Le gouvernement français prépare un projet de loi de finances pour 2027 qui, selon plusieurs scénarios évoqués dans le débat public, pourrait s’appuyer sur une hausse de la TVA pour « stabiliser » la dette. Or, qu’il s’agisse de la dette elle-même ou d’une TVA accrue, le contribuable reste le payeur en dernier ressort : la spoliation n’est pas abolie, elle est seulement différée ou rendue plus indirecte.
Au premier trimestre 2026, la dette publique française atteint 3 536 milliards d’euros, soit 117,5% du PIB. Les intérêts de la dette sont devenus le premier poste de dépenses de l’État : environ 65 milliards d’euros en 2026, soit 4,5 milliards de plus que prévu. Le déficit public devrait se situer autour de 5,1% du PIB en 2026, et le gouvernement vise environ 4,9% en 2027, abandonnant de fait l’objectif de revenir sous les 3% en 2029.
Contexte chiffré : une dette hors de contrôle
Sans mesures nouvelles, des simulations indépendantes projettent un déficit de ‑5,4% du PIB en 2027 et une dette de 120% du PIB, pouvant monter à 129% en 2030 et 159% en 2035. Autrement dit : la trajectoire actuelle est celle d’un endettement structurel, financé par des impôts futurs.
La TVA : un impôt « invisible » par excellence
La TVA est l’archétype de l’illusion fiscale : un impôt indirect, noyé dans les prix, payé par tous les consommateurs et in fine par les entreprises, mais rarement perçu comme un prélèvement étatique. Chaque hausse de taux ou chaque élargissement de l’assiette augmente mécaniquement les recettes de l’État, mais sans que le citoyen ne relie clairement ce surcoût à une décision politique.
Dans un scénario où le gouvernement miserait sur la TVA pour « abaisser » la dette, il jouerait précisément sur cette opacité : le contribuable paie plus, mais croit payer « le marché » plutôt que « l’État ». C’est la définition même d’une spoliation indirecte : le transfert de richesse vers la sphère publique est dissimulé dans le prix des biens et services.
Dette publique : une spoliation différée
La dette publique, elle, est une spoliation différée. L’État dépense aujourd’hui, mais reporte le coût sur les contribuables de demain via les intérêts et le remboursement du principal. En 2026, les Français paient déjà 65 milliards d’euros rien qu’en intérêts ; chaque euro de déficit supplémentaire alourdit cette charge.
Quand le gouvernement dit vouloir « stabiliser la dette » en augmentant la TVA, il ne fait que changer de modalité de prélèvement : au lieu de financer exclusivement par émission de nouvelle dette (spoliation future), il finance en partie par un impôt indirect immédiat (spoliation présente). Dans les deux cas, le contribuable alimente la dépense publique ; dans les deux cas, la pression fiscale globale augmente.
Le budget 2027 : des économies de façade
Officiellement, le gouvernement Lecornu affirme qu’« aucune hausse d’impôts » n’est prévue pour 2027. Mais cette promesse de façade coexiste avec :
1.Un objectif de 30 milliards d’euros d’économies, dont 6–7 milliards imposés aux collectivités locales.
2.Une sous-indexation possible des retraites élevées, un relèvement des franchises médicales, et des coupes dans certains fonds (ex. FCTVA, partiellement lié à la TVA).
3.Une dépense publique qui continue d’augmenter de 0,8% au-dessus de l’inflation au global, avec des hausses pour la défense, la justice, l’intérieur, l’éducation.
Tant que :
Les dépenses de protection sociale, de santé, de retraites et de fonctionnement de l’État continuent de croître plus vite que la richesse créée,
Et que les taux d’intérêt restent élevés (autour de 4,2% sur certaines échéances), alors chaque euro supplémentaire de recettes sera rapidement absorbé par de nouvelles dépenses ou par le service de la dette.
De notre point de vue, la solution n’est pas de mieux financer l’État, mais de réduire son périmètre : privatiser ou déléguer des services, supprimer des niches de dépenses publiques, et surtout rendre visible le coût réel de l’État pour que les citoyens puissent exercer un contrôle démocratique réel.
Pour briser l’illusion fiscale, il faudrait :
Rendre transparent le coût total des prélèvements (directs + indirects + parafiscaux) par contribuable.
Lier explicitement chaque grande dépense publique à son mode de financement.
Imposer une règle budgétaire stricte interdisant le déficit structurel et limitant la croissance de la dépense à celle du PIB réel.
Conclusion : même spoliation, différents masques
Que la spoliation passe par la dette (impôts futurs) ou par la TVA (impôts indirects présents), le résultat est le même : le contribuable continue d’alimenter une dépense publique qui ne se remet pas en cause. Le budget 2027, tel qu’esquissé, ne résout pas le problème de la dette ; il en déplace simplement la charge dans le temps et dans les canaux de prélèvement.
Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
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