Ce livre est bouleversant par la sincérité et l’évolution des sentiments de l’auteur. Au début du livre l’ingratitude du fils pour sa mère choque. Mais bien vite une tonalité alternativement naïve ou humoristique dédramatise une situation tout à fait tragique. Mésententes conjugales, violence d’un père caractériel, raciste de surcroît, et soumission d’une femme qui ne vit que pour son fils unique, vont faire du petit Pascal Bruckner un adolescent qui préfèrerait de beaucoup une mère volage à une mère vertueuse. Gaieté de parade, refuge dans une lecture d’avant-garde sans doute à cause d’un désir d’émancipation, sens du devoir collé au corps, crainte et ambition pour l’avenir de son enfant, tout chez cette femme exècre l’autobiographe. Mais l’écriture appelle aux souvenirs et mène à la réflexion.
L’université, les voyages, les rencontres intellectuelles et les expériences amoureuses semblent peu à peu renforcer l’écrivain dans un esprit d’indépendance et un jugement personnel qui petit à petit lui feront comprendre l’origine de tant de maux familiaux et réagir intelligemment. La famille Bruckner était protestante, exilée en Allemagne après la révocation de l’Edit de Nantes, et en avait gardé la psychorigidité prussienne et l’antisémitisme radical. « Les erreurs peuvent se corriger, une occasion perdue peut revenir ». Alors Pascal Bruckner s’empresse de rattraper le temps perdu pour redonner à ses souvenirs « une mélodie intérieure » que sa mère avait perdue en fin de vie et surtout conseiller au lecteur de ne pas systématiquement répéter ce que font les parents !
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