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vendredi 16 janvier 2026

De citoyens libres à sujets dociles

Temps de lecture : 3 minutes

La liberté ne se perd pas du jour au lendemain. Cela commence lorsque les citoyens renoncent volontairement à leurs droits.

Au cours des dernières décennies, le G20, en collaboration avec l’OCDE, s’est efforcé de mettre en place des cadres réglementaires mondiaux visant à gérer l’économie, à étendre les obligations en matière de déclaration et de surveillance et à renforcer le contrôle de la population. Une grande partie de ces efforts a consisté à prélever autant de recettes fiscales que possible auprès des entreprises et des particuliers, tout en tissant un réseau étroit de surveillance des citoyens. Les démocraties comme les autocraties ont saisi cette occasion pour étendre le contrôle de l’État.

Avec les changements géopolitiques actuels, le G20 est devenu dysfonctionnel, ce qui n’est certainement pas une perte. De nombreux pays n’ont jamais introduit ces réglementations ou ne les ont appliquées que de manière sélective. Pourtant, une région reste aveugle face à leurs effets néfastes : l’Europe. Le continent se considère toujours comme une « superpuissance réglementaire » et s’accroche à ce rôle même s’il affaiblit sa propre compétitivité.

Une illusion dominante veut que le marché européen soit si important que tous les autres doivent se conformer à ses normes pour y avoir accès. Ce n’est tout simplement pas vrai. Pourtant, une sorte d’aveuglement arrogant domine de nombreuses capitales européennes et Bruxelles. Les régimes réglementaires complexes de l’Europe sont coûteux et nuisent à la productivité et à la capacité du continent à être compétitif à l’échelle mondiale.

La voie réglementaire vers la servitude

Cette vague de surrèglementation et de surveillance doit être examinée sous plusieurs angles : la perte de productivité et de compétitivité ; la violation de la liberté individuelle, de l’autodétermination et des droits de propriété ; et, enfin, l’érosion du devoir des citoyens de demander des comptes à l’État. La question n’est pas seulement économique, mais aussi profondément éthique.

En raison d’une réglementation et d’un contrôle excessifs, l’Europe affiche aujourd’hui le plus fort taux d’intervention publique dans l’économie au monde. Cette charge n’est plus tenable. D’innombrables réglementations consomment du temps et des ressources, nécessitant des bureaucraties toujours plus importantes pour les rédiger et les appliquer. Le secteur public en Europe représente déjà environ 50 % de l’économie (les dépenses publiques françaises représentent près de 58% du PIB), contre environ 30 % aux États-Unis. Ces règles ne font pas seulement gonfler la bureaucratie, elles créent également un travail administratif inutile tant au sein des gouvernements que dans les entreprises, ce qui frustre autant les fonctionnaires que les entrepreneurs.

Que peut-on faire ? Le lobby de ceux qui profitent de ce système est puissant dans les milieux politiques et dans les médias. Que doivent faire les fonctionnaires, les entrepreneurs ou les citoyens ordinaires lorsqu’ils sont contraints de se conformer à des règles qui défient le bon sens ou qui ne servent à rien ? Ceux qui les appliquent doivent reconnaître le préjudice qu’elles causent. Si nous croyons vraiment en une société libre, nous devons nous exprimer et résister.

Malheureusement, l’élite politique et les parlementaires sont désormais tellement ancrés dans les structures de pouvoir que les élections n’apportent plus de véritable changement. Les dernières élections fédérales allemandes en sont un exemple flagrant.

Il est profondément immoral d’imposer des taxes excessives lorsque l’État gaspille ensuite ses recettes, privant les citoyens et les entreprises des moyens de dépenser, d’épargner et d’investir. Une fiscalité exagérée, des systèmes fiscaux byzantins et des contrôles arbitraires deviennent la norme dans toute l’Europe, violant les droits fondamentaux de propriété. Plusieurs cours des comptes dans différents pays ont déjà confirmé l’existence d’un gaspillage généralisé, de coûts administratifs élevés et d’une mauvaise reddition des comptes.

Les citoyens, les entreprises et les cabinets de conseil, en particulier les quatre plus importants, doivent agir et s’exprimer pour rétablir le bon sens et la raison économique. Sinon, nous trahissons les fondements mêmes de la démocratie et de la liberté et nous nous résignons à être des sujets dociles. Il est du devoir permanent du peuple de veiller à ce que l’État ne devienne jamais trop puissant.

L’histoire nous enseigne que si l’on laisse l’État se développer sans contrôle, il abuse inévitablement de son pouvoir. La bureaucratie devient alors une machine égoïste et gaspilleuse qui exploite la population. La liberté n’est jamais garantie ; elle doit être défendue par les citoyens pour éviter qu’ils ne deviennent des serviteurs dociles. Obéir à des règles inutiles, nuisibles ou immorales est une trahison de la responsabilité civique. Le chemin qui mène le citoyen à devenir sujet est, comme l’a averti Friedrich Hayek dans La route de la servitude, l’abandon progressif de l’autonomie personnelle au profit d’un État envahissant. Et l’Europe, malheureusement, a déjà parcouru un long chemin dans cette direction.

Lire l’article original en anglais sur le site du GIS

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

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3 réponses

  1. L’état socialiste français est présentement la locomotive et l’étendard de cette nouvelle organisation sociétale dans laquelle la majorité des citoyens n’a plus guère de droits et de liberté individuelle qu’un homo sovieticus.
    Le République socialiste française, qui investit sans compter dans des organes de communication qui désinforme au quotidien ,est à l’avant garde de ce combat impitoyable visant à détruire l’intelligence d’un peuple donc l’existence d’une nation.
    La menace de la guerre après celle de l’épidémie meurtrière lors du COVID, la désignation d’un ogre ennemi permettent de neutraliser l’esprit critique et d’assujettir la population pour mieux la contraindre à penser selon la ligne du parti unique qui impose à la longue une chape de plomb.
    Les idiots utiles présents sur quelques chaînes de télévision indépendantes, qui s’efforcent de parler fort, permettent juste de maintenir l’illusion d’une démocratie et de la fameuse liberté d’expression. La solution à ces abus de pouvoir manifestes est surtout d’ordre économique et sociale et implique une entière remise en question des politiques mises en avant de façon arbitraire par l’état en refusant simplement de les financer.
    Prenons l’exemple édifiant de la comparaison entre la lutte contre la violence routière et celle contre le trafic des drogues .
    Des sanctions financières lourdes, des interdictions de conduite donc souvent de déplacement , des confiscations de véhicules, le blâme social et sociétal s’abattent sur les contrevenants pris en faute lorsqu’ils enfreignent la legislation routière.
    Les radars de vitesse ultra modernes sont placés dans des endroits peu accidentogenes puisqu’ils doivent rapporter un maximum d’euros.
    Le nombre des morts sur la route est agité comme un chiffon rouge afin de justifier cette politique bien que leur nombre ne baisse plus guère depuis plusieurs années.
    Ceci a permis de faire des centaines d’exploitations vinicoles de la carte du fait de la baisse de consommation de vin. Pourquoi pas ?
    A l’inverse, la politique de lutte contre les stupéfiants a été tellement négligé par les autorités étatiques et policières depuis des décennies que nous en sommes à un chiffre d’affaires de plusieurs milliards par an.
    Les effets de ce trafic particulièrement lucratif sont la déchéance physique de plusieurs dizaines de milliers d’individus (simple enjeu de sécurité publique), l’éclatement de familles entières, des règlements de comptes à l’arme de guerre dans les rues, des quartiers sous coupe réglée, une corruption systémique de représentants des autorités concernées dans certains territoires urbains et une déstabilisation des fondements de la société du fait de « l’argent facile » pour les gros bonnets .
    Ce sont des effets beaucoup plus néfastes que ceux induits par la délinquance routière.
    L’état socialiste et les organes de sécurité agissent ils avec les mêmes objectifs et la même recherche d’efficacité qu’en matière de délinquance routière? Bien sûr que non même s’il faut reconnaître que ce trafic international est beaucoup plus difficile à enrayer.
    Mais il n’existe pas vraiment de politique de prévention contre la consommation de drogue, pas de sanction dissuasive des consommateurs , pas de blame sociétal contre ces derniers qu’on nous présente sous un jour sympathique,…..
    L’international socialisme a toujours raison.
    Opposons nous à ce totalitarisme larvé tant qu’il en est temps par tous les moyens légaux imaginables puisque la résistance à l’oppression est inscrite dans la constitution de 1958.
    N’attendons rien des autres.
    Sinon choisissons par exemple le modèle anglais sans constitution d’une société multiculturelle où les impôts et taxes sont moins élevés d’environ un tiers avec moins de redistribution et de garanties sociales, ce qui n’empêche pas l’état de d’appliquer le brexit et de lutter efficacement contre le narcotraffic et contre l’islamisme (voir la répression réfléchie à base d’expulsions des prêcheurs radicaux après les attentats commis dans les années 2000).
    Combien de temps la population d’un pays desindustralise , dont la production agricole se reduit sensiblement au point de ne plus être auto suffisant , va t’elle continuer à penser que ses enfants ont un avenir ?

    1. Il n’est pas interdit de boire du vin mais de conduire en état d’ivresse.
      Le narcotrafic s’arrêtera lorsque le commerce de la drogue sera licite.
      Liberté responsabilité individuelle.

  2. Je ne vois aucun changement à court terme car une majorité de Français, a tout intérêt au maintien du statut quo, surtout les retraités actuels qui se sont largement enrichis sur la désindustrialisation, sinon, l’inflation aurait mangé leur patrimoine et ils seraient pauvres.

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