Journal d'actualité libéral
|
samedi 14 février 2026

David Lisnard, candidat et libéral

Temps de lecture : 4 minutes

Que ce soit à la primaire de la droite et du centre ou au premier tour de l’élection présidentielle, il y aura un « vrai » candidat libéral. Enfin !

Cela devient une tradition. Un an après ses vœux sur le thème « libérer pour gagner », David Lisnard a réitéré l’exercice le 20 janvier à Paris, devant la magnifique salle comble de la Mutualité, mais dans une tonalité plus politique. La presse aura généralement retenu la candidature du maire de Cannes à l’élection présidentielle, mais l’essentiel est ailleurs : David Lisnard assume son libéralisme et il portera bien un projet libéral. Une première depuis notre ami Alain Madelin en 2002 (nous laisserons de côté la candidature Fillon de 2017 car, même si l’ancien Premier ministre avait présenté quelques propositions agréables à nos oreilles, il n’était pas libéral).

Candidat dans tous les cas

Commençons par « l’info » qui n’est venue que vers la fin de son allocution mais qui l’a imprégnée.  Brodant sur la question « Pourquoi une compétition ? » David Lisnard  a précisé qu’il n’était pas un « fervent défenseur » de la primaire, mais qu’il fallait faire preuve de réalisme et que c’était la seule solution pour qu’un candidat de la droite et du centre atteigne le second tour de l’élection présidentielle face à la concurrence des extrêmes. On aura aussi compris que ces primaires seraient ouvertes, tout candidat de la droite ou du centre pouvant concourir. Puis, il a adopté un ton beaucoup plus personnel. Il a déclaré qu’il porterait un « projet libéral conservateur », « fondé sur la liberté ». L’ordre des termes n’a rien d’anodin et l’on saisit combien sa candidature différerait de celle de François Fillon autrefois. Et il a prévenu : faute de primaire, il sera candidat au premier tour de l’élection présidentielle. A bon entendeur, salut !

Une forme renouvelée

Nous connaissons les qualités rhétoriques de David Lisnard. Il a parlé une nouvelle fois sans notes (cela change de nos parlementaires ânonnant leurs fiches dans l’hémicycle…) avec une facilité déconcertante et cet art, malgré les digressions, de toujours retomber sur ses pattes. Certes, il n’est pas le seul à faire preuve de faconde, de Jean-Luc Mélenchon à Jordan Bardella en passant par Gabriel Attal et bien sûr Emmanuel Macron, mais la différence par rapport à la plupart d’entre eux, c’est que son discours n’est pas verbeux et qu’il tient à de profondes convictions.

Toutefois, si l’on compare ses vœux de l’année dernière à ceux de cette année, on constate une évolution importante. La forme a été modifiée avec des propos beaucoup moins théoriques, moins architecturés, mais plus strictement politiques, plus près du terrain ; on pourrait dire : un premier discours de campagne électorale, formules assassines à l’appui pour amuser le public (Sébastien Lecornu comparé à un hamster dans sa roue ; Olivier Faure qualifié de Premier ministre ; un « budget socialiste » qui se doit de faire l’objet d’une motion de censure ; les « y’a qu’a faut qu’on » des extrêmes ; les « néofascistes » de l’extrême gauche…).

Libéral dans tous les cas

En dépit de l’étiquette de « libéral conservateur », c’est l’aspect libéral qui aura été prégnant dans le discours de David Lisnard. Car, même s’il s’est agi d’une allocution de pré-campagne électorale, le maire de Cannes a repris les principes fondamentaux du libéralisme :

  • en premier lieu, la « subsidiarité horizontale », chère à son cÅ“ur, qu’il a justement présentée comme « condition de la liberté », autrement dit la séparation primordiale entre la sphère de l’État et celle de la société civile. Nous l’avons dit et répété, il est le seul homme politique français de premier plan à saisir le concept de subsidiarité qui permet de réduire le périmètre de l’État ;
  • en second lieu, la réduction de la dépense publique, gage du recentrage des missions de l’État, ce point étant directement lié au précédent. De là, le fait qu’il se soit prononcé, sous les acclamations du public, contre les aides aux entreprises, aides qui alimentent le « capitalisme de connivence » (dénoncé depuis des années par l’IREF), et de là également la proposition de trouver 8 à 10 milliards d’euros d’économies immédiates avec la suppression des « aides à faible effet de levier ». De là également, le dessin d’une nouvelle architecture étatique reposant sur un État central qui ne soit plus l’État providence actuel en déliquescence, mais qui se concentre enfin sur ses missions régaliennes (encore un thème porté par l’IREF) dans un double mouvement de liberté et de responsabilité. Ce fut l’unique moment de l’allocution où des propositions chiffrées ont été émises en nombre, avec entre autres  des pistes pour réduire la dépense publique et réaliser « 200 à 300 milliards d’euros d’économies dont 80 milliards la première année » ;
  • en troisième lieu – et ceci aura été la seule partie vraiment théorique de son discours –, le fait que Nouvelle Energie devait être le « mouvement de la propriété privée » (nous nous étions récemment étonnés qu’aucun homme politique ne prenne la propriété à bras le corps alors même que près de 60 % des foyers français étaient propriétaires d’au moins un bien immobilier : David Lisnard comble une fois encore le vide !). Dans un schéma montré sur les écrans géants, la propriété s’est trouvée au centre de quatre notions : la liberté, la responsabilité, la dignité, l’efficacité, auxquelles David Lisnard a oralement ajouté la prospérité. Citant Frédéric Bastiat, il a martelé qu’il n’y avait pas de liberté sans propriété. La destruction de la liberté, de la propriété et de la responsabilité se fait au détriment de la dignité d’une « personne souveraine qui transfère à l’État des droits (nous aurions dit : des charges), et non l’inverse ». « C’est la pensée libérale qui va rétablir l’autorité de l’État, a-t-il poursuivi de manière tout aussi remarquable, pas le socialisme ».

Comment ne pas voir dans le schéma sur la propriété une nouvelle mouture du « carré magique » (propriété, liberté, responsabilité, dignité) de notre regretté maître en libéralisme, Jacques Garello, disparu il y a un an, et qui se serait sûrement délecté du discours de David Lisnard, désormais et dans tous les cas le candidat libéral revendiqué pour 2027 ?

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


17 réponses

  1. Merci à Mr Lisnard pour son courage et son engagement ! Merci pour votre article qui allume une lampe dans une actualité sombre.

  2. Primaire ouverte ? Cela veut dire bcp de candidats qui se ressemblent et, dans le mode électoral de la présidentielle et de la précédente primaire, le scrutin majoritaire à deux tours, qui se partagent les voix, et sont « humiliés », au profit du candidat clivant mais « unique »… et qui n’est pas vraiment fédérateur pour le premier tour de la présidentielle.

    Le mode de scrutin qui a été conçu et validé scientifiquement pour résoudre ce problème et les paradoxes de Condorcet et Arrow, est le scrutin « Jugement Majoritaire » au premier tour , (ya une note Fondapol de Pascal Perrineau qui le valide).

    Pour être au second tour de la prochaine présidentielle, la primaire de la droite et du centre doit faire émerger un candidat fédérateur et mobilisateur et ne pas dépendre de la guerre des sondages et des egos. Le mode de scrutin entre « amis » est fondamental.

  3. Je lui souhaite bon courage dans un pays où le mot libéral est une insulte.

    Un liberal qui brigue la présidentielle française, c’est comme un gaulliste qui voudrait briguer le poste de gouverneur du Texas. Mais au moins il essaie. C’est en essayant que l’on peut arriver à quelque chose même si la victoire n’est pas au rendez-vous. Courage à lui.

  4. Donc vous confirmez que Lisnard devrait être supporté par les libéraux. Bonne nouvelle on sait au moins pour qui on peut voter (au moins lors de la primaire droite-centre).

  5. Excellente nouvelle, en espérant que la presse grand public de droite et du centre ne le boycotte pas, car pour le moment en dehors de contrepoints on ne le voit pas beaucoup.

  6. Un L.R. libéral ? c’est une plaisanterie ! Ils sont tous socialistes ! Il va être intéressant de regarder la position des L.R. au parlement. Ils vont voter pour ou contre le budget ???

  7. Bonne nouvelle, au moins pour colorer la campagne avec les thèses qui vont bien.

    Il y a cependant un problème avec les libéraux conservateurs, c’est qu’ils finissent souvent par devenir conservateurs libéraux, voire conservateurs tout court. C’est la solution de facilité habituelle quand le libéral n’arrive pas à s’attaquer vraiment à l’Etat ! Il se replie sur ses bases arrières…

  8. David Lisnard est libéral sur l’économie et l’État local, mais conservateur et étatiste sur les libertés individuelles. Bien dans la ligne tracée par Contrepoints, sauf peut être pour l’écologie pour laquelle l’action publique reste encore très prégnante chez lui comme en témoignent ses réalisations dans sa commune.

  9. Enfin un candidat qui développe des idées libérales pour la présidentielle. Ne boudons pas notre plaisir. Si on veut être utile, il faut l’aider sur le terrain. J’ai adhéré.

  10. J’étais présent à la Mutualité et je peux dire que j’ai entendu des propos précis et enthousiasmants, avec un orateur qui marche en parlant librement et effectivement sans notes, en capacité de tenir des propos précis et percutants.
    J’espère que ses idées vont prévaloir dans notre pays entièrement étouffé par une pensée unique étatiste et paradoxalement en constante autosatisfaction (le meilleur système de santé au monde qui n’a jamais été copié par quiconque et qui laisse crever des gens dans les halls des « urgences » des hôpitaux publics).

  11. Le petit fan club de D Lisnard exulte…..mais je n ai toujours pas compris cette vague d enthousiasme libéral
    Au sein des LR etre liberal doit etre un chemin de croix car le GdG était un grand conservateur catholique etatiste!!!!!

  12. En France, nous avons un parti anticapitaliste le NPA. Lisnard s’il s’affranchit de LR, sera ce qui se rapproche le plus s’un mouvement anti socialiste. S’il veut gagner, il doit éviter de se coller des étiquettes comme celle de libéral et promouvoir quelques idées simples comme la défense de la liberté, de la sûreté et de la propriété individuelles. Depuis 50 ans, je n’avais le choix qu’entre le pire et le détestable. Enfin une option préférable.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.