La répression d’une férocité inouïe des manifestations en Iran n’a fait qu’accroître le fossé déjà béant entre le régime et l’opinion analysé dans un article précédent. Ce contexte, combiné avec les grandes options stratégiques de Donald Trump et les contraintes de toute nature qui pèsent sur lui, permet de mieux comprendre les données de la confrontation actuelle et les scénarios envisageables.
La perplexité des analystes devant les intentions réelles du président américain sur la question iranienne reflète assurément les hésitations de Donald Trump lui-même, confronté à des demandes et à des impératifs contradictoires, venus aussi bien de l’intérieur des États-Unis que de l’extérieur. Mais la conclusion, de plus en plus entendue, sur son renoncement final à intervenir est, à ce stade, prématurée.
Des précédents sans cesse invoqués mais peu pertinents
C’est ainsi que les désastreux précédents afghan, irakien et libyen invoqués contre une intervention américaine en Iran ne sont pas vraiment convaincants. Entendu sur tous les plateaux (et souvent par les mêmes qui demandent un engagement résolu contre la Russie dans la guerre ukrainienne), cet argument relève d’une analogie discutable : aucun de ces pays n’a la profondeur historique de la culture et la cohésion nationale de l’Iran, même si d’importantes minorités y vivent ; les régimes en place dans ces pays possédaient encore de solides soutiens au sein de la population et pouvaient jouer sur un réflexe anti-américain et anti-occidental qui n’existe plus, on l’a vu, dans l’opinion iranienne. Enfin et surtout la désislamisation (facteur oublié dans les commentaires) de la majorité de la population est un fait sans équivalent dans les autres sociétés musulmanes.
Une intervention qui serait sans doute bien accueillie
Une intervention militaire serait donc sans doute bien accueillie par un peuple qui désespère de pouvoir changer le régime de l’intérieur, comme le montrent les appels à Trump venus de nationalistes très sourcilleux. Le rejet du régime permet aussi de comprendre la concentration des attaques du président américain contre le « Guide suprême » dont il connaît l’impopularité abyssale. L’existence d’une alternative politique possible avec le fils du dernier Chah différencie aussi la situation iranienne des précédents invoqués. Il reste que la « solution Pahlavi » ne s’impose pas avec une évidence suffisante pour que Trump joue cette carte de rechange.
“No boots on the ground”
Mais pèsent surtout dans sa stratégie la promesse faite aux Américains de ne plus envoyer de troupes au sol (No boots on the ground !) et la rupture avec l’objectif de regime change de la période Bush. Par doctrine, par tempérament et par intérêt, la démocratisation de l’Iran n’intéresse guère le président actuel. Et l’on sait l’opposition exprimée par les alliés influents des États-Unis dans la région contre tout aventurisme militaire.
Un petit tour de porte-avions et puis s’en va ?
Le premier scénario possible (qui a la faveur des commentateurs) consisterait en un retrait rapide des Etats-Unis, moyennant un accord sur la seule question nucléaire, comme le propose d’ailleurs Téhéran. Les autorités iraniennes y seraient d’autant plus enclines que leur programme militaire a beaucoup souffert lors de la récente « guerre des 12 jours ». Le sacrifice serait d’autant plus léger que le régime s’empresserait, comme à son habitude, de ne pas respecter un tel accord dès que la menace se sera éloignée. Mais une telle solution renforcerait le « syndrome TACO » qui affecte déjà sa crédibilité : « Trump Always Chickens Out (« Trump se dégonfle toujours ») ; et elle ne satisferait pas à la demande de sécurité impérieuse de ses alliés régionaux face à la menace des mollahs.
Une République islamique maintenue mais durablement affaiblie ?
Dans ces conditions, le maintien de la République islamique pourrait convenir à tous (sauf aux Iraniens) sous la triple condition de sa dénucléarisation effective, de la fin de son programme de missiles et de la rupture de ses liens privilégiés avec la Chine.
On souligne à juste titre la vulnérabilité américaine liée à la peur de perdre le moindre GI. La propagande de Téhéran joue à fond sur ce facteur à grand renfort de « vidéos catastrophe ». Or Trump dispose, à la différence du peuple iranien désarmé, d’un moyen de pression redoutable sans pour autant recourir à des frappes massives et exposer toute la région à un engrenage fatal, épouvantail brandi par l’Iran et relayé dans tout l’Occident : il peut, de façon crédible, menacer directement la vie des dirigeants du régime. Lesquels n’ont pas oublié le sort de l’un des leurs, le général Soleymani, éliminé par l’aviation américaine en 2020. La récente capture de Maduro accrédite encore cette hypothèse. Il s’agirait en somme de provoquer au cœur même du régime un clivage, non pas entre « extrémistes » et « modérés » (qui n’existe plus) mais entre jusqu’au-boutistes portés à surestimer leur force et opportunistes soucieux d’abord de leur survie ; et désireux de profiter des richesses accumulées sur le dos de leur peuple, plus concrètes que les délices incertains du paradis d’Allah…
Ce « Thermidor à l’iranienne », provoqué de l’extérieur, gagnera d’autant plus en probabilité que Téhéran multipliera, comme il le fait en ce moment, les provocations à l’égard d’un Donald Trump qui pourrait perdre patience.
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3 réponses
Les défaites se résument en deux mots:
Trop tard !
Il est trop facile de critiquer Trump quand nos dirigeants européens ne font strictement rien pour aider le peuple iranien. Quand nos belles organisations féministes ne trouvent rien à redire contre le traitement des femmes en Iran et en Afghanistan. On laisse Trump s’attaquer seul à tous les problèmes du monde et ensuite on critique ses résultats quand ils ne sont pas à la hauteur des attentes, ou quand ses objectifs, comme le Groenland, sont manifestement déplacés. Des critiques presque exclusivement négatives, peu de suggestions ou propositions concrètes pour faire mieux.
Trump aurait il les yeux plus gros que le ventre…les 4 dossiers chauds sont toujours en stand by depuis 1 an….ukraine, Israël, iran, Corée du Nord ( 1er mandat)….aucun n a été réglé malgré ces nombreuses fanfaronnades
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Les défaites se résument en deux mots:
Trop tard !
Il est trop facile de critiquer Trump quand nos dirigeants européens ne font strictement rien pour aider le peuple iranien. Quand nos belles organisations féministes ne trouvent rien à redire contre le traitement des femmes en Iran et en Afghanistan. On laisse Trump s’attaquer seul à tous les problèmes du monde et ensuite on critique ses résultats quand ils ne sont pas à la hauteur des attentes, ou quand ses objectifs, comme le Groenland, sont manifestement déplacés. Des critiques presque exclusivement négatives, peu de suggestions ou propositions concrètes pour faire mieux.
Trump aurait il les yeux plus gros que le ventre…les 4 dossiers chauds sont toujours en stand by depuis 1 an….ukraine, Israël, iran, Corée du Nord ( 1er mandat)….aucun n a été réglé malgré ces nombreuses fanfaronnades