conduire ce géant de l’agroalimentaire à adopter un comportement plus responsable pour retrouver la confiance de ses clients.
Graphique 2 : L’action Nestlé comparée aux grandes valeurs suisses
Conclusion
Danone comme Nestlé doivent se transformer pour satisfaire la demande de leurs clients et améliorer leurs performances financières. Ce faisant, ces deux grandes entreprises doivent retrouver les fondamentaux de toute entreprise privée sur un marché concurrentiel. Leur taille n’est pas une garantie de survie. Loin de leur communication sociétale plus ou moins sincère et de leur superbe, Il leur faut retrouver tout simplement la confiance de leurs clients et de leurs actionnaires. Cette exigence est d’autant plus urgente que ces deux grandes sociétés sont dans le collimateur des fonds activistes (Hedge Funds).
[1] La responsabilité sociétale des entreprises ou responsabilité sociale des entreprises désigne la prise en compte par les entreprises, sur une base volontaire, et parfois juridique, des enjeux environnementaux, sociaux, économiques et éthiques dans leurs activités
[2] La notion de « société à mission » est une qualité reconnue aux sociétés garantissant le respect d’engagements sociaux et environnementaux.
Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral
Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.
4 réponses
« La notion de « société à mission » est une qualité reconnue aux sociétés garantissant le respect d’engagements sociaux et environnementaux. »
donc is suffit de « s’engager… » à quoi donc???
pas très clair , je présume que ça fait la fortune de sociétés qui distribuent des images..
Le « capitalisme des parties prenantes » de nos zélites aurait-il du plomb dans l’aile ? Pour le moment on voit une vaste offensive de cette doctrine dans tous les domaines (wokisme, islamo-gauchisme, etc.). Mais il y a fort à parier que ce soviétisme mental se fracassera sur le mur des réalités. La dette ne cesse de croitre, car pendant qu’on crée des idéologies invraisemblables, il faut bien continuer à manger. Du coup, on mange à crédit. Et il demeure improbable que nos créanciers (surtout étrangers) acceptent de se faire rembourser en belles paroles « durables ».
« Et il demeure improbable que nos créanciers (surtout étrangers) acceptent de se faire rembourser en belles paroles « durables ». »
Tant qu’ils ne cherchent pas à se faire rembourser le capital, la dette grossit et les intérêts aussi, donc c’est un investissement qui rapporte. Par contre, il faut aussi être conscient que les contrats de prêts ne sont pas de belles paroles durables qui s’envolent mais des écrits en bonne et due forme, bétonnés par des avocats fiscalistes, et que tant que les intérêts sont payés, le remboursement du capital n’est pas une urgence. néanmoins, il reste dû, comme une épée de Damoclès qui plane sur notre pays.
Un contribureur de Contrepoints avait écrit un récit qui expliquait très clairement les priorités des entreprises grandes ou petites, confrontées bien qu’à des échelles différentes , à des contraintes similaires, et des objectifs incontournables de profits si elles voulaient survivre et se développer.
Le lien ici: https://www.contrepoints.org/2015/12/26/196732-voila-pourquoi-je-nembaucherai-pas-marcel
Pour offrir les meilleures expériences, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou les ID uniques sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.
Fonctionnel
Toujours activé
L’accès ou le stockage technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
L’accès ou le stockage technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’internaute.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques.Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
L’accès ou le stockage technique est nécessaire pour créer des profils d’internautes afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.
4 réponses
« La notion de « société à mission » est une qualité reconnue aux sociétés garantissant le respect d’engagements sociaux et environnementaux. »
donc is suffit de « s’engager… » à quoi donc???
pas très clair , je présume que ça fait la fortune de sociétés qui distribuent des images..
Le « capitalisme des parties prenantes » de nos zélites aurait-il du plomb dans l’aile ? Pour le moment on voit une vaste offensive de cette doctrine dans tous les domaines (wokisme, islamo-gauchisme, etc.). Mais il y a fort à parier que ce soviétisme mental se fracassera sur le mur des réalités. La dette ne cesse de croitre, car pendant qu’on crée des idéologies invraisemblables, il faut bien continuer à manger. Du coup, on mange à crédit. Et il demeure improbable que nos créanciers (surtout étrangers) acceptent de se faire rembourser en belles paroles « durables ».
« Et il demeure improbable que nos créanciers (surtout étrangers) acceptent de se faire rembourser en belles paroles « durables ». »
Tant qu’ils ne cherchent pas à se faire rembourser le capital, la dette grossit et les intérêts aussi, donc c’est un investissement qui rapporte. Par contre, il faut aussi être conscient que les contrats de prêts ne sont pas de belles paroles durables qui s’envolent mais des écrits en bonne et due forme, bétonnés par des avocats fiscalistes, et que tant que les intérêts sont payés, le remboursement du capital n’est pas une urgence. néanmoins, il reste dû, comme une épée de Damoclès qui plane sur notre pays.
1
Un contribureur de Contrepoints avait écrit un récit qui expliquait très clairement les priorités des entreprises grandes ou petites, confrontées bien qu’à des échelles différentes , à des contraintes similaires, et des objectifs incontournables de profits si elles voulaient survivre et se développer.
Le lien ici: https://www.contrepoints.org/2015/12/26/196732-voila-pourquoi-je-nembaucherai-pas-marcel
A lire et relire sans modération!